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Après les tremblements de terre, la tempête du pétrole

Le pétrole coule-t-il trop vite ou trop lentement ? Faut-il sortir les vélos ?

Comment aplanir l’écume des flots pétroliers ?

jeudi 29 mai 2008, par Picospin

La lutte contre les prix élevés du pétrole est devenue une priorité nationale. Nicolas Sarkozy a mis le sujet au premier rang de ses préoccupations, dans le sillage d’un baril « fou » dont le prix se situe encore aux alentours de 133 dollars. Le président de la République a proposé un certain nombre de pistes, sur le plan intérieur et sur le plan international dans le but de sensibiliser le maximum d’interlocuteurs, à commencer par ses partenaires européens en raison des dangers que pourrait faire craindre un baril au sommet n’ayant plus aucune frontière.

Offensive française

D’un point de vue politique, l’offensive du chef de l’État s’explique facilement en France où l’exaspération aujourd’hui à son comble est par celle des marins-pêcheurs, qui ont réitéré leur appel au blocage des ports. Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy a proposé que toutes les recettes supplémentaires dues à la TVA sur les produits pétroliers soient affectées aux professions les plus touchées par la flambée du baril. Ce fonds devrait permettre de récolter entre 170 millions d’euros par trimestre et de porter de 150 à 200 euros la prime à la cuve. Ce chiffre est basé sur les estimations de Bercy selon lesquelles, depuis le début de l’année, le surcroît de recettes de TVA en raison de la flambée des prix du pétrole aurait été de cet ordre. Mais il ne peut être extrapolé sur l’ensemble d’une année. En 2007, par exemple, la TVA pétrolière avait baissé de 230 millions par rapport à 2006 et les recettes de TIPP avaient été inférieures de 130 millions d’euros à ce qui était prévu. La hausse du prix du carburant réduit la consommation des ménages et cet effet « volume » peut compenser, parfois, l’effet « prix », lié à la hausse. À l’échelle internationale, Nicolas Sarkozy a prévenu qu’il allait défendre auprès de l’Union européenne (dont la France assurera la présidence à partir du 1er juillet) le principe du plafonnement de la TVA sur les produits pétroliers ce qui a immédiatement déclenché la réaction de Bruxelles qui a précisé qu’un ajustement des taxes des pays consommateurs serait plutôt de nature à encourager les pays producteurs à augmenter encore un peu plus leur prix.

Augmenter les livraisons

De son côté, la ministre de l’Économie a souhaité que les pays du G7 s’adressent à ces mêmes producteurs pour obtenir une hausse des livraisons. L’OPEP est évidemment la première visée, mais depuis des mois, le cartel répète que le marché est physiquement bien approvisionné et que seule la spéculation est responsable de la flambée du baril. Après toutes ces annonces, l’opposition n’a pas tardé à réagir. Pour Ségolène Royal, il aurait été « beaucoup plus simple » de « baisser la fiscalité » pour faire baisser les prix à la pompe. D’une manière générale, ce débat sur la fiscalité pétrolière est loin d’être neuf car la marge de manœuvre de l’État reste particulièrement étroite puisqu’il ne peut toucher qu’à la TVA. En effet, la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) est fixe et indépendante du prix du baril. De même, il ne peut en demander plus aux groupes pétroliers. Ces derniers qui ont été régulièrement convoqués à Bercy, ces dernières années, ont été priés de lisser le plus possible les augmentations du brut. Cette requête n’a eu qu’un effet modéré puisque les compagnies ont affirma qu’elles rognaient déjà au maximum sur leurs marges. Quant à l’Union française des industries pétrolières (Ufip), elle rappelle à intervalles réguliers que les prix, hors taxes, des carburants en France comptent parmi les plus bas d’Europe. Quoi qu’il en soit, toute cette agitation autour du pétrole fait le jeu des autres sources d’énergie. François Fillon en a-t-il profité pour souligner qu’il fallait « continuer à développer le programme nucléaire français ». Précisément, la relance de ce dernier s’articule autour de la construction du prototype de l’EPR, le réacteur de troisième génération qui devrait être opérationnel à l’horizon de 2012.

