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Le bonheur : de quoi s’agit-il ?

Le bonheur est-il dans le pré ?

ou ailleurs ?

vendredi 11 janvier 2013, par Picospin

Une manifestation internationale à La Vegas, aux Etats-Unis, leur donne en ce moment l’occasion de jeter un regard concupiscent sur toutes les offres faites par les fabricants de bonheur sur terre, qu’il s’agisse des consommateurs d’un côté et des inventeurs de l’autre.

Actuellement à Las Vegas : le bonheur ?

Une manifestation internationale leur donne l’occasion de jeter un regard concupiscent sur toutes les offres faites par les fabricants de bonheur sur terre, qu’il s’agisse des consommateurs d’un côté et des inventeurs de l’autre. On compte parmi la multitude des gadgets high-tech destinés au bien-être et à la santé la surveillance du rythme cardiaque, le contrôle de la qualité de l’air, du sommeil, du poids. Le plus grand Salon mondial d’électronique grand public, se tient à Las Vegas actuellement, avec 50 exposants spécialistes de ce domaine, contre quasiment aucun en 2012. Il s’agit de proposer des objets qui doivent faire partie du quotidien, être attirants, faciles d’utilisation, ne pas évoquer l’environnement hospitalier ". Quasiment seule au début sur ce créneau un fabricant de " e-bien-être " s’est d’abord distingué par la commercialisation d’une balance connectée en Wi-Fi qui permet un suivi ultra-précis de sa courbe de poids. L’entreprise a aussi lancé une balance pour les bébés et un tensiomètre.

Du narcissisme ?

Cette année, elle présente une nouvelle version de sa balance, qui mesure, en plus du poids, le rythme cardiaque (grâce au contact de la plante des pieds) ou la qualité de l’air, un objet à clipper à sa ceinture ou à glisser dans sa poche, qui sert de podomètre, tensiomètre et comptabilise les calories brûlées au cours de la journée. Les enfants ont droit à des dragées colorées à clipper sur les tennis, les coureurs à des ceintures ou à des bracelets de montre et les cyclistes à des casques connectés. Le marché est tout neuf qui n’est pas vraiment suivi par les cabinets d’analystes, mais qui devrait être multiplié par seize d’ici à 2016 pour atteindre une valeur de 4 milliards de dollars ". Si ce marché émerge, c’est que l’écosystème est là avec des smartphones à foison la possibilité de stocker des informations à distance (cloud computing) et l’habitude d’une grande partie de la population d’utiliser les applications mobiles. Le coût des composants qui a beaucoup baissé permet aux fabricants de proposer des produits abordables. Il y a aussi un besoin grandissant des populations occidentales de contrôler leur santé au quotidien.

Une large brèche

Certains s’engouffrent dans la brèche en proposant des objets pour le moins étonnants tels que le GPS pour garder un oeil en permanence sur son chien, une fourchette de couleur flashy qui surveille notre rythme d’ingestion des aliments et s’accompagne d’un mini-terminal à presser lors des moments de bonheur. Le bonheur est-il une notion, un état psychique, émotionnel, intellectuel, plus difficile à définir et à décrire ? Tout le monde le cherche, peu le trouvent tant il se présente sous de multiples facettes et tant de philosophes, psychiatres, neurologues le décrivent sous de multiples aspects tantôt contradictoires sinon complexes. Il se réfère tantôt à une valeur équivalente à bien-être, tantôt à un terme purement descriptif d’un état psychologique particulier, proche de la dépression ou de la tranquillité. Les équivalents de bonheur se nichent dans le sens de l’hédonisme, de la satisfaction procurée par la vie, voire d’un état proche de l’émotion, des affects, voire des passions qui avaient si mauvaise réputation chez Spinoza, lui qui était toujours à la recherche du moyen de s’en débarrasser, à en purifier l’esprit pour accéder à une liberté qu’il considérait comme le point sublime de la raison.

Les philosophes s’en mêlent

Laissant de côté les questions de vocabulaire, nombreux sont les philosophes qui estiment que le bonheur est un sujet d’une importance cruciale pour eux, ce qui ne l’empêche pas d’être « passionnément » disputé et de s’être glissé dans les compartiments des sciences du bonheur et de ceux des prises de décision, point commun d’arrivée de nombreux débats engagés entre penseurs de toute discipline, de toute appartenance et de tout usage rationnel de la rhétorique. Que signifie le bonheur ? Cette question ne saurait appeler une réponse appropriée en raison du flou qui entoure un problème davantage justiciable d’une signification d’ordre linguistique ou bien d’une simple clarification sur la chose du bonheur en soi qui peut cheminer quelque part entre le plaisir, une vie de prospérité, un état d’esprit particulier ou encore une vie susceptible de fonctionner bien pour la personne qui en assure la conduite ou qui serait aidé par la chance, le destin, voire le hasard quand il penche du côté le plus favorable. Ce peut être une matière psychologique, située aux pôles extrêmes du plaisir et de la dépression, la description de certains états mentaux parmi lesquels le bonheur, équivalent plus ou moins lointain de la satisfaction éprouvée par la manière de mener sa propre vie, d’en recueillir du plaisir ou encore une émotion dont la coloration serait positive.

