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Electronique ?

Le nouveau Livre

Quelle différence

samedi 9 janvier 2010, par Picospin

Cette descente aux enfers se traduirait par de grandes difficultés d’expression, de langage, d’écriture dont le résultat attendu est une rupture de communication entre les hommes, un isolement moral, intellectuel, psychique et intellectuel d’autant plus grand que s’ajoute à cette situation déjà dramatique l’usage intensif des SMS, genre de langage phonétique susceptible de conduire progressivement à l’extension de la communication
rompue d’où pourrait émerger, moins une épidémie de grippe qu’une flambée d’autisme, même si on veut bien accorder à cette pathologie une origine génétique.

Nouvelles technologies

Les bouleversements technologiques à venir ne sont pas de nature à calmer les angoisses de gens cultivés qui se servent pour augmenter leur niveau dans ce domaine, en priorité le fait de feuilleter le livre. C’est au point qu’on attache une importance de plus en plus en grande à ce média de connaissance et de communication dans l’établissement d’une des cultures de base qu’étaient jusqu’ici les religions et dont on ne connaît pas encore avec certitude le destin après les processus de révélation des dogmes qui ont joué un si grand rôle dans la marque du religieux parmi les hommes. Emmanuel Kant le premier, a posé dans un petit fascicule (Qu’est-ce qu’un livre ? PUF / Quadrige 1995) cette question toute simple en apparence, tellement fatidique de nos jours, jugerait-il comme nécessaire ou accessoire la distinction de bon ton, dans certains milieux universitaires, gouvernementaux ou commerciaux, entre la bonne vieille chose imprimée et son pendant numérique prétendu, à l’époque si charnière de l’édition actuelle ?

Nature du livre

Le livre change-t-il donc subitement de nature sous le coup de l’arbitraire juridique, selon un mode ou l’autre d’inscription, de diffusion ou de distribution, selon les intérêts des uns ou des autres, entre distributeurs/diffuseurs, libraires ou éditeurs, voire même quant aux droits d’auteur, définis comme étant purement moraux ou alors, à la faveur de leur simple exploitation commerciale plus ou moins limitée ? Le livre indépendant de tout support matériel, constitue une entité mentale incarnant le discours original et unique que tient de manière improvisée ou de mémoire, en privé ou en public, son créateur irréductible entre toutes comme personne morale, et quelle que soit sa technique de diffusion imprimée ou électronique. S’il s’inscrit dans le temps et l’existence concrète et tangible de son auteur, il demeurera incorporel dans la mémoire collective que les bibliothèques nationales ont pour mission sacrée de défendre contre les aléas de l’Histoire. Il leur incombera tôt ou tard d’en entreposer et sécuriser les données puis d’en assurer la circulation. Cela n’a pas empêché la bibliothèque d’Alexandrie de passer au feu dans l’oubli immémorial de la postérité !

Électronique

Qu’est-ce qu’un livrel ou livre électronique pourrait bien avoir de plus différent de nature qu’un livre de papier ou mieux, un « papiel » souple couleur haute résolution recto-verso capable de reproduire la lecture tout confort de pages montées en vis-à-vis, pour ce qui est de l’œuvre numérique qu’il véhicule en tant que telle jusqu’au lectorat ? Rien non plus, essentiellement. Il s’agit toujours du livre tout court (« qui présente un discours que quelqu’un tient au public au moyen de signes linguistiques visibles »), pivot central et dynamique de notre civilisation mutante. Pour Kant, le livre peut être un objet manufacturé en série, dont on peut acquérir un exemplaire qui ne joue le rôle que d’un support de lecture relatif à une œuvre unique au monde dont l’achèvement a été arrêté une bonne fois pour toutes par le décret ultime de son auteur, souverain absolu de ce chapitre. Ce dernier n’en conserve pas moins la propriété intellectuelle, inaliénable, du moins de son vivant et jusqu’à ce qu’elle tombe dans le domaine public de la culture générale. Le livre qui en résulte demeure une œuvre indissociable de la personne intime de son auteur qui ne peut « en soi » faire l’objet d’une cession. Celle-ci serait pire que nulle et non avenue, c’est-à-dire immorale. L’éditeur bâtit son image de marque comme représentant de l’auteur.

Absurdité

Rien de plus absurde que l’inverse : au contraire, il en découle que l’écrivain fait toute la réputation éditoriale de la maison sous mandat. Kant la défendrait plutôt, en toute logique, contre les Google de ce monde qui tente de privatiser par la porte arrière l’air et l’eau de source des cimes, le Bien commun universel, grâce à la gratuité d’accès totale et définitive, non seulement aux livres, aux œuvres en général et à leur reproduction, à leur jouissance sans limites et sans aucun but lucratif, mais aussi à l’Internet lui-même parce qu’il est devenu essentiel à l’exercice démocratique de la citoyenneté. La rémunération des artistes relèverait alors de la société tout entière. Cela revient à brider l’essor insoutenable des nouveaux marchés émergents en ligne de la propriété intellectuelle et artistique, à s’affranchir de son noir diktat néo-libéral, afin d’y créer un riche écosystème numérique de la connaissance libre, coulant de source limpide et irriguant l’éducation populaire désertique par le truchement des technologies de l’information développées et maintenues dans une coopération internationale.

Mondialisation

Kant y verrait-il le meilleur moyen pour imprimer un formidable mouvement de mondialisation multiculturelle, intelligente et sensible, vers la paix qui lui était si chère, dans un élan de générosité créative, et qui pourrait constituer la seule chance qui nous reste d’empêcher l’effondrement de la civilisation. Un esprit de son envergure serait capable et autorisé à penser que le livre de « papiel » pourrait constituer la plate-forme tournante de lancement idéale pour une seconde apparition des nouvelles Lumières pour éclairer notre 21e siècle. Après Kant, des auteurs de disciplines diverses ont soutenu que la religion du livre était devenue celle du monothéisme lequel a conduit inéluctablement au progrès décisif dans la vie de l’esprit. Ils s’appelaient tout simplement Sigmund Freud, Thomas Mann, ou Heinrich Heine….

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