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Approches et lavements de pied

Le monde rationnel selon Sloterdijk

Passions plutôt que raison ?

samedi 28 mai 2011, par Picospin

L’un est slave l’autre allemand. Ce duo devait m’apporter la paix et la sérénité devant mon désarroi et le refus de comprendre mon monde, celui qui m’a été offert depuis ma naissance. Il me dit que le nazisme fait le bonheur de certains peuples car il permet d’écraser les autres, les plus nocifs, ceux qui empêchent les bons de vivre normalement.

On m’a dit que, face à eux, s’élevait une nouvelle religion socialiste qui mettait tout le monde à égalité, qui donnait de l’argent aux pauvres et enlevait celui des riches. Ainsi, tout le monde aura de quoi manger, d’aller à l’école de s’instruire et de vivre décemment selon un programme élaboré, le même pour tout le monde de sorte que plus personne ne sera jaloux des bienfaits des autres puisque tout le monde aura les mêmes. On m’a demandé de croire en ce nouveau monde ainsi qu’au capitalisme, à la liberté et à la justice dans un pays qui s’est fait tout récemment avec les immigrés d’une autre continent venu pour créer la république idéale inspirée par une nation qui aurait inventé les droits de l’homme, la liberté, l’égalité, la fraternité et en plus la laïcité, cette autre religion qui permettait de croire ou non en un être supérieur, unes espèce de grands architecte de l’univers, auquel on pouvait croire car il n’était pas méchant et donnait à chacun son du. J’en étais là de ces considérations lorsque ouvrant trop largement les journaux je pris conscience que les mœurs n’étaient pas les mêmes partout, que les politiques passaient leur temps, le peu de temps que leur laissaient leurs activités inutiles et superficielles, leurs exercices de représentation, pour nier le lendemain ce qu’ils avaient établi comme vérité immuable, la veille, à trahir plus qu’à soutenir les faibles, à nier les évidences et à accumuler pour eux-mêmes les richesses de tous ordres qu’ils auraient été en droit de distribuer et de répartir équitablement. C’est alors que je suis tombé dans ma « Bible » quotidienne, en l’espèce le quotidien sacré « Le Monde » sur les idées de ces deux nouveaux guides de la pensée contemporaine. Leurs idées sont d’autant plus importantes qu’on ne saurait les accuser d’archaïsme, de passéisme, même s’ils font allusion au rôle éminent joué par ces deux visions chronologiques du monde dans notre culture. Cherchant toujours plus loin une solution à mon désarroi, je me précipite dans la lecture de leurs déclarations au moment où les femmes, jusqu’ici déconsidérées, se réveillent pour créer des ligues de vertu à leur image et les imposer à force de douce persuasion à des hommes médusés par tant d’audace. Les cultures, séparées alors qu’on les croyait unies dans un même esprit et un même accord sur les bases les plus solides réagissent de façon différente sinon opposée aux problèmes moraux qui leur sont posées. Les unes écrivent acquittent et condamnent, les autres transigent et négocient, laissant au capital et aux fortunes le soin de régler la fortune de destins variables en fonction de la couleur de la peaux et du lieu de naissance. Nos amis philosophes mettent ces comportements « au crédit » de l’utilisation exagérée de la confiance en un avenir qui se nourrirait des vaines espérances de pouvoir un jour rembourser des dettes si colossales qu’il ne vient à personne l’idée de pouvoir un jour s’en acquitter. Il y a des palais dans des prisons et des prisons dans des palais. Tout est une question de répartition des richesses. Il faut croire que ces lieux dits de rétention sont magiques puisqu’ils sont pleins de locataires dont on ne sait plus que faire, particulièrement dans les pays dits occidentaux qui se sont autoproclamés détenteurs de la vertu et de la morale puisque ce sont eux qui détiennent le plus grand nombre de personnes dites « prisonnières » dans le monde. Pour leur faire passer le temps, on les fait jouer à des jeux de société comme les combats, les bagarres dans lesquelles ils s’épuisent pour éviter qu’ils n’investissent leur énergie dans la révolte ou la mutinerie. On revient alors aux exercices, au rituel, à la nécessité de l’entrainement comme jadis Pascal, penseur de la chrétienté recommandait à ses ouailles de prier et de s’abêtir pur éviter de penser au tragique sinon inutile destin de l’homme qu’on peut éventuellement traverser à l’aide de superstitions et de croyances auxquelles on ne croit pas et qui parfois peuvent tenir lieu de foi. Quand tout est perdu, qu’on ne sait plus que faire de cet homme trompé, à moitié massacré, trahi par ses amis, combattu par ses ennemis et ses rivaux, on lui explique que Dieu s’est retiré du monde, qu’il a laissé à l’homme le soin de Lui succéder et qu’en tout état de cause il est devenu impuissant et qu’il a abandonné la lutte contre qui ?, le diable sans doute qui ne cesse de le fustiger et de l’irriter dans un rôle qui lui va comme un gant. Devant les mystères du monde incomprises par l’homme, ce dernier en perd la raison, laissant se libérer les flammes des passions par lesquelles s’ouvrent les vannes de la haine, de la volonté destructrice, d’un érotisme de pacotille qui simule la puissance sans jamais pouvoir l’incarner. Et on en vient au dernier acte de la pièce shakespearienne si bien jouée par les puissants de ce monde qui prennent les figures de Rois, des monarques, des comploteurs de tous ordres cachés derrière les rideaux des théâtres élisabéthains, capables de vendre leur âme et leur dignité pour « sauver la vie d’une famille en lui donnant la possibilité de vivre dans la prospérité à l’occasion d’une perversion morale conforme à notre temps ».