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Le concept d’amour chez Augustin et riches et pauvres en Californie

vendredi 13 février 2009, par Picospin

Le renoncement à soi donne à chacun dans le monde et à soi-même son sens véritable provenant de Dieu. Cette réalisation est l’amour du prochain. Cette attitude caractéristique de l’autre renvoie à deux rapports fondamentaux faits de l’obligation d’aimer l’autre comme Dieu et ensuite comme soi-même.

Renoncement à soi

Est-ce que la difficulté provient de la question concernant les modalités de la rencontre avec la créature qui renonce à soi et que peut-on dire du prochain dans cette rencontre ? En acceptant l’amour divin, la créature s’est reniée en elle-même et aime et hait comme Dieu. L’amour du prochain laisse celui qui aime dans l’isolement absolu et le monde, pour cette existence isolée, reste du passé. Comme la créature n’est pas Dieu et n’atteint jamais à l’égalité, le « comme Dieu » lui enlève toute possibilité de choisir l’autre. Cependant l’amour du prochain ne permet pas de comprendre comment il peut encore y avoir un prochain pour la créature absolument isolée. Parce que venant de Dieu et allant vers Lui, la créature se comprend rétrospectivement ce qui permet à l’amour fraternel de surgir car cette compréhension juste de soi-même explique et justifie celle du prochain. On aime en lui puis on fait de lui non ce qui est mais ce qu’on veut qu’il soit, un égal aimé dans cette égalité sans se soucier si l’autre le comprend ou non. C’est dans cette perspective proposée par Augustin que des psychologues de l’Université de Californie à Berkeley ont étudié la gestuelle d’individus, pour déterminer le niveau d’attention porté à leurs interlocuteurs respectifs. Les personnes de classe sociale élevée portent moins attention à leurs vis-à-vis que les personnes d’origine modeste. Les riches ont tendance à gigoter, à regarder leurs ongles et évitent tout contact visuel lors des échanges. Les individus de niveau social moins élevé se montrent attentifs, haussent les sourcils, approuvent de la tête, rient de façon appropriée et choisissent de maintenir le contact visuel. Les différences de comportement entre personnes issues d’un milieu aisé et plus pauvres sont si flagrantes que lorsqu’un groupe d’observateurs extérieurs visionne 60 secondes de chaque face-à-face entre les couples d’expérimentateurs, on distingue sans problème l’origine sociale de chaque individu, sur la seule base de sa gestuelle.

Riches et pauvres devant l’amour de l’autre

Les moins riches ont « besoin de relations sociales pour survivre » alors que « les contacts sociaux entre voisins permettent aux gens avec des moyens limités de trouver l’aide dont ils ont besoin pour résoudre des problèmes de tous les jours comme la garde des enfants ou l’organisation des modes de transport ». Augustin pense que « l’amour qui renonce à soi renonce à l’autre comme à soi-même mais il n’oublie pas l’autre. Dans l’amour du prochain ce n’est pas le prochain qui est aimé mais l’amour lui-même ». Les contacts sociaux entre voisins permettent aux gens avec des moyens limités de trouver l’aide dont ils ont besoin pour résoudre des problèmes relatifs à la garde des enfants ou au transport. Les gens les plus fortunés sont profondément engagés comme volontaires, leaders ou donateurs » mais « certains d’entre eux trouvent que leur vie est ‘empoisonnée’ par ceux qui ne voient en eux que des portes-monnaies ambulants et non des êtres humains à part entière ». « Il n’est dès lors pas surprenant que ceux qui se sont fait brûler par ce genre de relations tendent à devenir plus méfiants ». Les psychologues se sont rendu compte que les étudiants venant d’un milieu modeste adoptaient une attitude d’ouverture et d’écoute à l’égard de leur interlocuteur. Cela se manifeste par des hochements de tête approbateurs, des rires polis et les sourcils qui se soulèvent en même temps que les yeux s’agrandissent. En revanche, plus les étudiants viennent d’un milieu aisé, plus leur attitude témoigne aux yeux des psychologues d’un mépris de leur interlocuteur.

Mépris ou amour de l’Autre

Cela se manifeste par un regard qui s’égare, une manière de tripoter un objet sur la table ou des mouvements d’impatience. Selon nos chercheurs, le comportement des étudiants se rapproche finalement de celui des animaux. Comme dans la nature, les animaux dominants ont la priorité pour accéder à la nourriture, ils ont moins besoin de se rendre sympathiques, tandis que les dominés doivent attendre leur tour pour se nourrir, ce qui les oblige à être respectueux envers les plus forts. L’idée que les moins riches sont les plus sympathiques n’est ni simple ni facile à comprendre. Si l’on s’en tient au point de vue scientifique, plus le pouvoir d’achat baisse, plus les foyers modestes ont du mal à remplir le frigo, plus ils devraient être aimables pour subsister. Il est dommage que St Augustin n’ait fait aucune allusion à son niveau de vie dans ses réflexions sur l’amour entre les hommes et les créatures plus qu’à celui de Dieu puisque le Créateur est tout excusé de ne pas avoir un comportement adapté à son niveau de vie car en définitive sa survie n’en dépend pas. Certains se redressent, d’autres courbent l’échine.

Questionnement éthique :

1. Faut-il être nécessairement pauvre pour aimer son prochain, comme semble le suggérer cette enquête sur les comportements des habitants de la Californie ?

2. Est-il légitime de trouver étrange l’allusion au rôle de la mémoire par Saint-Augustin dont on pense qu’elle est devenue l’essence de l’intériorité, donc du chrétien ? Que penser de cette hypothèse ?

3. Est-il acceptable de supposer que la vie devient digne moins par un principe immanent à la vie que par l’intervention de l’Autre qui ne serait que la grâce de Dieu ?

4. On a prétendu qu’Augustin a été l’initiateur du roman psychologique et autobiographique moderne, démarche favorisée par le recueillement sur sa propre vie au moment où le concept de la grâce fait place au développement autonome de soi et à sa propre histoire personnelle qui apparait chez Goethe comme la "forme créée qui se développe en vivant". Peut-on déduire de ces considérations l’existence d’une sorte d’aller et retour entre le Dieu de la religiosité piétiste et un largage des liens avec Ce Dernier pour accéder au moi autonome ?

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