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Fumer tue

Le mythe de la sécurité

Et la sureté ?

lundi 28 avril 2014, par Picospin

La sécurité est-elle une seconde nature ? La sécurité peut-elle devenir dangereuse ? La sécurité est-elle la première des exigences de la société et des individus ? Elle devient un principe positif, qui peut se transformer en angoisse s’il y a des remises en cause de son évidence. Elle est la condition préalable, surtout si l’on tient compte de l’opinion de Hobbes selon laquelle l’homme est un loup pour l’homme. Cette garantie n’est pas la finalité de la politique.

Violence

Même si c’est par le truchement d’un rapport de violence, cette sécurité n’est pas la finalité du lien politique. L’attentat de Boston, pris comme exemple récent, constitue un coup de tonnerre dans un ciel bleu car après la 2è explosion, il y a une rupture dans l’ordre de l’existence. A cette occasion, l’état se retourne contre la société, ce qui constitue deux entités qui écrasent la population, dont l’une au moins est favorisée par le terrorisme politique exercé au nom d’une cause universelle. La dialectique du terrorisme oblige l’état à écraser la société par des lois liberticides. On retourne la population contre l’état au bénéfice des terroristes. Le terrorisme vise à faire croire qu’il est assez puissant pour perturber le fonctionnement de l’état. Concept de sureté de Montesquieu, lien de la société, qui est le bénéfice de l’état, ce n’est pas que le lien entre les individus, c’est aussi la sécurité des individus face à l’état. Il arrive que la sureté entre en contradiction avec la sécurité. C’est la possibilité du pire, la sécurité est-elle la fin, la finalité du politique ? Aucune association n’est capable de garantir la sécurité, d’autant plus que le terrorisme mise sur cette menace, pour remettre en cause l’assise de l’état, c’est pourquoi il faut redéfinir la finalité de l’État à partir du motif sécuritaire.

Sacrifices de la liberté à la sécurité

Les prérogatives régaliennes consistent à sacrifier la liberté à la sécurité, sous l’égide du concept de sûreté, qui est le lien entre les individus face aux prérogatives de l’état. Il arrive que la sûreté entre en contradiction avec la sécurité lorsqu’on soulève l’idée d’une protection de l’individu face à la politique de l’état.

Tsunami

Renvoie à l’hostilité de la nature contre l’homme.
Le tsunami est une catastrophe absolue, l’océan se déverse sur les terres, c’est une autre forme de danger, un mal moral, contre lequel on est impuissant, car il représente l’hostilité native entre l’homme et la nature. Comme ce fut le cas lors du ravage de la ville de Lisbonne à propos duquel on a évoqué le rôle du mal qui n’est pas dans la nature mais dans la spéculation foncière, car c’est l’homme qui a construit les maisons de telle façon qu’elles soient menacées, balayées c’est l’homme qui en est responsable. C’est la responsabilité, l’hubris, la démesure, c’est l’homme qui a construit les maisons de telle façon qu’elles soient bâties comme des fétus, les hommes peuvent se prémunir contre ce qui est potentiellement, dangereux. Lucrèce dans « de la nature des choses » évoque la situation de celui qui filme et qui est bousculé par l’afflux des vagues, qui constitue l’épreuve, le naufrage en présence de spectateurs qui contemplent le spectacle d’une tempête qui met en jouissance sans en souffrir.

Jouir de la sécurité

Ce qui est jouissif c’est ma position de sécurité dans la toute puissance. Il est l’image de la toute puissance, contre la sécurité qui est aussi un idéal métaphysique. Le sage est celui qui parvient à se sentir en sécurité dans un monde dangereux : restez sur la rive, ne pénétrez pas dans la mer car la mer est traditionnellement dangereuse. En tant qu’hommes, nous sommes embarqués, dit Pascal ce qui est paradoxal de la part d’un écrivain qui se place au nom de Dieu. C’est le début de l’existentialisme de dire que nous sommes embarqués mais non en retrait, nous sommes en pleine mer, est-ce qu’il y a un port pour nous protéger mais nous sommes embarqués. Est-ce un progrès de le savoir et de participer car, sans cela, on peut se demander que serait une vie où la curiosité serait représentée comme un risque, contre lequel doit se mobiliser une hygiène pour prévenir du danger d’un cancer ? C’est pourquoi on parque les fumeurs, dans des zones franches, où la saleté est repoussante, dissuasive, en tant que prophétie auto-régulatrice.

Valorisation de la curiosité

Nous avons valorisé la curiosité d’exister, le cancer de l’hygiène ce sont ces endroits dégueulasses, la cage fumeur, avec ces zones franches, le fumeur est malade qu’on met dans un endroit car il est victime d’une addiction, sous la forme de cigarettes que personne ne fume, ces zones franches sont immondes, le fumeur est malade où l’environnement correspond, la modernité a valorisé le risque d’exister, le fumeur est malade d’un environnement qui correspond à sa maladie. La bio sécurité, celle du corps, est une conception de la nature humaine, quand on affirme qu’on ne peut continuer de fumer, si l’on sait que c’est mauvais pour lui. On « pathologise » les comportements irrationnels. Il y a aussi les images du spectacle, sous forme d’addictions nocives qui doivent être l’objet du mal comme chez Plotin, et qu’on encadre, qu’on exclut tout en l’intégrant.

L’extension insécure du mal

On l’encadre, on rationalise on exclut on soumet à la présentation des spectacles irrationnels, quand les gens savent ou ne savent pas qu’ils vont mourir quand même, il n’y a plus que dire que fumer tue mais ne pas fumer ne rend pas immortel pour autant, la mort est mise de côté, on a une absolutisation du corps, le lieu du corps, qui sert à le dramatiser au niveau de ses liens avec le monde, on fume des fumées. Mais la pureté est possible sur terre alors que la sécurité est de plus en plus expurgée du débat public. Les zones de fumée sont à l’extérieur, quelques arpents de ciel pur, toute forme de pathologie est interprétée comme un enclos d’épidémie.

Le sage se tient à l’écart du mal pour assurer son immunité

Il faut se tenir à l’écart, fantasme d’immunité qui renvoie au déni de la mort et aussi au corps, au désir et plaisir, pendant que s’accomplit un comportement moutonnier des fumeurs. Toute forme de pathologie est conçue sous la forme de l’épidémie et de figure de la tentation. Se tenir à l’écart des comportements qui renvoient au déni de la mort et de toute espèce de finitude. Fumer tue est une manière pour l’homme de se rendre maitre et possesseur de la nature.


Tiré de Arte : Le mythe de la sécurité. Philosophie. Enthoven et Foessel.