Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Le Collège Unique, sauveur de la France ?

Qui peut sauver l’éducation française ?

Le Collège Unique, sauveur de la France ?

Y a-t-il des candidats ?

samedi 2 octobre 2010, par Picospin

Cette dernière avait gardé de ses traditions et d’un sens aigu de ses responsabilités, l’idée d’un devoir à accomplir au nom de la société pour lui "livrer" des enfants "prêts à l’emploi", comme sur mesure, auxquels ne manquaient que quelques retouches pour en faire des hommes et des femmes vertueux et vertueuses.

Hédonisme ou "care" ?

Le questionnement concerne l’identification des raisons d’une progression aussi explosive de l’hédonisme, du repli sur soi et sur sa propre jouissance qui a émergé plutôt que l’intérêt pour l’autre, ne serait-ce que par le biais du "care" si mal compris en France parce qu’il n’est pas d’expression française. Ne serait-ce pas un problème qui échappe à l’investigation anthropormophique pour aborder le terrain de la sociologie et de la psychologie ? D’où l’intérêt de travailler dans l’horizontalité moins parce que c’est plus confortable que parce que cette stratégie multidisciplinaire rassemble plus qu’elle ne divise les convergences et les compétences. En Allemagne, les enfants sont orientés très jeunes déjà au vu de leurs résultats du primaire. Est-ce une si bonne mesure pour une majorité, car les bons ne s’ennuient pas au « Gymnasium » (pas de nivellement par le bas), et les manuels se consacrent à cette activité très tôt ce qui leur permet d’entrer également très tôt sur le marché du travail. En revanche, il y a des enfants qui se réveillent "tard" dans leur scolarité, ce qui ne leur permet qu’au prix de nombreuses difficultés de passer d’un système, la "Realschule", à l’autre "Gymnasium". Il ne faut donc pas mettre sur un piédestal un système qui peut aussi avoir certains défauts. D’un autre coté, toutes les filières sont d’un bout de la chaine à l’autre conséquemment organisées, et les débouchés nombreux, car le marché du travail y est plus flexible qu’en France. D’une manière générale, si en France le système unique ne peut pas faire recette, ce n’est pas que la faute de l’école. C’est en grande partie celle de la société qui s’est beaucoup trop construite autour d’un état omniprésent, et sur lequel une grande majorité de Français a appris à se reposer.

Systèmes

Une petite majorité, qui en connaît le fonctionnement intime sait comment l’utiliser ou l’éviter, ne serait-ce que par l’expatriation. Plutôt que de passer par des systèmes répressifs au niveau des parents, faut-il essayer de commencer par réduire la dimension étatique de la société ? Certains proposent de faire appel à des mesures dites simples comme 1) étudier les modes de financement des loisirs de tous en privilégiant la compétence d’une minorité (la classe moyenne des artisans, entrepreneurs…, 2) rationaliser la présence administrative pour permettre à la classe créatrice de valeurs d’en profiter, et d’alimenter la classe des services sans avoir recours nécessairement à des crédits d’impôts 3) fortifier le tissu PME et renforcer l’industrialisation exportatrice, considérée comme l’unique source de revenus exogènes, mis à part le tourisme. Le rapport annuel du Haut Conseil de l’éducation rappelle l’état alarmant du « maillon faible » du système scolaire, le Collège Unique. Ce message qui n’a rien de véritablement nouveau puisque le constat d’une crise du collège, lieu de violence et de malaise, où se révèlent les inégalités scolaires, est dressé depuis longtemps déjà. Il le fut plus encore au printemps, à travers le rapport de la Cour des comptes, qui pointait, comme le HCE, les statistiques dramatiques sur les difficultés en français et en mathématiques. 20% des collégiens de 15 ans ne maîtrisent pas les connaissances de base dans ces deux domaines.

