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Le grain de la peau

samedi 27 août 2011, par Picospin

A contempler les criques blanches du sable de la mer intérieure à l’Europe, enchâssée entre un calme Maghreb et une Libye déchainée, déchiquetée et en pleine aspiration de renouveau, on se met en effet à imaginer quels pourraient être les délices de séjours entre Ile de France et Ile de Beauté.

Ile ou hexagone

Pour beaucoup, la préférence irait le plus souvent à la seconde aux dépens de la première saturée de pollution et qui n’offre comme exutoire à la vie en serviettes plus rarement de bains que de cuir que de maigres marges de manœuvre le long des fines lisières de sable comblant les lacunes entre berges et murs. A cette image propre à ravir l’âme du Maire de la capitale il n’est que d’opposer le découpage des côtes rocheuses et sablées à la fois, de la Côte occidentale de l’Ile de Beauté sur laquelle se précipitent les éléments les plus sûrs, les plus prometteurs et les plus brillants d’une société faite de Jet set, et qui désigne d’une voix unanime aux divers indicateurs en toutes sortes, les sites où il faut s’implanter, les résidences où il faut être vu avant d’en être délogé pour attentat à l’ordre public, à celui de la République comme à celui de la Corse. Et au milieu de ces perles rares de la Méditerranée, il n’est besoin que de se poser en terre de Murtoli et sous la protection de Cala Rossa en mer de Porto-Veccchio pour éviter le dépaysement du à l’étrangeté des rencontres depuis les puissants protecteurs du moment qui ont nom Fillon, Besson, Dati, assis aux tables d’hôte de la « Via Notte », placée ici, en lieu d’action et de souvenir entre présent à explorer et passé à peine évacué après la dernière courte vague venue de l’ouest ou activée par le doux Libeccio du sud.

Invitation

Oui, j’invite amis et ennemis, playboys and girls à venir s’agglutiner autour des mythes d’une société impatiente de quitter les rives de la Seine pour les Bouches de Bonifacio, sous la protection des tours génoises. On pourrait imaginer y placer un intendant du type Eric Woerth comme gestionnaire soit de l’ensemble du réseau des tours entourant l’île soit individuellement en fonction de l’importance stratégique de chacune d’elles. Ces tours ne cesseront de poser de multiples problèmes aux autorités génoises, d’une part à cause de leur éparpillement, ce qui en en fait des cibles privilégiées, d’une autre à cause des défauts de construction, provoquant des effondrements. Plusieurs recensements des tours furent effectués mais aucun nombre précis ne put être avancé. La République de Gênes dut également intervenir dans de très nombreux conflits financiers et querelles de communautés, refus de gardiennage, non-paiement de dettes, demandes de fournitures ou d’armes. En conséquence, à partir de la fin du XVIIe siècle et jusqu’en 1768, date de la conquête de l’île par la France, le nombre de tours entretenues diminue considérablement. À l’élection de Pascal Paoli au poste de général de la Patrie, en 1755, il n’en reste que 22, dont certaines occupées par les troupes françaises. Ce même ordonna la construction à des fins militaires, d’une tour de guet, dite « paoline » au sommet du Monte à Nonza, afin de surveiller le Golfe de Saint-Florent.

Guérillas

La guérilla continuelle pendant la période paolienne entraîne la destruction de plusieurs édifices, dont les tours de Tizzano, Caldanu et Solenzara. Les combats du débarquement des troupes britanniques du Royaume anglo-corse, en 1794, ruinent les tours de Santa Maria Chjapella et Mortella... À la fin du XVIIIe siècle seules quelques tours sont encore intactes. Que pourrait-on en faire maintenant sinon regarder à droite et à gauche pour surveiller la concurrence touristique de la Sardaigne et de la Sicile, accueillir tendrement les survivants des expéditions en barques de réfugiés libyens au bord de l’agonie, y installer un conseiller spécial de l’Élysée pour réfléchir sur les moyens de récupérer les dettes de la France en s’aidant des panoramas et sites fantastiques de ces ressources et y créer un autre Ministère du Tourisme pour installer un Ministre hautement inspiré parlant les dialectes locaux des iles environnantes sans compter Italien et Français sinon anglais en cas d’afflux de visiteurs étrangers, émerveillés par les richesses visibles et invisibles de ces chapelets d’îles où s’éclate l’enthousiasme, la joie de vivre et les folles nuits d’été menées par le haut du panier de la société du spectacle, de la finance et des affaires. Pas sur que cela suffise à égayer les oiseaux migrateurs qui font étape, comme cigognes en route de Strasbourg quand ils ne rencontreront en chemin que Yachts bruyants et nauséabonds, corps en recherche de mélatonine pour ceux qui en ont trop ou en cours de blanchiment de billets de banque sinon du grain de leur peau.