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Une sélection étrange à partir d’un regard sur le passé

Le petit homme obèse et l’écureuil

Que pensent les jeunes de sa nomination ?

mercredi 29 octobre 2008, par Picospin

On ne compte plus ses frasques, sa vie en dents de scie, ses descentes en enfer conduites par la drogue, l’alcoolisme, le tabagisme. Vous pourriez imaginer que cet ancien artiste de la balle ronde a depuis longtemps disparu de la circulation, qu’il s’est retiré dans une quelconque maison de retraite pour sportifs abandonnés.

Les étoiles naissent et meurent comme les hommes

Vous n’y êtes pas du tout. Cette ancienne étoile de l’équipe nationale argentine de football est revenue sur terre, descendue du firmament des stars d’un jeu qui permet à quelques dizaines de jeunes joueurs d’accéder à la gloire du jour au lendemain pour peu qu’ils aient eu la chance ou la perspicacité de tomber dans les bras d’un entraineur réputé qui a quelques notions de géométrie sur les axes des terrains de jeu et surtout des relations, un bon carnet d’adresse et qui mérite le respect de ses pairs et des plus riches propriétaires de clubs de par le monde. On vient donc d’apprendre que ce petit homme au thorax d’emphysémateux et aux joues gonflées qui attendait cela depuis des années, et l’Argentine sans doute aussi, Diego Armando Maradona était le nouveau sélectionneur de l’équipe argentine de football, et sera officialisé dans ses fonctions mardi 4 novembre. L’ancien numéro 10 des Albiceleste avait fait savoir à plusieurs reprises ces dernières années qu’il était candidat pour reprendre les rênes de l’équipe, qu’il a tant chérie dans sa carrière. La défaite face au Chili (0-1) en match de qualification au Mondial 2010 il y a deux semaines et la démission du sélectionneur Alfio Basile qui en résulta lui ont offert une nouvelle occasion. Et cette fois, Julio Grondona, le président de la Fédération argentine de football (AFA), a jugé que Maradona était le mieux placé. "L’idée est de commencer à travailler, tout de suite après l’annonce, avec les joueurs qui se trouvent en Argentine, puis de prendre le premier avion pour l’Europe et d’aller parler à ceux qui se trouvent en Europe", a fait savoir l’ancienne star du Barça et de Naples, qui sera sur le banc du Vélodrome de Marseille, le 11 février, pour un match amical face à la France. Maradona, qui aura le titre de directeur technique, sera épaulé par un adjoint, Pedro Troglio, et un manageur général, Carlos Bilardo, sélectionneur de l’équipe championne du monde en 1986. Des appuis nécessaires dans la mesure où l’expérience du "diez" – le numéro dix – à la tête d’une équipe professionnelle est quasiment inexistante et où rien n’assure donc, aussi populaire soit-il, qu’il sera à la hauteur de sa nouvelle fonction.

Quelle carrière ?

Maradona n’a connu que deux clubs en tant qu’entraîneur, en première division argentine, à chaque fois pour de très courtes périodes : au Mandiyu de Corrientes d’octobre à décembre 1994, puis au Racing Club de mai à septembre 1995.Le nouveau sélectionneur argentin aura également besoin d’une équipe fournie pour le protéger de la pression et préserver sa santé chancelante. Si son état semble aujourd’hui stabilisé, et ce devait sans doute être un des préalables à sa nomination, Maradona a multiplié les séjours dans les cliniques et les passages sur les tables d’opération depuis de nombreuses années. Ses images d’homme obèse, hirsute, mal soigné, se sont progressivement superposées à celles de ses éclairs de génie sur un terrain de football. De son arrestation en 1991 à Buenos Aires pour détention de cocaïne à une crise hépatique début 2007, en passant par une crise cardiaque en 2000 ou encore par la pose d’un anneau gastrique qui lui a permis de perdre 50 kg, Diego Maradona a connu une longue descente aux enfers, attisée par des relations douteuses avec la Mafia napolitaine et des déboires financiers – il devrait encore 36 millions d’euros au fisc italien, vestiges de son passage dans la péninsule sous le maillot du Napoli. A la veille de ses 48 ans, le natif de Villa Fiorito, dans la banlieue de Buenos Aires, compte bien s’offrir une rédemption en revenant à son premier amour, le football. Ses années sulfureuses n’ont pas altéré sa popularité auprès de la population argentine. Un sondage publié par le quotidien Clarin le prouve : 74 % des personnes interrogées approuvent sa nomination à la tête de la sélection nationale. Car Maradona est plus qu’un héros sportif, il est devenu un phénomène social et culturel dans son pays. Lui, le "Pibe de oro", le gamin en or qui a envoyé l’Argentine sur le sommet du monde en 1986, grâce notamment à ses deux moments magiques du quart de finale face à l’Angleterre, illustration parfaite de sa double facette.

