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Le drame de l’Assurance Maladie aux Etats-Unis

mardi 4 septembre 2007, par cristof

En rupture avec son passé, la Société américaine du Cancer a émis le projet de consacrer la totalité de son budget publicitaire, non plus aux incitations à ne plus fumer ou à la détection du cancer colorectal mais à un thème complètement éloigné des deux précédents : les conséquences d’une couverture insuffisante des frais médicaux. Cette campagne a été décidée à la suite de la publication de données statistiques erronées qui avaient prédit une diminution significative des cas de cancer et de l’analyse des conséquences délétères d’un déficit de détection des formes précoces de cancer.

Détection précoce

Ce retard est du exclusivement au manque de couverture dans le prise en charge de la prévention, du diagnostic et du traitement. Ce problème d’intérêt général n’est assurément négligé par aucun des candidats à la Présidence des Etats-Unis. Les mesures de promotion de soins précoces sont d’autant plus importantes que les organismes de bienfaisance concentrent leurs appels et leurs incitations plus à l’élargissement du diagnostic et des soins qu’à des aspects mineurs de cette problématique comme la prévention et l’éducation. Ces observations n’empêchent guère les diverses sociétés comme la « Société Américaine de Cardiologie », de diabétologie ou de la maladie d’Alzheimer d’applaudir des deux mains l’initiative prise par la première.

Une carence

Elles pensent au contraire que le fait de souligner cette carence dans la couverture des soins est susceptible de réveiller des consciences et de les inciter à exiger le règlement urgent de la prise en charge de ces pathologies. Comme par le passé, la société de Cardiologie consacre ses fonds de publicité à recommander une augmentation particulière de l’activité physique et un respect plus rigoureux de la diététique. Tout le monde n’est pas d’accord sur la totalité des mesures prévues. Il se trouve qu’un nombre non négligeable de voix proclament que ni les progrès de la recherche ni ceux de la prévention n’auront d’impact sur le recul de la maladie si les patients n’ont pas les moyens de recourir à des mesures efficaces pour le diagnostic et le soin. « Je pense » dit une des personnes interrogées à ce sujet, « que si nous ne réussissons pas à résoudre le problème de couverture de notre système de santé, ses difficultés d’accès risquent d’entraîner plus de décès que la consommation intensive de tabac ». « La maîtrise du cancer passe moins par l’application d’une médecine de qualité que par la mise en place d’une couverture généralisée des soins », a déclaré le président de la Société de Cancérologie.

Crise de l’Assurance Maladie

Mieux que de longs discours, les photographies de malades hagards, cachectiques et terrorisés illustrent cette crise majeure dans l’Assurance Maladie aux Etats-Unis. Les divers encarts publicitaires montrent les malheurs d’une famille très endettée qui n’avait plus les moyens de porter secours à un de ses membres. Et de poursuivre « Est-il vraiment question d’un choix entre s’occuper de soi-même ou de sa famille ? ». La situation est d’autant plus préoccupante que le nombre des personnes non assurées augmente sans cesse de façon vertigineuse ce qui porte à près de 16% la proportion des malades dépourvues de toute assurance. Sans compter l’appauvrissement dramatique des familles affectées par la survenue d’un cancer qui lui aussi ne cesse d’atteindre des chiffres inquiétants. Cette année les Sociétés médicales les plus importantes se sont groupées pour organiser des campagnes publicitaires expliquant que chaque Américain a droit à une médecine de qualité prodiguée par des honoraires dépourvus d’opacité mais au contraire parfaitement transparents. Qu’une Association comme la Société de Cancérologie se sente impliquée dans la nécessité et l’urgence de participer à un débat sur un sujet aussi sensible traduit bien la gravité du problème. Si la majorité des bénévoles et des donneurs sont animés du même sentiment, certains s’en éloignent, à l’instar d’une représentante de l’état de Floride qui a affirmé sans ambages que cette question ne la concernait pas.

