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Qui sont ces Afghans ?

Le prix d’une embuscade

Pourquoi tant "d’efficacité" ?

jeudi 28 août 2008, par Picospin

D’après le récit officiel, relaté mardi par le ministre de la défense devant les commissions défense et affaires étrangères de l’Assemblée, le groupe de tête a été attaqué vers 16 h Une centaine d’ insurgés ont attaqué simultanément l’arrière de la section et la section de l’armée nationale afghane qui la suivait. Les combats ont été extrêmement durs incitant la section de tête à alerter la base de "Tora ". "Cette violence a provoqué la perte d’un certain nombre de nos hommes dans les premières minutes des combats. A aucun moment le ministre n’a fait état d’une possible capture de soldats.

TRAHIS PAR L’INTERPRÈTE

Le "Canard enchaîné" a suggéré que les insurgés avaient été avertis de l’arrivée des troupes françaises, peut-être par une indiscrétion de leur interprète. "Quelques heures avant le départ en opération, le 18 août, ce dernier aurait disparu. "Le simple bon sens aurait dû conduire ses chefs à craindre qu’il n’ait alerté les insurgés de l’arrivée de cette ’patrouille’", souligne le rédacteur en chef du journal, Claude Angeli, au lendemain des auditions des Ministres de la défense et des affaires étrangères par l’Assemblée Nationale. A Paris, on admet que les insurgés avaient été avertis par l’interprète disparu, par des policiers ou par des soldats afghans, suppose le journal. Le journal relève d’autres exemples d’"impréparation" comme celle des hélicoptères français qui auraient pu mener une opération de reconnaissance mais étaient indisponibles à ce moment car ils avaient été affectés à la protection du président Karzaï. Le soutien aérien américain, appelé en renfort, n’a pu intervenir avec efficacité, car les combattants étaient trop proches les uns des autres. Le Ministère de la Défense a démenti en tous points la version de l’hebdomadaire satirique en affirmant que l’interprète n’a pas trahi, qu’il était avec les soldats au col et qu’il a été tué dans l’action. Au terme d’une enquête très détaillée menée par le chef d’état-major des armées en personne, il ressort que tous les militaires français tués sont tombés en combattants dans une phase de combat.

Maintien des troupes françaises

Une semaine après la mort de dix soldats français en Afghanistan, le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, s’est prononcé pour le maintien des forces françaises dans l’ISAF. M. Devedjian, qui s’exprimait lors du point presse de rentrée de l’UMP, a affirmé que l’Afghanistan pourrait devenir "le quartier général du terrorisme international". Kaboul a reçu le soutien des Nations Unies, mardi 26 août, après que cette organisation eut confirmé les chiffres avancés par le gouvernement afghan sur le bilan du bombardement du 22 août près du village d’Azizabad, à l’ouest du pays.
L’enquête de la mission de l’ONU a recueilli des preuves convaincantes, fondées sur des témoignages, de la mort de près de 90 civils, parmi lesquels 60 enfants, 15 femmes et 15 hommes. Les habitants ont été en mesure de confirmer le nombre des victimes, y compris leurs nom, âge et genre. Quinze autres villageois ont été blessés."Une commission d’enquête afghane avait annoncé la mort de "plus de 90 civils", tandis que le porte-parole américain de l’opération Liberté immuable (Operation Enduring Freedom, OEF) s’était borné à reconnaître celle de "cinq non-combattants" (deux femmes et trois enfants). A Washington, le Pentagone invoquait "une frappe légitime contre les talibans". L’opération militaire au cours de laquelle le raid aérien a eu lieu, a été menée par l’opération "Liberté immuable", sous commandement américain, sans impliquer la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), sous commandement de l’OTAN.

Augmentation des pertes civiles

Il est rare que l’ONU soit en mesure d’établir si rapidement ce genre de bilan, et exceptionnel que ses chiffres coïncident avec ceux du gouvernement de Kaboul.
L’ONU tente de renforcer la position du président afghan, Hamid Karzaï, dans l’épreuve de force que celui-ci vient d’ouvrir avec l’OEF et l’OTAN en demandant une renégociation du mandat des quelque 70.000 soldats des forces internationales en Afghanistan.
Le porte-parole du président Karzaï a pris soin de préciser qu’il ne s’agissait pas d’exiger le départ des forces occidentales dont le pays a besoin jusqu’à ce que notre propre armée soit en mesure d’assurer la sécurité de l’Afghanistan. si aucun calendrier de retrait ne figure parmi nos demandes, cette prudence s’est vérifiée sur le plan diplomatique puisque mardi soir, les autorités afghanes n’avaient toujours pas notifié leur demande à l’Alliance atlantique. Les diplomates occidentaux relativisent la colère du président afghan. Depuis un an, les pertes civiles occasionnées par les bombardements occidentaux se multiplient si l’on considère qu’en juillet, 64 civils ont été tués dans des conditions semblables dans d’autres provinces, que ces "bavures" à répétition représentent un risque politique croissant pour M. Karzaï, qui vise une réélection à la présidence afghane en 2009 et que sa popularité ne peut que pâtir au fur et à mesure que s’accroît le ressentiment de la population envers les armées étrangères, dont il soutient la présence en Afghanistan.

