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Quelles raisons pour le conflit au Tibet ?

Le Tibet, découverte d’un nouveau monde mystérieux : la guerre de l’eau aura-t-elle lieu ?

N’est-ce qu’un problème d’eau ?

mardi 22 avril 2008, par Picospin

D’où vient cet engouement soudain pour un pays quelque peu mystérieux, gouverné par un chef religieux un peu mythique et dont on ne connaît pas précisément les intentions profondes, les projets politiques face au monde et surtout au trop puissant protecteur chinois qui accumule les pouvoirs non seulement sur le petit pays culminant à des hauteurs spirituelles et à une altitude élevées mais parfois aussi sur le reste du monde ?

Que d’eau...!

Saviez-vous que le Tibet était le quatrième plus grand réservoir d’eau douce de la planète et que la Chine envisageait le détournement de fleuves qui prennent leur source sur le Toit du Monde au risque d’une catastrophe écologique voire d’une guerre de l’eau ? Voici donc une introduction à l’un des enjeux géostratégiques les plus importants qui justifie à lui seul l’invasion et l’annexion du Tibet par la Chine. Cinq fleuves majeurs de l’Asie qui s’écoulent sur 3 à 6.000 km chacun, le Brahmapoutre, le Mékong, l’Indus, le Fleuve Jaune et le Fleuve bleu ou Yangtsé, ont un point en commun : tous prennent leur source sur le plateau tibétain qui représente la quatrième plus importante source d’eaux douces de la planète après l’Islande, la Nouvelle-Zélande et le Canada. Voilà qui ajoute à l’importance géopolitique que la Chine accorde au Tibet. L’Empire du Milieu a pris pied sur le Toit du Monde parce qu’il a soif, ce qui, avec l’érection intempestive de barrages depuis les années 1990, notamment sur le Mékong, n’est pas sans créer certaines frictions avec le Myanmar (Birmanie), le Vietnam, le Laos, le Cambodge, la Thaïlande et l’Inde. Près de trois milliards d’être humains sont concernés par l’eau qui provient du Tibet. La guerre de l’eau aura-t-elle pour autant lieu au Tibet ? En 1993, on fit grand bruit de la « La Bataille de l’eau au Proche-Orient » qui, pour certains représentait un enjeu de la fin du dernier millénaire. La question alimentait à l’époque certains conflits internes, comme ceux du Sud Soudan, des Kurdes d’Anatolie, des chiites du sud de l’Irak, la Guerre des Six Jours, l’occupation de la Cisjordanie et les inquiétudes de la Turquie, de la Syrie et de l’Irak qui étaient depuis longtemps concernés par les problèmes tournant autour du Tigre et de l’Euphrate.

Une prédiction

On avait prédit que « les guerres au XXIe siècle éclateraient à cause de l’eau », déclaration attribuée à Ismaïl Serageldin, vice-président de la Banque mondiale en 1995 alors qu’au début de ce nouveau millénaire, des voix s’étaient élevé à contre-courant comme celle du Courrier de l’Unesco, qui écrit que la seule vraie guerre de l’eau connue remonte à 4 500 ans. En 1979, le président Sadate avait déjà proclamé à propos du Nil que l’eau était le seul mobile qui pourrait conduire l’Égypte à entrer de nouveau en guerre, propos qui ont été repris à propos du Jourdain par le Roi Hussein de Jordanie en 1990. Il y aurait une « sourde compétition entre les deux géants des lieux, l’Inde et la Chine, qui sont toutes deux tributaires, comme le Pakistan et le Bangladesh, des fleuves géants qui prennent leur source sur les vertigineuses hauteurs tibétaines. La bataille de l’eau serait déjà engagée même si elle ne fait pas encore de vagues. La Chine avait un autre gigantesque projet hydraulique de 30 milliards de dollars pour construire un lac de retenue de 600 km de long de 30 milliards de dollars après le « chantier pharaonique » du Barrage des Trois Gorges qui mesure 2,3 km de long et 185 m de haut. Le projet de méga barrage aurait été d’une capacité deux fois supérieure à celle de ces fameuses Trois Gorges sur le Fleuve bleu (Yangtsé) à Yichang au Hubei. Le début des travaux était prévu pour 2010 avec un ouvrage d’art sur le site des Gorges du Saut du Tigre dans la province du Yunnan. Un barrage de 276 mètres de haut devait néanmoins entraîner le déplacement de 100.000 autochtones et faire appel à des « explosifs nucléaires » pour percer un tunnel qui aurait relié directement à travers la montagne le début et la fin du coude du fleuve appelé en ces lieux « Rivière aux Sables d’or ».

Des projets grandioses

Le parcours des eaux aurait été ainsi raccourci de 100 à 15 km. A la fin de 2007, le projet a été finalement abandonné suite aux virulentes protestations des autochtones, lit-on par ailleurs, une organisation écologique chinoise, la « Green Watershed », ayant réussi à fédérer avec succès le mécontentement populaire. Grâce à la même organisation environnementale, un autre projet de 13 barrages sur la rivière Nu, voisine, a lui aussi été rangé pour un long moment. En 2006, la Chine a construit un barrage sur la Sutleg comme elle l’avait fait auparavant sur le Mékong au grand dam des pays situés en aval. La Sutleg prend sa source au Mont Kaïlash au Tibet et arrose le nord-ouest de l’Inde. Ce barrage sur la Sutleg, situé en réalité au Tibet, a été responsable six ans plus tôt d’inondations dévastatrices descendues brutalement en Himachal Pradesh où s’écoule le fleuve dans l’Himalaya indien. A l’est de l’Inde, l’Arunachal Pradesh a été victime lui aussi d’inondations impromptues, sans raison apparente. Un autre projet plus inquiétant prévoit de détourner les eaux du Brahmapoutre vers le Fleuve Jaune pour arroser l’Assam en Inde et le Bangladesh jusqu’à son delta. Si un tel détournement des eaux du Brahmapoutre devenait effectif, il faudrait craindre une « catastrophe humanitaire » pour le Bangladesh, ses sols étant privés des sédiments nourriciers charriés par les flots sans parler de la disparition vraisemblable de l’ultime réserve naturelle du tigre des Sundarbans, dans le delta. Selon certaines sources , la Chine, assoiffée d’eau et d’énergie, n’hésiterait pas à mettre en danger l’équilibre écologique de ses voisins, et au-delà de l’ensemble du continent.