Propagation de l’incendie

L’incendie pétrolier se propage à travers toute l’Europe. Après Nicolas Sarkozy mardi, c’était mercredi au tour de Gordon Brown en Grande Bretagne de tenter de calmer la grogne des Britanniques face à la hausse des prix à la pompe. Après une grève des camionneurs il y a deux jours, le premier ministre a rencontré en urgence les producteurs de pétrole. »…« Nous faisons face au troisième choc pétrolier. Nous voulons faire plus pour augmenter la production en mer du Nord », a assuré mercredi le premier ministre britannique pour calmer ses concitoyens. Il a décidé de réduire les impôts sur l’extraction pétrolière pour les petits champs offshore, les plus difficiles à atteindre. Des discussions sont en cours pour élargir ces exemptions aux champs pétroliers de taille moyenne. Depuis 1999, la production de pétrole en mer du Nord baisse. Mais le gouvernement britannique estime qu’il reste encore 25 milliards de barils à exploiter. Londres veut donc encourager leur exploitation, tout en reconnaissant que l’aide à la production prendra du temps à faire sentir ses effets. Cela ne résoudrait pas le problème de la flambée mondiale des prix. « Il faut augmenter la production internationale. Nous devons en parler lors de la rencontre des pays du G8 au Japon en juillet et lors prochain du sommet européen », estime Gordon Brown. Par ailleurs, Downing Street est sous pression pour ne pas mettre en œuvre la hausse de 2 pence des taxes sur l’essence prévue en octobre. Mercredi, le chancelier Alistair Darling a promis d’étudier la possibilité de repousser son entrée en vigueur. L’Espagne s’apprête de son côté à vivre demain une journée de manifestation de ses pêcheurs à Madrid au moment où la grève illimitée des petits patrons pêcheurs se poursuit dans les ports catalans et que la profession espère obtenir des aides du gouvernement socialiste de Jose Luis Zapatero.

Vents de protestations

Ce vent de protestation devrait toucher les transporteurs espagnols qui ont annoncé une grève indéfinie à partir du 8 juin. Les pêcheurs portugais pourraient aussi se mettre en grève illimitée vendredi. Aux Pays-Bas, les deux premières organisations de transporteurs ont disposé des panneaux à travers le pays proclamant que « la coupe était pleine et les réservoirs vides. En Italie, les syndicats et les associations de consommateurs demandent au gouvernement et aux pétroliers de « ne pas spéculer » alors que l’État prélève des impôts à taux fixes sur les carburants et que les distributeurs ne jouent pas le jeu de la libre concurrence. En Bulgarie, plus de 100 camions ont défilé autour de Sofia en demandant au gouvernement « la maîtrise de la hausse spéculative du prix du diesel. En Italie, le ministre de l’Industrie a convoqué pour cette fin de semaine le président de l’Union pétrolière pour obtenir des grandes compagnies des rabais substantiels à la pompe. Et le ministre de l’Économie a annoncé une « initiative prochaine » qui pourrait consister en un écrêtement de la TVA sur le prix des carburants, une mesure déjà condamnée par Bruxelles. D’ailleurs, comme souvent, l’Europe a du mal à parler d’une seule voix. Mercredi, le ministre espagnol de l’Économie a estimé que la proposition de Nicolas Sarkozy de limiter les impôts sur les combustibles était « contradictoire ». « C’est une mesure qu’on devra m’expliquer pour que je la trouve positive », a-t-il déclaré. « Comme il existe actuellement un problème d’excès de demande et une restriction de l’offre, la proposition française ne peut qu’inciter les pays producteurs à augmenter les prix. »
Incompréhension, pessimisme ou désaccords ?