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Le philosophe et le politique

vendredi 25 mars 2011, par Picospin

Cette logique se révèle exacte ou tout au moins vraisemblable lorsqu’on assiste ouvertement aux conflits ouverts entre des personnalités dont on n’attendait guère une déclaration de guerre ouverte sur les ondes de la radio ou les plateaux de la télévision.

Mépris

C’est en tout cas ce qui vient de se produire encore une fois devant les témoins assemblés à l’écoute et la vision des joutes oratoires qui se résolurent en manifestations de mépris. L’actuel Ministre des Affaires Étrangères est coutumier du fait sans même prendre la peine d’expliquer sa position sur un philosophe écrivain connu et reconnu et qui ne s’était rendu coupable d’une entorse à la bonne conduite que pour s’être mêlé de ce qui ne regardait pas. Qu’en se rendant responsable d’une telle attitude d’élimination de l’autre, il avait en même temps balayé d’un revers de main leur chef commun n’est qu’un détail de l’histoire qu’aurait apprécié de commenter le patriarche historique du FN, maintenant tombé sous l’emprise de sa fille dont il peut être fier tant elle a acquis de savoir faire à force de beaucoup de travail et d’un peu de talent. Le mépris de l’autre n’a jamais fait grandir celui qui s’en rend coupable quelles que soient par ailleurs les erreurs, insuffisances, fautes commises par le premier et férocement critiquées par le second.

BHL

Ce fut donc le cas hier encore quand interrogé sur le rôle et les capacités de BHL à venir piétiner les platebandes du « vrai » Ministre de la Défense, il a répondu d’un ton sec que ce que faisait dernier n’avait aucune importance puisque malgré sa position qu’il croit éminente de philosophe, c’est lui, Juppé qui détient la vérité, la science, le savoir, le savoir faire et le faire savoir. Ce déni de démocratie montre plus le manque d’éducation et de respect d’une personnalité réduite au silence pendant longtemps pour avoir servi de disjoncteur à son maitre du moment, le Président de la République, qui en son temps, avait été accusé d’avoir manipulé les emplois de la Mairie de Paris.

Culture

On ne voit pas pour quelle raison on interdirait à un homme cultivé dont l’intelligence et les connaissances dépassent de loin celles de nombre de personnages gravitant autour des pouvoirs d’exprimer son opinion et de faire partager à son auditoire joint par ondes hertziennes, analogiques ou numérisées ce qu’il pense d’une situation complexe dans laquelle ont tranché à toute vitesse des personnalités qui, par nécessité, fonction et statut passent plus de temps à voyager en train ou en avion qu’à réfléchir sur les situations et conditions des peuples opprimés et des dictateurs en puissance. Je veux bien accepter que les organes d’information sont si parcimonieux, déviants et insuffisants que, loin de ses sources, je suis tenu à distance de toute vérité au point d’être reconnu « invalide de guerre » moins par la faute des relais d’actualités que par la volonté de ne rien vouloir transmettre pour tout occulter sous prétexte de secret à garder et de dévoilements à éviter. Peut-être au lieu de s’attaquer à un philosophe, notre Ministre en pleine réhabilitation eut-il mieux fait de critiquer les phrases mal sonnantes et trébuchantes du nouveau - et donc tout jeune - Ministre de l’Intérieur qui lui aussi s’est mêlé de ce qui ne la regardait pas.

Phrase historique

Ainsi, a-t-il prononcé cette phrase historique par la quelle il tentait d’expliquer que « les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne doivent pas non plus… » A ce point, on se perd en conjectures sur le sens des points de suspension qui ne terminent pas une sentence si bien commencée. Et pour bien préciser sa pensée si bien entamée, il n’hésite pas à la détailler pour nous, pauvres citoyens sans portefeuille dans toute l’acception du terme. Et de poursuivre : « Il entendait bien dire que l’organisation du service public s’impose à l’usager et, comme le service public est neutre, un usager ne peut pas récuser un médecin ou quelqu’un d’autre pour un motif religieux », poursuit un membre de l’entourage du ministre interrogé par l’Agence France-Presse. Autrement dit, pas question pour le patient d’un hôpital de refuser d’être traité par un médecin du fait du sexe de ce dernier. « Ce n’est pas admissible », a relevé le ministre.

Méconnaissance de la médecine

Que connaît ce Monsieur à la médecine et à sa pratique ? Que connaît-il de la pudeur, de la manière pour un soignant de prier un patient de se dénuder ? Combien d’hôpitaux a-t-il fréquenté pour assurer de façon péremptoire et de décider pour un malade donné s’il doit ou non se conformer à l’injonction d’un docteur ou d’une femme médecin de laisser examiner une partie donnée de son corps ? Ou alors si c’est le cas, il fallait de toute urgence lui confier le Ministère de la Santé laissé vacant à la suite des désordres intervenus sou l’action étrange, confuse et obscure de l’achat et de la revente de vaccins contre la grippe H1N1. Comme on le voit, la critique est plus facile que le soin. Avant de conseiller ou d’ordonner ce qui doit être fait ou interdit dans l’enceinte hospitalière, encore faudrait-il auparavant avoir validé quelques stages en services spécialisés et en médecine générale, voire en soins palliatifs. C’est même toute la difficulté du métier.

Sous les bombes

Pour changer de sujet et passer de l’hôpital à Benghazi, ne vous semble-t-il pas que les bombardements aériens ont été accusés d’être plus meurtriers que les combats de fantassins parce que les premiers sont aveugles et les obus distribués en masse alors que les seconds relèvent de frappes plus « chirurgicales » si tout va bien…Voyez que nous ne pouvons éviter de faire allusion à la médecine sinon à la chirurgie.

Questionnement éthique :

1. A quelles conditions peut-on dire d’une texte qu’il relève de la philosophie politiques moins que de la morale ?

2. Est-ce que la simple raison permet de décrire la cité idéale, les devoirs de l’homme politique et du citoyen ?

3. Est-ce que les doctrines suffisent à permettre leur application de manière universelle ?

4. Est-ce que le décisionnisme politique suffit à s’imposer contre les instruments de la négociation et de la communication ?


Descombes V. Philosophie du jugement politique. Points, Essais, Editions du Seuil, Paris, 2008.