Indifférence

Elle a proclamé tout haut que des solutions de ce type n’avaient d’autre conséquence que de jeter l’argent par la fenêtre, des sommes qui auraient pu être utilisées avec efficacité pour des mammographies, les dosages des PSA pour détecter les cancers de la prostate ou des coloscopies. La présente campagne de sensibilisation sur le cancer a incité le Président de la Société à progresser encore davantage dans l’objectif de réduire la mortalité de 50% à l’horizon de 2015. La seule chance de faire chuter le taux de mortalité plus rapidement est d’assurer un diagnostic précoce. C’est une étude encore en cours qui vient de montrer que les patientes non assurées et atteintes d’un cancer du sein avaient deux fois plus de risques d’avoir un diagnostic tardif de cette pathologie que celles qui bénéficiaient d’une assurance privée. Les données sont comparables à propos du cancer du larynx ou de la cavité buccale. « La vérité dans ce débat est que nous savons parfaitement ce qui va arriver chez un patient cancéreux si nous n’intervenons pas. Cette maladie deviendra, sans raison évidente, la première cause de mortalité dans le monde ».

Quel crédit ?

Pendant ce temps, les habitudes étant prises, les consommateurs viennent de se jeter sur une autre offre qui présente, à leurs yeux, un intérêt financier majeur. C’est celui des emprunts gratuits pour des produits comme ceux qui relèvent de la chirurgie oculaire par laser et des implants dentaires. Cette utilisation des prêts connaît une croissance exponentielle du fait de la nécessité impérieuse pour les institutions de crédit de trouver de nouveaux marchés. Parmi ceux-ci, les surplus des frais médicaux qui sont directement sortis de la poche des assurés constituent une proie intéressante pour les compagnies d’assurances. Comme le coût des soins ne cesse de progresser, les consommateurs ont besoin d’une quantité de plus en plus grande d’argent. Malgré certaines facilités de crédit, leurs frais de gestion et les intérêts restent élevés et peuvent aller jusqu’à 20%, surtout à l’occasion de retards ou de défauts de payement. Même pour ceux qui peuvent se permettre d’avancer ces fortes sommes pour couvrir leurs dépenses de santé en ce qui concerne les frais dentaires, le recours au crédit reste une solution à envisager. Cette dernière est d’autant plus intéressante que le crédit est souvent accordé par le dentiste lui-même à un taux proche de 0% ce qui permet à un grand nombre de patients de pouvoir accéder à de très coûteux soins dentaires.

Une nouvelle tendance

Cette tendance croit de jour en jour ce qui conduit pour certains prêteurs à accorder des crédits importants sur une très longue durée. Les compagnies d’assurances jouent volontiers ce jeu ce qui pour elles ne pose pas des problèmes insurmontables à condition que les emprunts soient faits sans réticence, de façon simple et en mettant en jeu un crédit favorable aux clients. Ces dernières se remboursent sur le dos des clients qui paient avec retard et sur les 10% des honoraires qui sont facturés par les médecins. Une autre solution proposée par les créditeurs est de faire payer les patients en espèces, de leur laisser un délai de 12 mois sans intérêts à condition d’obtenir l’autorisation de prélèvement bancaire direct sur le compte des clients. Cette pression financière est si forte que souvent les patients ne peuvent se permettre de porter des lunettes pendant un certain temps en raison de leurs dettes accumulées pour rembourser les honoraires des interventions sur leurs yeux.

Questionnement éthique

On le voit, la situation n’est pas toujours rose aux Etats-Unis, lorsque l’on considère la situation financière de certains patients, même ceux qui recourent à des crédits importants. Cette situation incite les individus et la société à réclamer une couverture universelle des soins, condition préalable indispensable à un accès égal au traitement, à la prévention et au diagnostic tout en évitant un endettement souvent catastrophique qui peut avoir des répercussions dramatiques au sein de la cellule familiale. Ce sont peut-être les raisons profondes pour lesquelles les politiques, les administratifs et les financiers américains lorgnent sur le système de santé français qu’ils trouvent exemplaire à cause de ses avantages de liberté, de choix et de couverture raisonnable des frais de santé.