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Le bridge est-il un sport de l’esprit ou un médiateur du lien social ?

vendredi 4 janvier 2008, par Picospin

Est-ce un passe-temps suranné, un exercice intellectuel capable de mobiliser les connexions cérébrales pour éviter leur endormissement, leur assoupissement favoriser au contraire une activité de l’esprit susceptible de retarder la survenue des fléaux de notre époque que sont les maladies neurologiques dégénératives ou plus simplement le lent glissement dans le néant que représente la maladie d’Alzheimer ?

Un jeu bourgeois ?

Dans un article du journal « Le Monde » ( 2.01.2008) Olivier Razemon souligne les efforts accomplis par la Fédération Française de Bridge pour transformer ce jeu autrefois considéré comme bourgeois « avec thé et petits gâteaux » en exercices de haut niveau impliquant des incursions dans des exercices de probabilité sans s’en rendre compte et avec plaisir. Comme beaucoup d’activités ludiques ou de pratiques qui puissent réhausser le niveau d’attention, de réflexion, de concentration, ce jeu de cartes a été rajeuni par l’introduction de nouveaux joueurs et adeptes qui trouvent dans cet échange à travers des codes, de règles, des raisonnements logiques un moyen de fortifier une mémoire souvent laissée en friche et qui est capable de reconnecter des synapses neuronales rouillées depuis longtemps parce que insuffisamment utilisées au cours des activités offertes à la population par des médias fatigués et qui ne font appel qu’à des processus automatiques sinon passifs.

Rajeunissement

Si l’âge moyen des participants aux divers tournois organisés par des ligues de province a considérablement diminué en raison de l’augmentation de la longévité, de la mobilité et de l’autonomie, une nouvelle population s’assoit maintenant autour des tables carrées du bridge recouvertes du fameux velours vert sur lequel tombent les cartes maintenues par des mains parfois à peine sorties de l’enfance. Certaines appartiennent à des matheux sorties des « grandes écoles » et qui trouvent dans cette occasion les moyens faciles d’arrondir leurs fins de mois sinon à se donner l’impression ou l’illusion qu’ils contribuent à soutenir l’esprit vacillant des personnes âgées. Le nouvel essor de ce jeu de société est du à ses avantages et ses attraits évidents que sont sa facilité d’organisation, les moyens financiers et logistiques modestes qu’il exige, la conformation à des règles de base simples qui ne se complexifient que dans la mesure où les pratiquants acquièrent une technique et une réflexion plus élaborées. S’y associent aussi la facilité et les occasions multiples de rencontres qui contribuent à élargir le champ social.

Une large diffusion

La diffusion mondiale de ce jeu de cartes permet aussi de le transporter en tous lieux grâce aux tournois dument règlementés en des stations touristiques, des curiosités géographiques, des sites artistiques et à nouer des amitiés et des partenariats avec des populations lointaines par la médiation des sites internet. Ainsi nait une véritable confrérie, amorce d’une chaine de la connivence sinon de l’amitié ou de l’espoir. L’adhésion à une règlementation officielle, largement diffusée permet à tous de s’y soumettre et à beaucoup de s’ériger en enseignants ou dépositaires du respect de la loi, celle proposée, sinon imposée comme obligatoire en regard de la loi universelle. Cette dernière subit cependant de notables modifications par l’introduction de variantes locales qui encouragent la compétitivité, le classement dans la hiérarchie, la reconnaissance des compétences.

Une compétition féroce

Il ne s’agit pas uniquement d’une compétition dont la régularité rassure les angoissés par le temps qui passe ou que l’on souhaite « tuer ». Certains y trouvent l’occasion de nouer des relations, des amitiés, sinon des aventures amoureuses à une époque où la priorité risque d’être donnée aux annonces scabreuses diffusées par l’Internet ou d’autres médias qui n’offrent pas les mêmes garanties d’honnêteté, de probité, de confidentialité que le cercle plus restreint des amateurs et des professionnels du bridge. Reste à dresser le véritable bilan global, spirituel et physique de ce jeu de cartes qui oblige ses adeptes à une sédentarité prolongée contre laquelle s’agitent maintenant les censeurs de la médecine, de la physiologie, du sport, de l’exercice avant de condamner les réfractaires à la crise cardiaque, au « gâtisme », au vieillissement prématuré et à l’impotence définitive.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le mode de vie des assidus aux jeux de cartes en général et au bridge en particulier peut être considéré comme une philosophie, une sagesse, un passe temps ou la quête d’un sens à la vie ?

2. Est-ce que l’apprentissage de ce jeu peut être considéré comme une activité éducative, pédagogique, contraignante susceptible de conduire à une mécanique sociale dont les risques seraient mesurés par rapport à ceux résultant du champ plus élargi des faits, des hypothèses, des raisonnements que l’on ignore ?

3. Est-ce qu’au contraire le fait de chercher à faire quelque chose que l’on ne sait pas faire en le faisant offrirait une occasion plus favorable à l’apprentissage ?

4. Est-ce que cette activité peut avoir une face utilitariste par les occasions qu’elle présente d’accéder à une promotion sociale ?

5. Y a-t-il une ritualisation éducative dans l’application de règles immuables susceptible de favoriser ou d’accélérer l’apprentissage des combinaisons, des probabilités, de la communication entre partenaires et adversaires ?