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Une approche de l’autre ?

Le "care" (suite)

Un sauvetage ?

jeudi 12 avril 2012, par Picospin

Un accord à minima serait certes possible ou en cours d’intervention et d’exécution sur la notion de devoir qui inclut le souci de la famille, des amis, des proches sinon des plus lointains pour tous ceux qui sont habités par une spiritualité capable de traverser les frontières pour s’établir ailleurs, à condition d’y trouver le répondant à l’amour, à l’empathie dont on ne saurait fixer ni l’obligation, ni la durée, ni l’intensité.

Un règlement ou une attention ?

Ces dimensions sont d’un autre ordre car elles ne s’inscrivent pas dans les attendus d’un règlement mais bien dans l’inspiration, l’attraction, la séduction affective du moment. Ces dernières résistent à l’analyse pour s’accrocher à toutes les aspérités proposées par les nécessités du moment, les circonstances et les manières choisies en liberté pour y répondre. Le choix qui en résulte serait ensuite et finalement conclu par un accord linguistique, modifiable en fonction de l’environnement, de la forme de vie, des capacités de plaisir, endurance ou séduction émanant de l’agent impliqué dans la relation à autrui inscrite dans le cadre très particulier du care. Le tragique des grandes décisions s’efface de plus en plus derrière les agréments du consensus, abri confortable derrière lequel se niche la responsabilité, comme c’est le cas du sens commun, massification du bon sens, derrière lequel se blottit tout autant l’individu ou une collectivité torturée par le vécu des expériences du mal, lorsqu’elle est dénudée par la compromission, la culpabilité du mal ou des lendemains de la mauvaise action. Est-ce que ce fardeau est plus lourd à porter quand la voix manque pour se faire entendre, que l’esprit est courbé sous le joug, que la conformité devient modèle de vertu au point de masquer ou atténuer toute velléité de plaisir, de joie, d’expression libre de soi, sinon de la collectivité à laquelle l’individu est rattaché. C’est le plus souvent une femme, encore dominée par le mâle et l’imposition de sa culture, de ses gouts, de son compagnonnage.

Contact et expérience

« Retrouver la contact avec l’expérience et trouver une voix pour son expression est la visée première, perfectionniste et politique de l’éthique » écrit Sandra Laugier dans son livre « Le souci des autres ». Tout désormais réside dans le perfectionnement de la perception qui s’aiguise au contact des autres, ceux dont on cherche à s’occuper et qui ressentent, par un retour de cette perception de l’individu aidé à l’aidant, les finesses infinies véhiculées par les messages forts, tantôt affaiblis envoyés par le secouriste à celui ou celle qui reste en quête de soutien, d’assistance, surtout d’une compréhension moins intellectualisée que raffinée ou affinée par le murissement de la pensée et l’accumulation des expériences affectives vécues par le « secouriste » qui a entendu l’appel de détresse et y a répondu par l’improvisation, l’activité, la mobilité, fruits de sa recension, de son humanisme et de sa maturité. A chaque carrefour imposé par l’autre, appelant placé au milieu de l’étang comme proie à saisir au profit de la véritable victime se pose le problème de la conduite après délibération humaine, considérée par certains comme « aventure de la personnalité dans des hasards terrifiants. » Jusqu’où aller dans cette voie du sauvetage ? La question est d’autant plus pertinente dans notre monde contemporain que la société ne cesse de faire allusion, sinon de flatter le jusqu’au boutisme, cette tendance de l’être du 21è siècle à aller au bout de lui-même, à se dépasser pour des raisons qui n’apparaissent pas toutes avec une extrême clarté.

Dépassement de soi

Dans le cas du simple dépassement de soi pour soi, l’autre n’intervient guère, le premier pouvant se ranger dans un accroissement brutal et péremptoire de l’ego ce qui pourrait aussi devenir le cas du second. Au moins dans ce dernier, les objectifs sont-ils partagés entre la diminution, la disparition, l’étouffement de soi et la préservation d’un lien familial, à forte connotation affective, réplique d’une volonté de survie à l’aide de l’autre.