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Il est descendu au fond du puits

Le chant d’Orphée pour récolter quelques drachmes

Il n’a pas eu le temps de sauver Eurydice convoitée

mardi 4 mai 2010, par Picospin

Ce n’était pas la première fois qu’une situation aussi tendue se profila à l’horizon de la mer Egée. Depuis longtemps, on murmurait qu’il y avait quelque légèreté à confier à un peuple aussi ancien et peu recommandable les deniers dont avaient besoin leurs partenaires et amis.

Accords et désaccords

Des réticences s’exprimèrent contre ces projets d’aide qui n’étaient pas tous motivés par une charité dont le christianisme venu plus tard au creux de l’état s’était fait le porte-parole et le porte-voix. Les réticents s’étaient laissé convaincre de l’obligation d’un effort exceptionnel dont un jour ou l’autre ils seraient récompensés dans la réputation, l’opinion publique, trajets indispensables à la reconnaissance et à la construction d’une gloire qui n’avait pas que des côtés économiques ou des avantages moraux. A l’exemple de la France, pour une fois unanime à encourager de tels gestes de solidarité envers un plus malheureux que soi, des prêts à 5% ont été votés. On croit savoir par ailleurs, par des murmures encore un peu étouffés qu’ils avaient été obtenus à des taux voisins de 1 à 2% ce qui permettait de réaliser une bonne affaire, de remplir des caisses vides selon les affirmations des honnêtes gens que possédait encore la République et de redorer le blason d’une Europe considérée comme trop égoïste à l’égard des créateurs de la civilisation européenne si mal remerciée par des voisins et descendants bien trop ingrats. Le projet de loi de finances rectificatives a été adopté à main levée, sans amendement, après une soirée de débat. Le texte part maintenant en navette au Sénat pour une adoption définitive, sans doute jeudi.

On est pressé : pourquoi ?

La France, comme les autres pays de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI), souligne qu’elle doit aller vite, pour lutter contre la spéculation des marchés sur la dette grecque, et pour que la Grèce puisse honorer l’échéance du remboursement de sa dette le 19 mai. Souvent, le malheur des uns fait le bonheur des autres. On n’a pas attendu bien longtemps les réactions d’une joie cachée de pouvoir ainsi faire le bien aux autres tout en contribuant à faire aussi le bien pour soi. Ces occasions se font de plus en plus rares en temps de crise. Pourquoi ne pas en profiter quand on peut se permettre d’imposer à un pays exsangue et à la dérive des contraintes qu’on a déjà du mal à s’imposer à soi-même. Le porte-parole du PS a déclaré que son parti votait « l’aide à la Grèce mais pas le plan d’austérité » imposé aux Grecs. Le président (PS) de la commission des Finances et d’autres élus ont aussi posé la question d’un taux de 5%, trop élevé à leurs yeux : On se fait un peu de bénéfice sur le dos de la misère d’un peuple » déclare dans un moment de solidarité exceptionnel comme on en compte peu au cours d’un siècle. En face, le députés communiste et son collègue du Front de Gauche ont voté contre le plan, parce qu’il vient à l’aide des créanciers qui ont mis la Grèce dans une situation épouvantable en lui consentant des prêts à des taux élevés. A droite, on a aussi voté « contre ce faux plan de sauvetage qui a tout d’un plan de sabordage ».

On tue un pays

Il a estimé que l’austérité imposée à la Grèce allait « tuer » ce pays sans sauver l’euro, plaidant pour la sortie d’Athènes de la monnaie unique. Tout le monde dans le pays si bien aidé ne l’entend pas de cette oreille quand on apprend que les syndicats grecs tentent d’engager l’épreuve de force contre la cure d’austérité décidée par le gouvernement en appelant fonctionnaires et enseignants à cesser le travail et à descendre dans la rue ce mardi, à la veille d’une grève générale qui devrait paralyser le pays. Environ 200 militants communistes ont occupé le site de l’Acropole, à Athènes, où ils ont déroulé une banderole géante appelant à la mobilisation. « Peuples de l’Europe, soulevez-vous », figurait en grec et en anglais sur la banderole accrochée au rocher. « Nous voulons envoyer un message dans toute la Grèce et dans toute l’Europe, a expliqué un député communiste. Des mesures qui éliminent les acquis sociaux sont prises dans toute l’Europe. Mais la colère populaire va venir à bout des organisations impérialistes. » Plusieurs milliers de personnes ont aussi manifesté en milieu de journée dans le centre d’Athènes à l’appel de plusieurs syndicats, contre la cure d’austérité décidée par le gouvernement. Moins d’un millier de manifestants du front syndical du Parti communiste, se sont rendu au Parlement avant de se disperser dans le calme. « On ne donnera pas un sou pour la crise », affirmait une banderole.

Acropole

La prise de l’Acropole intervient au premier jour d’une grève de 48 heures dans la fonction publique et à la veille d’une grève générale à l’appel des deux grandes centrales syndicales du privé et du public. Les syndicats espèrent mobiliser contre le nouveau plan de rigueur adopté dimanche par Athènes en contrepartie d’une aide financière de 110 milliards d’euros sur trois ans de l’Union européenne et du Fonds monétaire international. Ces mesures, d’une sévérité inédite, prévoient la suppression des 13ème et 14ème mois de salaire dans la fonction publique, et des 13ème et 14ème mois de pension pour tous les retraités, compensées par des primes pour les plus bas revenus. Mercredi, tous les vols internationaux seront cloués au sol, les contrôleurs aériens devant participer à la grève générale. Les fédérations de commerçants ont appelé leurs membres à se joindre à la grève, mais il est difficile de prévoir l’ampleur de leur mobilisation, les commerçants d’Athènes ayant annoncé leur intention d’ouvrir leurs magasins. Le ministre allemand des Finances a prévenu que la Grèce s’exposait au défaut de paiement si elle ne remplissait pas ses engagements, rappelant que le versement de l’aide serait conditionné à des contrôles stricts. S’il y avait des manquements » au programme d’austérité, les versements seraient stoppé, faute de quoi le défaut de paiement menacerait à nouveau Athènes.

Surpressions

Comme on le voit, la pression reste forte sur l’Acropole dont on peut craindre que sous cette terrible contrainte, il ne s’écroule un peu plus, laissant dénudée la plus célèbre colline du monde à laquelle touristes, curieux et visiteurs ne pourraient plus avoir accès pour peu que la situation empire et qu’après le nombreux « transfert »s pratiqués d’Athènes à Londres, Berlin ou Paris, il ne reste plus de pierres pour s’asseoir à l’ombre des derniers arbres squelettiques projetant un peu d’ombre sur des adorateurs de Zeus, d’Hermès ou d’Orphée. Ce dernier, dans un élan sublime d’amour et de tendresse osa descendre à 1500 mètres sous les mers pour tenter de colmater la brèche qui venait de s’ouvrir dans les forages d’une équipe venue de lointaines mers du nord. Elle laissa sortir un infâme mélange d’or noir visqueux dont personne ne parvint à tarir la source. Dans un effort désespéré d’arrêter cette hémorragie de sang noirci, il activa sa lyre pour calmer des dieux en colère, incapables de calmer leur irritation contre ceux qui avaient osé ainsi salir une nature aussi belle et accueillante. Rien n’y fit. C’est ainsi qu’il se laissa glisser dans le royaume des morts, laissant Eurydice à son destin et lui-même à son désespoir.