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Brève rencontre

Le Bouddha et le Président

Que se sont dits le Lama et Sarkozy ?

samedi 6 décembre 2008, par Picospin

On ne sait s’il a envie de les avaler tout crus ou de les faire cuire ce qui n’est sans doute pas le plat le plus onctueux pour un tigre, fut-il de papier ? Tout le monde n’est pas de cet avis ?
Lisez plutôt les avis autorisés, ceux du peuple qui s’agite dans la curiosité, l’impatience, l’excitation de rencontrer enfin un tigre digne de ce nom, dévoré ou dévorant.

Mépris de la Chine ?

Les uns disent « En Asie on méprise la faiblesse et plus encore le faible. Si vous baissez la tête une fois, c ?est terminé votre interlocuteur n ?aura plus jamais confiance en vous et rabaissera encore et toujours. » »La Chine a besoin de la France, de son savoir faire, de sa technologie et plus encore de sa position politique mondiale, n ?en déplaise à ses détracteurs. La situation actuelle n ?est que gesticulation et intimidation, position typique de l ?état d ?esprit Asiatique. Il a cédé une fois au moment des JO, pour eux c ?est un minable, il cédera encore ? » D’autres remettent en cause l’influence spirituelle, contestataire ou de résistance du représentant du Bouddha au sommet du Tibet. « En second, à quel titre a lieu cet entretien ? Le Dalaï lama est-il un chef d’Etat, le représentant de la population tibétaine ou bien un chef religieux ?Dans le premier cas, il est normal que le gouvernement chinois s’offusque de cette rencontre mais pourquoi la France est-elle particulièrement visée ? Dans le second cas, à quel titre le Dalaï lama peut-il prétendre représenter la population tibétaine dans son ensemble alors qu’il n’est que le représentant d’une mouvance religieuse ? Dans le troisième, le Dalaï lama est un chef religieux comme pourrait l’être le représentant de toute religion. » Qui peut « sauver la France » ? Cette formule avait été très populaire au temps fort révolu du Maréchal Pétain qui prétendait déjà pouvoir le faire au titre de militaire, de catholique et de vainqueur de Verdun, tous titres de gloire dot le dernier n’est pas le moindre quand on a eu la chance ou le malheur de voir les tranchées et le fort pris et repris au prix de milliers de vies fauchées en plein jeunesse pour avancer de quelques centimètres ou mètres vers un fort démantelé, écrasé, disloqué et qui ne servait plus qu’à abriter des soldats en bout de forces, ayant pataugé dans la boue et incapables de s’en détacher. D’autres plaident pour une réception plus digne d’un chef dont on se demande toujours qui et quelle chose il représente. « J’aurais préféré que le représentant Tibétain soit reçu en France ; mais après les Jeux cela me rassure un peu. Je soutiens la démarche du Président ( dont le ne partage pas forcément les idées). Il ne faut rien lâcher aux dictateurs. Les échanges commerciaux sont déjà une trop importante compromission qui rappelle la collaboration de certains groupes industriels avec l’Allemagne nazie. »

Compromission et totalitarisme

Il n’est pas certain qu’on puisse évoquer une dictature en Chine selon le modèle hitlérien, stalinien ou mussolinien. Il s’agit plutôt d’un totalitarisme qui n’est pas attaché à une seule personne comme il l’avait été au début au personnage étrange et sans doute plus sanguinaire que ses amis le grand ou le petit Mao qui lisait dans son livre rouge ce qu’il fallait offrir aux populations et ce qu’il fallait leur retirer. Finalement, certains esprits plus avisés que d’autres finissent par se demander à qui et à quoi correspond ce personnage du haut de la montagne, guide spirituel, sinon politique dont on ne connait pas véritablement les aspirations, les objectifs, les méthodes de résistance : « Qui c’est ce Lama ? On le connait, l’air matois, plié en deux, toujours pour la paix, il a l’air gentil ce Lama...on peut le voir et lui parler et pourtant il fait peur aux chinois !!!! Il n’est peut-être pas si gentil que ça ? c’est peut-être une sorte de pape aussi intégriste et rétro que celui des cathos ? Sommes nous bien certains qu’il faut le soutenir ? Qu’en disent les jeunes tibétains ?

Conversation

On imagine le type de conversation que le philosophe ou religieux bouddhiste puisse mener avec notre pauvre Président : Sarko : « Comment va votre vésicule enlevée récemment parce qu’elle vous faisait mal et vous empêchait de digérer ? » Lama : « Elle va d’autant mieux qu’elle n’existe plus pour moi, qu’elle est dépourvue de toute appartenance à ma personne. Comme cette dernière a été aussi effacée de mon panorama de méditation, plus rien de tout ce que vous évoquez à mon sujet n’existe. Ni personne, ni Lama, ni vésicule de Lama. Je me sens donc parfaitement bien ». Sarko : « Comment comptez-vous résister aux pressions permanentes de vos amis chinois qui voudraient vous voir rejoindre leur camp, leurs convictions et leurs relations commerciales ». Lama : « En tant que citoyen tibétain, je n’espère rien, je me contente de méditer sur le sort réservé à mon peuple qui doit, sous peine de périr, continuer à oublier sa condition, à s’oublier complètement jusqu’au point de renoncer à tout désir d’une vie meilleure et plus fleurie. On dit que notre religion ou notre conception de la vie, nos méditations portent plutôt sur le pessimisme. Rien n’est plus faux. Il y a de la souffrance et du mauvais sur la terre. C’est justement ce qu’il faut absolument rejeter pour atteindre le Nirvâna. Regardez nos compatriotes : ils sont heureux de nature et joyeux. Ce monde est peut-être une vallée de larmes mais il y a de la joie à déposer le fardeau. S’il y a un royaume de Dieu à gagner en y renonçant, le gain dépasse infiniment la perte. N’y a-t-il pas un de vos philosophes qui a prétendu avoir la même vision de la vie sur terre et de la joie possible à gagner le paradis ? Je me demande s’il ne s’appelait pas Blaise Pascal qui n’aurait transformé cette affirmation en pari comme un vulgaire Anglais habitué à parier sur tout ce qui bouge, en premier lieu les chevaux ? ».
 
Questionnement éthique :

1. Confucius dit : "je hais l’honnête homme du village car je crains qu’on ne le confonde avec l’homme véritablement vertueux". Que pensez-vous de ce jugement ? Peut-il s’appliquer au problème traité dans cet article ?

2. Que penser ensuite de cette citation : "Seul l’individu qui agit à partir des dispositions qui sont le siennes au moment même de l’action par ce qu’il les a cultivées mérite d’être appelé véritablement vertueux. A t-t-il agi au moyen de la bonté et de la justice ? Il ne joue pas l’éthique, il l’incarne comme un expert incarne son savoir-faire. Le sage est vertueux car ses actes naissent des inclinations que sa disposition intelligente produit en réponse à des situations spécifiques. Est-ce exact ?

3. Lao Tseu explique que le "rien faire" désigne une expérience et un parcours d’apprentissage plus qu’une découverte intellectuelle, une disposition où disparaît la distinction entre sujet et objet de l’action pour être remplacée par un savoir-faire où la spontanité l’emporte sur la délibération. Qu’en penser ?

4. Est-ce que la pensée bouddhique tend vers le pragmatisme par lequel la valeur d’une pensée doit se juger par ce qui peut être fait grâce à elle, c’est à dire par la qualité de la vie qui en résulte ?