Élèves en difficulté vs élèves difficiles

Ce constat avait été dressé dès la fin des années 1990. 25% d’élèves en grande difficulté à l’entrée en 6e : le chiffre avait alors été contesté par la plupart des acteurs du système scolaire. Il ne l’est plus depuis que les enquêtes internationales PISA ont confirmé ce profil. Le rapport du Haut Conseil de l’éducation souligne que l’école française, loin de réduire les inégalités sociales, les amplifie. Il met en avant le « malaise enseignant », confirmé par le fait que 95% des professeurs de collège en confirment l’existence et les paroxysmes et que 72% s’en disent affectés. Les analyses et préconisations du Haut Conseil relèvent d’une lecture spécifique du problème. Pourtant, écrit le rapport « la loi de 1975 instituant le “collège unique”, est à l’origine d’acquis majeurs parmi lesquels la démocratisation de l’enseignement, l’organisation du système éducatif, la prise en compte de la difficulté scolaire par de multiples dispositifs. En raison des disparités importantes entre établissements, de l’existence déguisée de filières et de stratégies de contournement bénéficiant aux familles les mieux informées, le collège unique n’a d’unique que le nom. Cette interprétation fait du manque de « mixité sociale » des établissements, la cause principale des carences du système. Le rapport rappelle « l’incapacité de l’école primaire à faire acquérir à tous les élèves les compétences attendues à la fin du CM2 » et le fait que « le parcours scolaire des élèves à l’école primaire permet de prédire ce qu’il sera au collège ».

Prédictions

Ce constat mériterait d’être corrélé avec les remarques du rapport de l’Inspection Générale sur les nouveaux programmes du primaire qui met l’accent sur la maîtrise de la grammaire et du vocabulaire et dont la mise en œuvre dans les classes est plus que lente. Pour le HCE, le collège souffre du fait qu’il n’a jamais reçu des missions clairement définies : « Sa lente émergence en tant que maillon intermédiaire (entre l’école primaire et le lycée) a été marquée par une constante hésitation. Et de se demander s’il est le prolongement de l’école primaire ou s’il constitue une préparation au lycée général ? Les partisans des pédagogies modernes dénoncent depuis longtemps un collège qui ne serait qu’un « petit lycée », quand les tenants d’une école républicaine fondée sur la transmission des savoirs voient dans la « primarisation » du collège à travers des méthodes pédagogiques délétères une des causes de son incapacité à réparer les carences du primaire. Le HCE tranche dans le sens des premiers en appelant de ses vœux la généralisation du « socle commun » mis en place par la loi de 2005.

Socle commun

Depuis 2007, le gouvernement a réformé le primaire et le lycée, mais ne s’est pas attaqué à ce symbole brûlant qu’est le collège unique. Les solutions prônées par le HCE, à travers l’autonomie des établissements, la révision du statut et des missions des enseignants et l’évaluation par les compétences, vont-elles dans le sens des politiques mises en place par le ministère ? Seule nouveauté, le plaidoyer pour une réelle initiation manuelle et technique, qui pourrait sauver du désarroi les élèves maintenus à toute force dans un collège où ils affichent déjà leurs difficultés dès leur entrée. L’Élysée, destinataire du rapport a réagi positivement dans la mesure où il y a vu la généralisation des « groupes de compétences » considérée comme la principale piste à explorer.

Source : Le Figaro 01. 10. 2010

Questionnement éthique :

1. La société doit-elle contribuer à l’épanouissement des citoyens ou tendre à les intégrer dans la société civile ?

2. Est-ce que la "mort de Dieu" est responsable des bouleversements de la société et de son délabrement moral ?

3. Faut-il offrir des raisons valables pour inciter les plus jeunes à faire des efforts pour acquérir des connaissances ou doit-on avoir recours à la morale du devoir telle que définie par Kant ?

4. Comme faire comprendre aux jeunes pousses de la nation le plaisir qu’ils pourront trouver dans les manipulations des connaissances ?