Une main en or pour un footballeur

Son but marqué de la main, qu’il qualifiera de "main de Dieu" d’abord, puis sa remontée fantastique du terrain, "le but du siècle", qui donna pendant de nombreuses années des cauchemars à Glenn Hoddle, Peter Reid, Kenny Sansom, Terry Butcher, Terry Fenwick et Peter Shilton, , les vedettes de l’équipe d’Angleterre de cette époque, tous incapables de stopper la progression du génie. "J’avais envie de m’arrêter de jouer pour le regarder", avouera son coéquipier Jorge Valdano. Voilà l’histoire exemplaire de ce dieu ou demi dieu à qui l’on confie le destin d’une équipe nationale, celle qui doit représenter un pays dans les compétitions internationales. Après sa retraite du monde des vivants, de celui du sport, de celui de la vie tout court, que sait-il encore de l’évolution d’un sport ou d’un jeu qu’il n’a plus pratiqué depuis des années, d’échanges de ballon qu’il n’a plus observé dans leur astuce technique, faute d’avoir conservé la lucidité qui analyse, le regard qui jauge, la vivacité qui capte la dynamique. Ce qui domine n’est pas l’évolution de l’ancien sportif, c’est le souvenir de ce qu’il a été et représenté, du passé qu’il a vécu en synchronisme avec la génération qui s’apprête à l’applaudir, à se lever, à le jucher sur ses épaules pour le passer de main en main. S’il gagne, il accèdera à une nouvelle gloire, s’il échoue, il risque de retomber rapidement dans l’enfer dans lequel il a déjà passé quelques mois. L’essentiel, c’est qu’on ait ressuscité pendant quelques instants des instants magiques, une mémoire heureuse, le bonheur vécu ensemble, une représentation, un symbole beaucoup plus qu’une réalité, une figure du talent ou du génie, de l’exception plus qu’une idée, une pensée suivie d’une action précédée d’une réflexion, d’un recours à la raison. Est-ce dans l’esprit des profanes l’imaginaire du don, des dons, à l’instar de ce que ce demi-dieu avait révélé quand il a marqué le fameux but de la main qui avait concrétisé la victoire de l’Argentine contre l’Angleterre et qu’il qualifia d’acte guidé par la main de dieu ?

Dieu ou demi-dieu ?

Que doivent en penser les jeunes générations qui n’ont pas assisté à ces ébats, à cette démonstration de magie, à ces séquences de miracles ? Qui apprennent ensuite que les écureuils se nourrissent des cacahuètes jetés par hasard à leurs pieds pour qu’ils s’en nourrissent, les absorbent, engraissent au point de ne plus pouvoir grimper aux arbres, tous comportements qui s’éloignent de la vertu telle que l’ont définie Platon qui en fait la science du bien, Thomas d’Aquin qui privilégie la justice, Aristote la tempérance qui se rapporte à ce qui est hors de l’Homme comme la nourriture ou la boisson. Cette référence à des éléments extérieurs à l’Homme a son fondement dans l’Homme. La vertu de tempérance permet à chaque Homme de faire triompher son « moi supérieur » sur son « moi inférieur ». Cette maîtrise met en valeur le corps. La vertu de tempérance fait en sorte que le corps et nos sens trouvent la juste place qui leur revient dans l’être humain. Possède la vertu de tempérance celui qui sait se maîtriser, celui qui ne permet pas à ses passions de l’emporter sur la raison, sur la volonté et aussi sur le cœur.