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Le langage

jeudi 9 janvier 2014, par Picospin

Que vont devenir dans l’avenir les milliards de SMS envoyés pour un oui et pour un nom, de la rame de métro, des gites provisoires, des excusions en montagne, des sites de vacances pour signifier aux amis, compagnons, les états d’âme, les joies et les peines sous une forme confidentielle, souvent impropre à la consommation, parfois empreinte du génie de la littérature, de la poésie et de l’inspiration géniale.

La parole

L’usage de la parole est le principal trait permettant de distinguer les hommes des animaux, proposition qui a l’avantage d’annoncer la seconde qui stipule que la plupart de nos activités sont modelées par le langage dont nous aurions le plus grand mal à nous priver si nous en venions à manquer un jour ou si dès la naissance, les bébés et enfants étaient dépossédés de cet instrument de relation interhumaine, après avoir signalé le terme de intersubjective. C’est le cas des sourds muets qui peuvent emprunter la langue des signes pour s’adresser à autrui à condition que ce dernier la « parle » en ait appris l’usage et la technique. Les langues naturelles reposent sur des conventions partagées au sein d’une communauté ce qui est plus restrictif que la capacité à parler qui ne repose pas sur de telles conventions inutiles pour s ‘exprimer car tout jeune enfant parvient à acquérir une langue à condition d’y être exposé assez longtemps, même s’il s’agit du langage des sourds muets qui ont la faculté d’utiliser dans leur vie quotidienne la langue des signes même si par ailleurs, en raison d’une surdité congénitale, ils peuvent à apprendre par eux-mêmes, à prononcer des mots grâce à l’orthophonie sans pour autant pouvoir se passer de la lecture sur les lèvres.

Les mots

Les échanges de mots ne sont pas des formes de comportements déterminées par des stimuli et ne se réduisent pas à un ensemble stéréotypé de réponses contrairement à ce qui se passe pour les animaux dont les abeilles représentent l’exemple le plus significatif. Lorsqu’elles retournent à la ruche, après avoir détecté une source de nourriture, elle communique cette information à ses congénères à l’aide de certaines figures de danse qui transmettent d’autres renseignements par la fréquence des frétillements qui codent la distance du nectar en plus de la direction dans laquelle il se situe. L’homme n’a certes pas besoin de mimer ce type d’agitations variées pour traduire des renseignements qu’il souhaite transmettre à autrui puisqu’il peut faire appel au langage, qui, à condition d’être compris par son locuteur, lui permet d’extérioriser une pensée après l’avoir élaborée dans son cerveau. Cette forme de comportement devient un raccourci idéal non seulement parce qu’il permet à chaque moment de la vie de décrire des situations mais aussi parce qu’il est capable d’exprimer, à l’aide de symboles, des idées élaborés par le « soi » après être passées dans des images, autres représentations d’une réalité, voire si possible d’une vérité qu’on souhaite reproduire fidèlement pour éviter d’en brouiller les détails, de la défigurer ou de la déformer pour en faire un mensonge.

Un instrument

C’est un instrument de communication dont les structures ont une fonction universelle dans la transmission langagière à condition de se placer de prime abord sur le terrain de la langue et de la prendre pour norme de toutes les autres manifestations du langage. La langue n’est qu’une dimension de la faculté du langage comme elle est illustrée par l’être humain qui peut s’exprimer avant de maîtriser une langue autrement que par le recours à d’autres signes ou une autre langue quelconque, sinon un mélange de plusieurs langues entre elles. Différente de la parole, la langue doit être considérée comme un système de signes. C’est cet outil qu’il s’agira de maîtriser, de caresser, de dominer pour s’adresser au malade en train de mourir et auquel les soignants de la médecine palliative tentent d’apporter le secours et le réconfort dont il a un besoin urgent en raison de sa proximité avec la finitude, moment ultime de sa vie terrestre après lequel il cessera et d’entendre, de comprendre et de parler à son tour. Cette parole émanant du locuteur thérapeute sera spéciale dans la mesure où elle s’adressera à un sujet particulièrement fragile, épuisé par sa lutte contre sa propre destruction et dont toutes les forces encore disponibles seront mobilisées en vue de prolonger une survie aléatoire, caractéristique de ce que Spinoza appelle le conatus, cette force vitale émanant de la personne pour la maintenir sans jamais séparer le corps de l’esprit, tous deux travaillant en symbiose.

Un précieux outil

En tant que telle, la parole devient l’instrument, l’outil de communication privilégié des deux locuteurs que sont le soignant et le soigné échangeant des informations, des idées, des concepts, des liens verbaux qui ne relèvent pas tous de la linguistique mais sont consacrés à tisser des modes de perception qui peuvent transiter par plusieurs organes avant d’atteindre le seul concerné par la voix, l’oreille, dont on dit qu’elle est capable d’écouter, de recevoir et enregistrer des informations même au cours d’un état comateux pendant lequel la conscience est abolie jusqu’au point de rupture entre les deux locuteurs, faute de compréhension d’une part, de capacités de réponse articulée de l’autre. Ce système de signes est composé de faits de conscience associés à des images acoustiques dans la circulation duquel s’instaurent, au sein du signe, le concept du signifié et l’image du signifiant. La relation entre deux ou plusieurs individus passe par des communications d’idées au service desquelles agissent la phonation qui passe du cerveau de l’un des interlocuteurs à l’oreille de l’autre, d’une impulsion émise à partir d’un son, d’une suite rythmée de sonorités parvenant sous forme d’ondes de la bouche de l’un à l’oreille de l’autre. Cette dynamique est susceptible de recevoir de nos jours un perfectionnement technique significatif et fort utile par les moyens des renforcements des capacités d’audition dont profitent les plus âgés sous la forme de prothèses auditives capables de rétablir une audition proche de la normale ce qui facilite plus les capacités des auditeurs que l’élaboration des concepts par les locuteurs.

