Ethique Info

Accueil > Médecine > Le choix du chercheur

Ethique de la recherche ou plaisir de la drogue ?

Le choix du chercheur

Tennis ou Labo ?

mardi 16 juin 2009, par Picospin

Suspendu lundi à titre provisoire par la Fédération Internationale de Tennis pour avoir été contrôlé positif à la cocaïne au tournoi de Miami avec un taux de 151 nanogrammes de drogue par millilitres de sang, Richard Gasquet encourt une suspension de deux ans. Il doit comparaître d’ici deux mois devant le tribunal antidopage de la Fédération internationale. S’il est sanctionné, le joueur le sera donc pour dopage, c’est-à-dire pour avoir voulu améliorer sa performance dans un tournoi... qu’il n’a pas joué puisqu’il avait fini par y déclarer forfait en raison d’une blessure à l’épaule. Ajoutons qu’il a été prouvé, par le biais du test capillaire, que Gasquet n’était pas un consommateur régulier de cocaïne.

Rugby ou tennis ?

Derrière cette affaire, on pourrait s’interroger sur les raisons qui ont poussé la Fédération de tennis d’élire à sa tête un ancien rugbyman international du nom de Gachassin qui, pour des raisons mystérieuses s’empare de cette fonction alors que rien ne le prédestinait à cette nouvelle gloire. Laissons les trafics de postes directoriaux dans le sport dit de haut niveau à leur triste destin pour nous intéresser à un problème plus sérieux. C’est celui des difficultés que rencontrent nombre de chercheurs avec leur administration de recherche. Deux hypothèses. Celle de l’absorption due à autrui, la substance étant administrée à Gasquet sans qu’il s’en aperçoive lors du concert auquel il assistait à Miami, la veille de son contrôle. Celle de l’absorption volontaire, mais de manière récréative puisque le joueur sait qu’il ne pourra jouer le lendemain et qu’il estime qu’il peut donc se « lâcher », pour s’amuser, lors d’un concert. Au pire, il s’agit d’une grosse bêtise de soirée qui risque de lui coûter sa carrière. Rien de moins. Deux ans loin du circuit professionnel paraissent, en effet, insurmontables pour retrouver le plus haut niveau. Parce qu’il aurait fait un écart l’espace de quelques secondes, le joueur mériterait donc d’être sportivement condamné à une mort sportive — car c’est de cela dont il est question ici. En lui infligeant une peine, la Fédération Internationale de Tennis stigmatisera la responsabilité et l’irresponsabilité de Richard Gasquet. Responsable d’un acte illicite, à cause de son irresponsabilité d’adulte. Elle n’aura pas tort, mais elle n’aura certainement pas raison non plus si la sanction est disproportionnée.

Sanction disproportionnée

A trop vouloir traquer le dopage, il ne faudrait pas tomber non plus dans certains excès, histoire de faire un exemple. Quel qu’en soit le dénouement, l’affaire, qui laissera des traces plus durables que ces 151 nanogrammes de cocaïne, est un désastre pour le joueur tennis de français dont l’image était déjà écornée en raison de son manque de résultats...Au cours des derniers jours, j’ai souvent entendu dire au sujet de Richard Gasquet : « Il n’avait qu’à faire attention. » Soit. Comme si rien n’était pardonnable pour les sportifs. Pourquoi le sportif devrait-il rester ce chevalier blanc qui ne peut ni vaciller ni tomber ? Parce qu’il serait ce soi-disant exemple pour la jeunesse ? Foutaise. Plus que d’autres corporations, les sportifs sont fragiles et influençables en raison de leur extrême jeunesse et pourraient, après tout, avoir le droit de fauter plus que les autres. Richard Gasquet est, répétons-le, responsable de ses actes, mais, hélas pour lui, il est irresponsable dans sa vie de tous les jours. Il l’est devenu par la force des choses dans un sport professionnel où les athlètes n’ont plus aucun repère ou rapport avec le réel en raison de l’argent qui coule à flot. Ils vivent dans une constante facilité. Lorsque les joueurs de tennis disputent un tournoi professionnel, ils n’ont, par exemple, à s’occuper de rien. Leur chambre, dans un hôtel généralement luxueux, est réservée et prise intégralement en charge par l’organisation de l’épreuve. Leur transport de l’hôtel au stade est assuré par un service de navettes évidemment payé pour eux qui vient également les chercher à l’aéroport et les y ramène quelques jours plus tard. Même gratuité pour leurs repas au stade, leur pressing... Sans oublier les passe-droits pour l’accès à certains restaurants ou boîtes de nuit.

