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Entre le marteau et l’enclume ?

Le bouddhisme, le dalaï-lama, la Chine et le Tibet

Ou entre Chine et Tibet

dimanche 27 avril 2008, par Picospin

Contre ces inconvénients majeurs sinon rédhibitoires, la décision fut néanmoins prise de confier l’organisation des JO à un pays immense, en pleine mutation industrielle et commerciale et - qui plus est - était engagée dans un conflit larvé avec le Tibet.

Un haut lieu de la spiritualité

Ce haut lieu - au sens propre et figuré - de la spiritualité particulière du bouddhisme est placée sous l’autorité spirituelle et politique du dalaï-lama qui est reconnu par les Tibétains comme le plus haut chef spirituel du Tibet et le chef temporel du gouvernement du Tibet depuis le 17è siècle jusqu’à la première moitié du 20è siècle et actuellement chef du gouvernement en exil. Le dalaï-lama qui signifie océan en mongol et sagesse en tibétain appartient à une lignée d’êtres éclairés qui ont choisi de renaître pour le bien de tous les êtres. En 1949, Mao Zedong, à la tête du parti communiste chinois avait envoyé des troupes militaires officiellement pour « libérer » le Tibet de la présence étrangère. C’est en 1950, à l’âge de quinze ans, que le dalaï-lama devient chef du gouvernement tibétain. Il passe les neuf années qui suivent à la recherche d’une solution pacifique à la crise, avant d’être obligé de fuir en Inde où il établit, à Dharamsala, un gouvernement tibétain en exil. Pendant la Révolution culturelle, la population est persécutée, les monastères sont détruits, les moines et nonnes emprisonnés et torturés. Aujourd’hui, non seulement les Tibétains sont sévèrement réprimés et empêchés de s’exprimer, mais ils subissent la très forte pression d’une politique de colonisation ce qui a fait dire au dalaï-lama que "Si rien ne change, la culture tibétaine risque de disparaître d’ici quinze ans". Depuis son exil, le dalaï-lama est dénoncé par le gouvernement chinois comme indépendantiste.

Un indépendantiste ?

Malgré cela, il persévère dans la voie de la non-violence et demande à la Chine de négocier pour aboutir à un compromis politique. En 1961, il lance un appel à l’Organisation des Nations unies en faveur d’une restauration de l’indépendance du Tibet, et, après l’ouverture de Deng Xiaoping qui déclara en 1979 qu’en dehors de l’indépendance tout était discutable, le dalaï-lama ne demande plus qu’une autonomie réelle du Tibet au sein de la République populaire de Chine se basant sur la constitution chinoise. Si des discussions entre des émissaires du dalaï-lama, Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen, avec des représentants du gouvernement chinois ont débuté en 2002, aucune négociation directe entre le dalaï-lama, son gouvernement en exil et le gouvernement chinois n’a encore débuté. Aujourd’hui en Chine, le culte bouddhiste tibétain de l’école Gelugpa est officiellement autorisé par le gouvernement central, même à Pékin dans le très ancien temple de Yonghe. De nombreuses associations internationales dénoncent une répression de la religion au Tibet, comme l’illustrent la détention en résidence surveillée du jeune panchen-lama, la destruction en 2001 de l’institut bouddhiste de Serthar ou encore la condamnation à une peine de prison à vie de Tenzin Delek Rinpoché en 2005. La plupart des grands maîtres du Bouddhisme tibétain ont été contraints de s’exiler, comme l’ont illustré la fuite de nombreux dignitaires en 1998 et 2000.

De la répression à l’exil

Le quatorzième dalaï-lama a enfin reçu le soutien de nombreuses personnalités et institutions de par le monde pour sa lutte non-violente pour la liberté du Tibet. Il a notamment reçu le Prix Nobel de la paix en 1989 et la Médaille d’or du Congrès des États-Unis en 2007. Personnalité exceptionnelle, il a rassemblé les Tibétains en exil. Selon le quatorzième dalaï-lama, si « le mouvement pour le Tibet a attiré un large soutien mondial, c’est en raison des principes universels que le peuple tibétain a incorporés dans sa lutte. Ces principes sont la non-violence, la démocratie, le dialogue, le compromis, le respect des préoccupations sincères des autres, et de notre environnement commun14. A la lumière de ce récit, on peut mieux comprendre l’attraction qu’exerce sur l’Occident et l’Europe et les Etats-Unis l’attitude de résistance du plus faible contre le plus fort, surtout quand ce dernier prend le visage menaçant, tout puissant, parfois agressif du dragon crachant le feu pour incendier la civilisation occidentale. Cela d’autant plus que cette dernière ne peut actuellement se contenter d’un simple sourire figé envers ce puissant partenaire avec lequel il est obligé de commercer puisque cet empire de plus d’un milliard d’habitants a pour vocation et avenir de devenir la première puissance mondiale.

Que doit faire l’occident ?

Dans ces conditions, devant ces prévisions et l’actualité, les occidentaux s’inclinent cérémonieusement devant les autorités de Pékin cherchant à tirer de leurs relations le maximum de profit. Pendant ce temps et simultanément, les esprits animés par l’idéologie de la liberté et de la démocratie apportent un soutien moral fort aux autorités tibétaines même si les penseurs laïcs ont du mal à honorer la personnalité quelque peu théocratique du chef de cette congrégation bouddhiste. Reste que, lors de mon enquête sur la spiritualité des soignants de la médecine palliative, j’ai rencontré un grand nombre de personnes de tradition chrétienne qui se sont déclarées intéressées sinon attirées par certains aspects du bouddhisme. Il leur semblait qu’il leur présentait un aspect plus calme, plus serein, plus heureux, moins tourmenté que celui du catholicisme ou du christianisme. Le mélange des deux spiritualités leur semblait un compromis plus qu’acceptable sinon attachant face à l’intransigeance, à la tristesse, au sentiment de culpabilité et au caractère souvent tragique et douloureux du message chrétien. Ne se trouve-t-on pas actuellement enfermé dans un dilemme entre totalitarisme et théocratie ?

Sources :

Conze E. Le Bouddhisme. Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2002.

Questions éthiques :

1. Tous les médias s’interrogent actuellement sur les mesures à prendre pour aider le Tibet à retrouver son indépendance sans blesser l’orgueil nation des Chinois mais les solutions tardent à se profiler à l’horizon en raison d’une situation politique et diplomatique complexe dans lesquelles entrent l’organisation des Jeux Olympiques, la nécessité économique de ne pas couper les ponts avec les Chinois et celle de ne pas perdre la face devant le puissant dragon.

2. Quelles sont les solutions les moins mauvaises pour régler ces problèmes ?

3. La France a envoyé des émissaires en Chine comme au bon vieux temps, avant l’apparition des moyens modernes de communication comme le courrier électronique, auparavant le téléphone (parfois rouge...) sinon le télégramme. C’est tout juste si des émissaires ne sont pas partis d’Europe à cheval pour laisser des messages écrits à l’empereur de Chine pour le rassurer sur nos intentions et l’assurer de nos bons sentiments. Que penser de ces formes de démarches d’un ancien temps ?

4. Ne peut-on penser que le conflit entre Chine et Tibet, déjà très ancien, est une affaire intérieure chinoise ce qui pourrait freiner les ardeurs occidentales à vouloir la résoudre ?