De multiples fonctions

La première fonction joue dans ces échanges un rôle plus marquant que la seconde par l’intermédiaire des améliorations technologiques procurées par les effets combinés de la miniaturisation de l’instrumentation, de l’amplification plus généreuse des volumes et l’enrichissement des fréquences acoustiques. Parler c’est avant tout exprimer : la langue s’y trouve comprise comme un moyen d’expression permettant d’extérioriser et de communiquer les mouvements intérieurs de notre subjectivité. De quoi est-elle constituée ? De ce que l’on peut appeler être pour le sujet humain c’est à dire être ce que l’on est à partir de soi et dans on rapport à soi, puis déplier, déployer cette dimension du soi dans le monde extérieur. Dans le cas qui nous préoccupe, il s’agit de partir du soi du soignant pour se diriger puis atteindre le soi du malade et vice versa puisque le projet consiste à amorcer puis établir le dialogue aussi prolongé et aussi riche que possible entre le second qui a soif de la parole de l’autre et le premier dont le rôle consiste à stimuler l’expression verbale pour lui permettre de libérer la peine qui l’obsède et l’empêche d’extérioriser à l’intention d’autrui des fragments au minimum, sinon la totalité des inhibitions, nœuds de communication qui l’enferment dans les structures intimes du moi dont certaines sont peut-être même méconnues. Elles pourraient bien se cacher dans les configurations de l’inconscient dont les portes pourraient être ouvertes plus ou moins systématiquement par les professionnels de la psychanalyse mais aussi par tout interlocuteur disposé à chercher puis trouver la bonne clef pour ouvrir le précieux contenu du coffre qui garde les précieuses richesses du moi accumulées au long des années et des multiples occasions offertes par les évènements, les expériences de la vie.

Une ouverture au monde

C’est ce qui a été appelé « ouverture au monde, réalité humaine, la chose humaine, le « pour soi » de Sartres qui aurait pour spécificité de s’arracher à ce qu’il est et de se projeter sans cesse vers ce qu’il n’est pas. » Le langage, propriété de l’homme, serait équipé d’une faculté de symboliser d’où auraient résulté des langues constituant autant de mises en œuvre de cette faculté ce qui pose la question de savoir s’il peut y avoir quelque chose comme une humanité sans la présence de la langue et de l’exploitation de ses possibilités infinies. Une langue ne peut être un simple instrument permettant de communiquer ses pensées à d’autres sujets mais aussi un ensemble de signes par lequel un monde se dévoile plus qu’il n’exprime une subjectivité. C’est par la médiation du langage que serait réalisée dans le monde contemporain la communication intersubjective. C’est ce que certains appellent le tournant linguistique de la pensée contemporaine selon laquelle les problèmes philosophiques seraient des problèmes que l’on peut résoudre par la réforme ou une meilleure compréhension du langage. La question du langage ne serait pas une simple question de philosophie mais celle qui décide du style de l’interrogation philosophique.

Des signes

N’est-ce pas par la production de signes que se développerait la connaissance humaine ? Cas auquel il serait légitime de se demander sous quelle forme et dans quelles conditions ces derniers devraient être produits pour avoir des chances d’en modifier, voire si possible d’en améliorer l’interprétation et de l’ouvrir plus largement à la connaissance. Dans quelle mesure, ces bouleversements pourraient agir sur leur élaboration, leur transmission et leur interprétation reste une question à débattre surtout si peut être accréditée l’hypothèse que toute modification de l’une serait susceptible de se répercuter sur les autres et de modifier de fond en comble la relation à autrui ? C’est après tout ce qui importe le plus dans la qualité des relations entre soigné et soignant surtout lorsqu’on fait allusion à leurs modes de fonctionnement et leur efficacité en ce qui concerne l’amélioration des conditions de la fin de vie. Voilà la communication langagière promue au rang d’excellence pour la validation de nos énoncés et l’enrichissement de la philosophie de la conscience surtout dans la mesure où elle impose la substitution du paradigme de la communication à celui du sujet.

Prévisions et prédictions ?

Reste à prédire les conditions dans lesquelles les nouvelles formes de l’échange langagier, transférées sur les objets de communication que sont l’internet et tous les moyens d’énonciation électroniques vont transformer les formes contemporaines d’expression langagière pour les acheminer de la conscience de soi vers celle d’autrui ? Cette manœuvre pourrait réserver des surprises surtout si on prend en compte son adoption dès le plus jeune âge et ses possibilités d’évolution synchronisées ou désynchronisées d’avec les prévisibilités de nouvelles inflexions technologiques, pédagogiques, herméneutiques et cognitives.