Des intentions coupables ?

Sur le plan stratégique, la bataille pour de l’eau serait absurde : on n’accroît pas ses réserves en faisant la guerre au voisin, à moins de s’emparer de tout son bassin hydrographique et de le vider de ses habitants, ce qui serait une opération risquée potentiellement suivie de terribles représailles. Après l’invasion du Tibet en 1950 par l’armée rouge sans encourir de représailles, la Chine a annexé le pays en le découpant en morceaux et en veillant à ce que les Tibétains deviennent minoritaires sur leur propre terre. Est-ce que cette stratégie permet de mieux comprendre les raisons de la présence de la Chine au Tibet et son acharnement à voir dans la terre ancestrale des Tibétains une partie inaliénable de la « patrie » chinoise. Par le passé, à l’époque du « Grand Frère soviétique », on s’était en Asie centrale rendu coupable d’une gigantesque catastrophe écologique aux fins d’irrigation en détournant les eaux des fleuves, Syr-Daria et l’Amou-Daria qui alimentent la Mer d’Aral, étendue d’eau autrefois grande comme le Portugal, qui est devenue un lac salé en voie d’assèchement au milieu d’un désert. Va-t-on, sur le Toit du Monde, laisser Pékin jouer les apprentis sorciers avec les prodigieuses ressources hydrauliques du plateau tibétain ? Si la Chine en venait à mettre en œuvre ses projets de détournement des grands fleuves prenant leur source au Tibet, qui aurait le pouvoir de s’immiscer dans ses affaires intérieures ? Ces dernières sont majoritairement liées aux disponibilités en eau douce qui est consommée essentiellement par l’agriculture et à un moindre degré par l’industrie qui ne consomme que 20 % de la consommation mondiale pour refroidir, laver, lubrifier, produire l’acier, l’aluminium ou produire une carte mémoire de six pouces. Trois milliards de personnes ne disposeront que de 1.700 m3 d’eau inégalement répartie car une dizaine de pays concentrent près de 60% des réserves dont le Brésil, la Russie, les Etats-Unis, le Canada, la Chine, l’Indonésie, l’Inde, la Colombie et le Pérou. 80 autres pays, situés en Afrique et au Proche-Orient souffrent de pénuries.

Inégalités

De fortes inégalités persistent à l’intérieur des pays comme aux USA, en Russie, en Asie, en Europe qui compte 7% des réserves de la planète mais 13% de sa population. Un milliard d’habitants n’ont pas ou plus accès à une eau potable dont la qualité se détériore. Les eaux des fleuves sont polluées comme celles du Yangtze, du Mekong, du Salween, du Ganges, de l’Indus, du Danube, du Rio de la Plata, du Rio Grande, ou du Nil. La mer d’Aral et le lac Tchad se dessèchent, les océans sont devenus un soupe plastique ce qui tend à faire de l’eau une marchandisation qui pourrait aboutir à sa privatisation. Cette pénurie n’empêche pas le gaspillage ni au gâchis provenant de sa mauvaise utilisation dans l’agriculture et doit pousser les responsables à faire de l’eau une valeur virtuelle susceptible d’être transformée en enjeu énergétique et environnemental. Tout le monde s’est aperçu que cet article était trop long, difficile à lire et à suivre et incompréhensible si on ne possédait pas une culture historique, culturelle, religieuse, suffisante pour appréhender les phénomènes tendus et dramatiques qui se déroulent depuis quelques semaines au Tibet placé sous surveillance étroite par le puissant voisin chinois qui a reçu la charge lourde d’organiser les J.O. cette année. Comme il faudra beaucoup de temps pour accéder aux données et aux diverses prises de position, des témoins de cette histoire, il vaut sans doute mieux scinder l’article pour ne fatiguer ni le lecteur ni l’auteur, perdu dans la masse de détails historiques, de bouleversements politiques, d’incidences religieuses et d’opinions contradictoires entre la sympathie éprouvée pour une théocratie millénaire colorée et la méfiance envers un régime politique totalitaire encore inspiré par les séquelles d’un marxisme suranné.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le rapport de forces défavorable au Tibet justifie le comportement de la Chine à son égard ?

2. Comment pourra-t-on régler le problème d’un accès égal et juste à l’eau dans la monde ?

3. Est-ce qu’un nouveau rapport de forces entre les pays qui ont accès à l’eau et ceux qui ne l’ont pas est en train de s’installer sur la planète avec le risque que les pauvres meurent de soif ou qu’ils dépendent entièrement des pays plus riches ?

4. Comment éviter à l’avenir les assèchements de sources d’eau partout dans le monde sans une politique commune, rationnelle, intelligente, astucieuse qui permette de prévenir cette évolution et de répartir cette source rare de vie entre les nations ?