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Un rat local du désert en suit un autre venu d’ailleurs

Le "grand fou" l’est-il autant que certains le pensent ?

Révoltes et protestations

lundi 28 mars 2011, par Picospin

Les évènements du Japon posent un problème philosophique et existentiel, pas la Libye avec son fou de dictateur, ses mercenaires bon marché et son peuple épris brusquement de liberté, de soif de démocratie et de chasse au tyran.

Est-il fou ?

La politique internationale est descendue à un niveau si bas que l’on ne sait dire autre chose du dictateur du djebel que le qualifier de fou, même par un homme politique et superbement orné de diplômes humanistes comme Alain Juppé. Lui n’a pas honte de déclarer à qui veut bien l’entendre que les frappes vont continuer et qu’on ne saurait à l’heure actuelle réagir autrement à ses déclarations, imprécations et agissements que par le qualificatif de « fou ». Cet argument pour valeureux qu’il soit, ne saurit suffire à déclencher une réplique militaire entrainant une bonne partie des armées du globe, la montée en puissance et dans le ciel des joyaux de l’armée de l’air et à terre une prudent réserve pour obéir à contre-cœur aux injonctions d’une ONU désemparée et incapable de proposer les mesures adéquates pour terminer un conflit déséquilibré par la dissymétrie des belligérants qui osent à peine déclarer leur nom.

Une vraie ou une fausse guerre ?

Cette guerre qui n’ose encore déclarer son nom, sauf à inscrire à la craie effaçable, des victoires incertaines et provisoires se caractérise pour l’instant par un nombre élevé de morts au sol, ce qui aurait du être évité absolument si l’on en croit l’interdiction édictée de toute intervention au sol, contraire aux lois d’une éthique qu’on a du mal à démêler des combinaisons politiques et militaires entre les défenseurs de l’ordre occidental et les peuples soudainement épris d’une liberté trop longtemps refoulée et qu’on n’attendait pas sur les chemins de Damas ou de Benghazi. La rhétorique employée et redéployée, les tergiversations et les accusations lancées à coups de bazooka ne seront sans doute pas suffisants à calmer l’ardeur momentanée des nouveau combattants de l’impossible dépassés par l’ampleur et le succès de leur entreprise et la relative facilité avec laquelle ils ont pu partir à l’assaut d’une liberté si longtemps interdite et maintenant exagérément disponible.

Actes de guerre

Comment les régisseurs des actions guerrières ont-ils eu connaissance de ce qui se tramait dans l’âme des combattants tout frais issus des idées révolutionnaires ayant cheminé aussi longtemps dans les souterrains des tunnels creusés entre Le Caire et Tripoli ? Pourtant l’obscurité y régnait, la liberté n’y chantait que rarement et en sourdine, et les armes n’y circulaient qu’en quantité trop réduite pour une efficacité hors de proportion avec les enjeux des batailles menées ici et là pour la prise de destin national. A petits pas et dans le silence le plus discret on commence à évoquer les entreloupettes que l’on pourrait infliger à l’ONU, ce « machin gaullien » si célèbre même si son efficacité relative n’incite guère au triomphalisme hors de propos en ces circonstances risibles si elles n’étaient pas entachées de dramaturgie et de tragicomédie et si elles ne se soldaient comme toute action punitive par la mort des héros, des plus naïfs et des plus humbles. En haut lieu, on est fier de pouvoir insister sur le succès des frappes, terme qui claque dans le vent comme les pavillons des vainqueurs.

Quels sont les vainqueurs ?

Qui sont-ils et où se recrutent-t-ils ? Déjà, le Président américain a-t-il lancé un appel au calme et à la modestie du Français qu’il trouve par moments trop exhibitionniste dans la conduite d’un conflit qui prend toutes les allures d’une revanche sur la manière dont il a été médusé par le tribal du désert, prompt à promettre monts et merveilles à son hôte tout heureux dans son orgueil de Chef de guerre d’avoir pu arracher à l’interlocuteur du moment des marchés tenant plus du merveilleux que de la réalité. Comment se présente cette apparence du merveilleux, si présent dans les récits religieux et païens ? Comment Kadhafi le « fou » du désert libyen comme le nomment certains de se biographes et son homologue chrétien habitant l’autre rive de la Méditerranée peuvent-ils appréhender la vision imaginaire des contes de fée racontés sous la tente et les nuits étoilées pour l’un et la légende, l’épopée écrite sous les lustres de l’Elysée pour l’autre.

Le merveilleux religieux et laïque

Les personnages de ce monde appartiennent à une société artificielle et figée, où ils sont définis par leur place de Roi, de Reine, de Prince, sans y être nommés autrement que par un surnom qui les caractérise comme dans Cendrillon, ou Blanche-Neige même si chez Perrault, la réalité sociale est sous-jacente dans l’évocation des tâches domestiques. Le hasard faisant parfois bien les choses quand il vient à la rencontre des réalités les plus dures ou se heurte à la vérité, on peut rapprocher ces histoires extraordinaires des rêves de succès et de triomphe qui ont pu lécher l’imagination d’un Président en difficulté depuis le moment où en pleine gloire naissante, il imaginait avoir conquis le cœur de ses nouveaux compatriotes tout heureux de recevoir un jeune et effervescent leader fait sur mesure pour une population anesthésiée depuis longtemps par l’aboulie de certains de ses prédécesseurs.

Assoiffé de gloire

Depuis peu, il se trouve à la tête d’une coalition qui lui promet beaucoup, lui donne peu, est exigeante envers les lumières de la capitale française si chaudement remerciée par les nouveaux combattants du désert pour son soutien à la révolution à conditions qu’il se limite dans le temps et l’espace et la mesure dans les fameuses « frappes aériennes » dont les effets « collatéraux » s’avèrent plus meurtriers que prévus.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les frappes aériennes faisant partie d’une guerre justifiée par les outrance d’un "dictateur sanguinaire" peuvent être justifiées ?

2. Que vaut l’argument de la guerre juste cité par Grotius lorsqu’il dit que la loi naturelle n’interdit pas tout usage de la force mais seulement celui qui est en conflit avec les principes de la société, celui qui tente de s’emparer des droits et possessions d’un autre ?

3. Peut-on faire la guerre justement seulement pour parvenir à la fin naturelle de l’homme qui est la paix ou la condition d’une vie sociale tranquille ?

4. Est-ce que les guerres justes n’appartiennent qu’à celle consistant à se défendre et celle faite pour poursuivre les crimes et infliger un châtiment mérité ?