Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Le bien et le mal

Le bien et le mal

lundi 25 janvier 2016, par Picospin

Bien et mal relèvent d’une représentation binaire, ce sont deux garnitures de cheminées. La symétrie n’est pas exacte. Le mal est facile à observer une réalité plus évidente que le bien qui est une nébuleuse.

Éducation

C’est bien pour éduquer les enfants comme cela se passe au jardin d’Eden, avec Rémy Brague. On pense qu’interdire quelque chose à un enfant c’est lui dire que c’est mal non seulement pour lui-même mais aussi pour sa santé, c’est mauvais pour lui. En hébreu il n’y a pas de distinction entre ces termes, entre mal, mauvais et interdit. Ce qui est interdit c’est la curiosité, la connaissance, c’est se poser en rival de Dieu, quand est découverte la possibilité de transgresser. Il y a une dissymétrie entre le bien et le mal. Quand on est trop scrupuleux on se reproche toujours une faute, comme celle de n’être pas là au moment de la mort de quelqu’un. Représentation de deux garnitures de cheminée, comme la gentillesse et la méchanceté. Si le bien est un fait, le mal est-il comme un affrontement, si le mal est un fait, le bien est- il une fiction ? Le mal est une réalité plus évidente que le bien qui est une nébuleuse. On va au jardin d’Éden où sont les enfants, on interdit à l’enfant moins parce que c’est mal que parce que c’est mauvais pour lui, pour sa santé. En hébreu on ne distingue pas le bon du bonheur. Quel est le rôle de l’interdit de manger des fruits abimés, pourris. Liberté ou connaissance sont interdits. Il y avait du bon et du mauvais avant l’interdit moral.

Sens de l’interdit

Quel sens donner à cet interdit ? Dès qu’il y a connaissance, est-on dans le registre de la liberté dont on découvre la connaissance en soi avec la possibilité de transgresser ? Dieu dit que quand il a fait quelque chose Il a trouvé que c’était bon. Dieu n’est pas un soixante-huitard. Pourquoi mettre Dieu tout puissant, créé par l’humain, je suis étranger au monde ou je m’identifie à lui. Pourquoi ne pas être libre et bon ? L’homme a créé Dieu à son image. La connaissance acquise c’est celle de découvrir notre propre mortalité car un jour on va mourir. La transgression permet d’être spectateur de soi-même pour accéder à notre humanité. La nudité, la honte, la punition est extrême pour avoir croqué un fruit. Le Diable a bon dos, le vrai coupable est l’homme qui est responsable. L’homme est mauvais, le mal n’existe pas en soi mais aussi les intentions peuvent être un mal en soi. L’exemple du mal est-il comme celui des Arméniens massacrés par les Turcs, dont des enfants.

Est-ce qu’il y a un mal absolu ?

L’homme commet des atrocités de façon programmée, organisée, sans qu’il reste un témoignage. On tente d’annuler l’acte commis sans sépulture, comme si cela n’avait pas existé. Faut-il aider les morts à réintégrer l’espace commun sans mémoire ? Pourquoi plus d’assassinats d’enfants que d’adultes, comme le montrent les nombreux cadavres flottant dans la mer. Le mal absolu, l’extermination sans excuse ni explication recevable, permettant d’évacuer quelque chose d’indicible, privé de réflexion, là où la raison bute sur le problème du mal, sa banalité. Au Rwanda inscrit dans la normalité la racine du mal. Racine du mal : deux jumaux se lançaient des regards de haine, la poire je l’ai volée en tant que turpitude de l’enfance. C’est sa liberté ? Dire non désobéir. St Augustin fait allusion au mal sans raison, à l’instar de Jankélévitch. Rousseau a créé une entreprise qui n’a jamais eu de précédent. Où est le bien et où est le mal ? Le mal gratuit, existe par sa volupté de le faire, le récit le disculpe de l’avoir fait. Il y a un remords, la bonne conscience s’oppose à la mauvaise où ce sont les douleurs du remords qui sont ressenties. Et si le bien était un mal ? Les pires maux ont été accomplis au nom du bien. "Je l’ai dit dans les confessions, donc j’en suis disculpé". La mauvaise conscience, la bonne conscience c’est le mal. C’est la faute à la société, c’est une chute, il rejoue le schéma théologique.

De bonnes raisons

Il y a toujours une bonne raison de faire le mal. L’innocence des malheurs de Sophie qui découpe les petits poissons et qui laisse accuser le valet alors qu’elle avoue que c’est elle qui les a découpés. C’est l’exemple parfait de la feinte innocence, de son massacre. La justice doit être universelle. Ce sont ses remords. Il faut certes avouer et lui pardonner mais son père lui avait donné un joli couteau qui a découpé le poisson avec une feinte innocence en faisant une chose très perverse. Ce conte de la comtesse de Ségur est l’exemple de la description du mal, dans laquelle les fautes sont avouées et déjà c’est en voie de pardon. Cependant l’enfant resta un peu triste du fait du remords ainsi causé à la suite de l’acte d’avoir tué le poisson. Après avoir parlé du bien, est-il plus facile de parler du mal ? Peut-être si l’on considère ce qui vient d’être dit du bien qui ne saurait être évoqué qu’en fonction de la nécessité de le confronter au mal et qui lui sert en quelque sorte d’antidote.

Le bien en soi ?

Se pose la question de l’existence du bien en soi, que ce qui est appelé ainsi est relatif aux situations et aux cultures. Ce qui refoule le mal radicalement relativisé alors qu’il a été le bien d’hier, de demain ou d’ailleurs. Est-ce une part d’ombre dans un monde que la lumière ne saurait visiter ou qu’elle n’a jamais eu l’intention de visiter ? D’aucuns pensent que le mal aurait quelque réalité puisque de toutes parts sa présence, son existence sont évoquées ou souvent niées plus que ne l’est l’idée du bien. Ce mal existe sous la forme d’un problème devenu plus récemment une banalité telle qu’il a été présenté dans la réflexion éthique par Hanna Arendt. Elle en parle comme d’une implication lorsqu’il devient totalité, physique, morale, métaphysique et qu’il concerne la globalité de l’être humain envahi par lui sans possibilité de lui échapper, de trouver la moindre fuite pour se dérober à son emprise, sa suggestion ou sa domination sur l’esprit et le corps, même quand ce dernier est mis en sommeil.

(D’après Raphael Enthoven et Jankélévitch (Arte))