Tout est dû

Tout leur est dû. Riches à millions pour beaucoup d’entre eux, ils évoluent sur un circuit professionnel où ils ne dépensen monde capitonné qui les protège de tout et, forcément, les fragilise. Surprotégés par des entourages envahissants qui règlent tous les problèmes à leur place (versements des salaires de leurs entraîneurs, achats de leurs billets d’avions...), ils vivent dans un milieu d’argent à la source de tous les dopages. Gagner pour devenir le meilleur et le plus riche. Cette année, le tournoi de Roland-Garros distribuera un total de 16,1 millions d’euros, comparativement aux 15,5 millions de 2008. Les vainqueurs du simple dames et du simple messieurs des Internationaux de France toucheront chacun un million d’euros pour sept matches gagnés. Un(e) battu(e) au premier tour recevra de son côté 15.000 euros. Oui, 15.000 euros pour le seul fait de participer au tournoi ! Vous perdez 6-1, 6-1 en une heure et vous empochez dix smic ! Soyons sérieux. Organisatrice de ces tournois du Grand Chelem, la Fédération Internationale de Tennis, qui engrange certains de leurs revenus, n’a jamais prôné la modération salariale comme les marques qui continuent de s’acheter des vedettes à prix d’or. Il serait peut-être temps pour ces forces économiques de se pencher sur la question et de lutter ainsi contre ce qui est la racine du dopage. Vœu pieux sans doute dans le tennis ou ailleurs. En attendant, cette même Fédération Internationale va statuer sur le cas de Richard Gasquet qui risque de tout perdre pour, peut-être, quelques secondes d’égarement...Quels sont les enjeux de l’intégration de l’éthique dans les programmes financés par l’UE ? Assurer aux citoyens et aux décideurs une conformité aux standards éthiques les plus élevés et promouvoir une recherche de qualité. Même si les cas où l’éthique est bafouée sont rares, il suffit d’un cas sur des milliers pour que cela affecte la crédibilité et l’image de la recherche dans son ensemble. Le principe de base pour trancher entre ce qui est éthiquement acceptable ou non tient seulement dans le respect de la dignité humaines.

Acceptation de la dignité

Le consentement éclairé des participants à une enquête ou une étude clinique est un des piliers de la recherche clinique. Tout projet soumis à la Commission passe par une évaluation scientifique. Si elle est satisfaisante, un précriblage éthique est opéré par des experts qui jugent que l’approche éthique est bonne ou insuffisante. Un projet dont l’évaluation scientifique est brillante ne comporte aucun garantie d’être subventionné si les considération éthiques y ont été négligées. Le recours à l’audit éthique est un outil ultime pour vérifier qu’un projet est bien réalisé en accord avec les principes éthiques fondamentaux. L’obstacle d’une intégration de l’éthique à l’esprit scientifique est le manque de formation. Les études de médecine sont les seules à former l’esprit des chercheurs à la réflexion éthique qui est au carrefour de tous les domaines de recherche. L’autre cible d’une meilleure formation en la matière est le grand public. Sensibiliser la population concernée, c’est à dire celle de l’Europe à l’éthique de la recherche dès le plus jeune âge lui permettrait d’acquérir l’ouverture d’esprit indispensable et d’élaborer un avis éclairé sur les pratiques et les enjeux de la recherche.

Audrey Binet

Research *EU N°60 Juin 2009