Les ignares

Cette réponse en appelle d’autres parmi lesquelles se situe la valeur de la personnalité de l’ignare, celui qui est heureux par nature. Dans cette hypothèse les gens heureux doivent inspirer moins de pitié que d’envie. Dans un certain sens, le bonheur concerne toutes les situations, conditions et caractéristiques qui sont bonnes pour la personne, la rendent meilleure, ou servent ses intérêts. S’élever dans le bien-être c’est se tirer au mieux de situations périlleuses ou défavorables, bien se débrouiller pour se retrouver dans une situation favorable sinon enviable. L’inverse serait de mal négocier la conduite de son propre chemin dans la vie, de ne pas tirer entièrement parti de situations compromises, d’inspirer la sympathie ou la pitié. Le bonheur se rapporte à une vie de bien-être ou florissante au cours de laquelle tout va bien pour vous. Pris dans ce sens, on ne saurait écarter l’occasion de prononcer un jugement de valeur, en d’autres termes de décréter que la personne heureuse possède tout ce qui contribue à lui être bénéfique, à être bonne pour elle. Cette situation aurait bien pu être celle de Genghis Khan qui eut une vie heureuse si on se place du point de vue de l’humeur, cet état qui dépend de la satisfaction ou non d’obtenir tout ce que l’on désire.

Le diable s’en mêle

Se baser sur l’évaluation de cette condition est parfaitement contestable dès lors que ma culture, ma raison, mes affects et mon opinion m’incitent à penser et à ressentir qu’accueillir le diable - même au prix de l’instauration de succès répétés - est triste, sinistre et pauvre. Les hédonistes ne manquent pas de qualifier le bien-être ressenti à partir du plaisir d’obtenir tout ce que l’on désire, par opposition avec celui de vivre une multitude d’expériences, chacune d’entre elles devenant un enrichissement. Chez Aristote, le bien-être ou eudaimonia consiste à mener une vie vertueuse qui permette d’utiliser la totalité de notre capital de disponibilités ou de capacités données à l’être humain ou captées par lui. La question du bonheur ou du bien-être peut être posée différemment, en des termes qui concernent les choses considérées comme bonnes pour les gens, ce type de choses que les théoriciens de l’éthique se plaisent à évoquer, disséquer et analyser. Telle n’est pas l’attitude des psychologues préférant s’aligner sur les idées de Bentham, Mill ou Aristote qui estiment que le seul sentiment de satisfaction ne saurait suffire à qualifier la vie d’heureuse puisque d’autres accordent la priorité dans ce domaine à la réussite ou au savoir.

Bien-être ou bonheur ?

Le bien être, souvent considéré comme la définition la plus rapprochée du sens de bonheur, pourrait tout aussi bien s’accorder avec celui des états mentaux coïncidant avec tous ceux qui sont plus ou moins liés au plaisir. Ces dénominations ne recouvrent pas nécessairement toutes les nuances répertoriées dans les états décrivant le fait d’être heureux. Celui-ci reflète plus un état psychologique ou une propriété spécialement attachée à la personne qu’une situation dans laquelle cette personne se sentirait plus à l’aise pour traverser les difficultés de l’existence et aurait une vie plus agréable qu’une autre. Dans cette hypothèse, l’évaluation de la qualité de vie devrait se faire sur la longue durée.

Hédonisme

L’hédonisme s’intéresse à un aspect particulier de la satisfaction, celui qui dépasserait les expériences désagréables. En ce sens, on serait tenté d’introduire la notion d’utilitarisme, qui trouverait sa meilleure application dans le domaine de la sociologie. Les satisfaits de la vie ont à son égard une attitude globale favorable, ce qui ne dispense pas de juger tel ou tel détail parmi tous ceux qui se présentent à l’attention des juges. Il pourrait tout aussi bien, sinon plus utilement s’agir d’humeur, d’ambiance, d’atmosphère, d’approbations ou de soutien plus que d’hostilité, de joie plus que de tristesse, d’engagement plus que d’opposition, d’enthousiasme plus que de réticence ou de répulsion.

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