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Quels critères, quels indices, quelle valeur ?

Le bonheur ?

Individuel ou collectif ou les deux ?

vendredi 8 janvier 2010, par Picospin

On dit fort justement en France que plusieurs de ses performances méritent d’être citées et fêtées à leur juste place même si par ailleurs quelques petites imperfections se font jour de temps en temps.

Bonheur imparfait ?

Si elles méritent d’être signalées, c’est uniquement à un niveau relativement bas, sinon discret, tel qu’on ne peut le saisir de tous les angles et par tous les éléments de la population qu’il s’agisse d’un certain pessimisme incompréhensible pour une population qui tient un des records mondiaux de la natalité, de la façon de déguster la vie devant les terrasses ensoleillées des cafés, dans l’art de la discussion chère à Jurgen Habermas, qui doit sans doute parler allemand, d’un enseignement devenu enfin autonome sur des campus rénovés et modernisés dans leur conception, leur forme, leur architecture et la modernité de leur enseignement qui fait toujours appel plus à l’intelligence de la critique qu’à la mémorisation des données pour plaire aux idées de Montaigne.

Excellents indices

Surprenants et combien réconfortants sont les résultats de l’enquête sur le bonheur qui place la France très nettement en tête de toutes les nations pour les indices obtenus dans le cadre de la santé, « la meilleure du monde », la qualité de vie, la liberté, la sécurité, la saveur de la vie, la décoration des charmantes terrasses fleuries, des jardins bien entretenus à côté desquels les parcs et jardins anglais, suisses, autrichiens ou allemands ne sont sans doute que d’horribles dépotoirs propres à attirer les rats des égouts qui ont au moins l’avantage de pouvoir être utilisés comme animaux d’expériences scientifiques et si nécessaire de nettoyer leur foyer des immondices que certains citoyens peu écologiques et animés de mauvaises intentions ne manquent pas d’accumuler en ces lieux habités par le diable sinon par l’enfer lui-même.

Trop de statistiques

Les statistiques fournies et surtout la manière dont elles l’ont été a stimulé les critiques du Président de la République qui propose une autre méthode pour traduire le niveau de vie et surtout sa qualité. Il est vrai qu’il est aidé et soutenu dans cette tâche par des esprits de haut niveau comme les économistes Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi. On n’a guère entendu citer dans ces louanges et cette autosatisfaction propre à encourager les plus pessimistes et les plus déprimés de l’éventuelle chaleur ou disponibilité de l’accueil, de la facilité de conquérir des rapports humains par la parole, le geste ou la réception, de rassurer les plus inquiets et les plus anxieux, de retenir ceux qui sont destinés au départ forcé, d’entourer d’affection ceux qui ont le malheur, la disgrâce de ne pas posséder la langue française et d’être dans l’obligation de se servir d’une autre forme d’expression dérivée d’un anglais honni, jalousé par l’extension de son usage et la mondialisation de ses discours.

Évaluer

La Commission en charge de l’évaluation du bonheur prône la prise en compte de nouveaux critères, ou une pondération différente, évaluant les inégalités sociales, la qualité de la vie et le développement durable, ainsi qu’une idée plus complète de la richesse d’un pays que le simple calcul de la production. Cette mesure du bien-être repose la question de la possibilité d’évaluer le bonheur des individus d’une société. Pour ne pas être en reste le Président de la République a voulu mettre son grain de sel en proposant d’autres indices de bonheur. Se pose alors la question de la subjectivité et du bonheur « statistique » qui ne qui ne saurait être le même pour un grand homme politique et pour un chômeur de longue durée. Faut-il tendre vers une augmentation permanente de la croissance qui ne saurait satisfaire que les économistes et les politiques ? Faut-il privilégier la qualité du service public, l’application rigoureuse de la justice, l’égalité des situations financières, « les services que l’on se rend dans une famille » (sic), les loisirs auxquels tiennent particulièrement les Français.

Opinions d’un Président

Puis, il s’est attaqué à la moyenne qui, d’après lui ne veut rien dire, valeur qu’il vaudrait mieux faire analyser par des experts tout droit sortis de Polytechnique ou de HEC. Plutôt que de bonheur, concept difficile à saisir et très individuel sauf pour les rares personnes attachées plus au bonheur de l’autre qu’au sien, on pourrait proposer le désir qui crée une tension puis une satisfaction et une détente. Mettre le bonheur en équation risque d’en faire une valeur banalisée dont la signification se perd à mesure qu’on la vulgarise et qu’on la transforme en bienfait statistique dont la subjectivité est constamment transformée en profit exprimé comme une grandeur, une dimension à laquelle est attachée une signification. Les indices dévaluation du bonheur doivent relever plus d’une étude horizontale que verticale ce qui permettrait d’en apprécier l’évolution en fonction de l’âge, la carrière, des avancées et des reculs, des conditions de l’environnement, de l’état général de la société ou de sa situation comparée à d’autres.

Questionnement :

1. Certains philosophes pensent que l’éthique est étroitement liée au bonheur. Que penser de cette thèse ?

2. Est-ce qu’une nouvelle définition du bonheur a des chances de renforcer et d’approfondir nos connaissances sur cette notion éminemment subjective, individuelle ou collective ?

3. Est-ce que la diminution de l’activité physique et intellectuelle peut être un facteur de modification significative du bonheur ?

4. Est-ce que l’épanouissement individuel ou effectué dans le cadre d’une collectivité est susceptible de jouer un rôle déterminant dans l’acquisition ou la conservation du bonheur ?