Des bavures

Il n’est pas sûr que le "grand oral" auquel se sont pliés Bernard Kouchner et Hervé Morin devant les commissions des affaires étrangères et de la défense de l’Assemblée Nationale ait atteint son objectif. S’il s’agissait, après la mort, le 18 août, de dix militaires français en Afghanistan, de rassurer les parlementaires et, à travers eux, les Français, sur les objectifs de cette guerre lointaine et la durée de l’engagement, les doutes sont loin d’être levés. Quatre soldats français auraient été faits prisonniers puis exécutés pendant que l’’ONU confirme le bilan de Kaboul sur la mort de 90 civils lors d’un bombardement américain. De son côté, Kouchner déclare que nous essuierons encore des pertes et que des députés UMP sont favorables à la présence française. Le ministère de la défense indique que les procédures médico-légales ont été respectées et que les familles ont eu le choix de voir les corps, ce que certaines ont fait, d’autres non. Informées des circonstances du décès de leurs proches, elles ont demandé au ministère de ne pas communiquer sur ce sujet. De source militaire, on indique que les corps de certains soldats ont été dépouillés de leurs gilets pare-balles et de leurs chaussures rangers par les insurgés. Le "Canard enchaîné" publie également des extraits d’un rapport critique sur la formation et la préparation des soldats français envoyés en Afghanistan. Les brèves réactions à la sortie de l’audition relevaient le contraste entre la tonalité des interventions liminaires des ministres - "une vision presque idyllique", a estimé le député Nicolas Dupont-Aignan - et le vague des réponses aux questions posées. "Cela rappelle certains airs entendus par le passé, notait François Bayrou.

Aide ou troupes d’occupation ?

Le plus grand danger, c’est qu’une partie de la population afghane, peut-être pas toute, mais au moins une partie, n’a pas du tout le sentiment qu’on est là pour les aider, mais que ce sont des troupes d’occupation qui assurent les missions après tant d’autres. Une des questions essentielles, avant le débat qui doit avoir lieu au Parlement le 22 septembre, porte sur le calendrier de l’intervention. "Combien de temps cette mission va-t-elle durer ?", a demandé Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste. "Personne ne peut répondre à cette question, lui a répondu M. Kouchner. Il faut toujours plus de temps pour arriver à la paix qu’on ne le croit au départ. J’espère que dans quelques années, nous ne serons plus en Afghanistan." Le ministre de la défense s’est efforcé de son côté de clarifier les circonstances de l’embuscade du 18 août. "Rien ne permettait de prévoir cette attaque massive, a insisté M. Morin. Nos soldats se sont retrouvés face à un feu imprévisible." Plusieurs députés se sont inquiétés de ce qu’ils ont perçu comme une forme d’"impuissance". Yves Fromion (UMP, Cher) a critiqué "une certaine forme de légèreté" et réclamé "des moyens à la hauteur des menaces". Sur ce point, le ministre de la défense a indiqué qu’il proposera au Président de la République, "dans quelques jours", différentes options comme emploi de drones, le retour des forces spéciales, pour améliorer l’efficacité et la protection des forces françaises. L’objectif, a rappelé M. Kouchner, n’est pas la victoire militaire mais une approche politique d’ensemble. Sur le plan militaire, nous sommes dans un schéma nouveau et, face à lui nous devons répondre par des moyens supplémentaires a admis M. Morin. Sur les risques auxquels sont confrontés les soldats français il est probable que nous aurons encore des pertes, a souligné M. Kouchner.

Risque 0

"Le risque zéro n’existe pas dans les armées, même si nous faisons tout pour le minimiser", a rappelé M. Morin. Quant à l’objectif de restitution aux autorités afghanes de la responsabilité de la sécurité du pays, il est loin d’être atteint. "Pour le moment, le gouvernement tient, a assuré M. Kouchner, mais il est forcément affaibli. Nous ne pouvons pas nous retirer, a-t-il ajouté car c’est impossible et de préciser : " Vous nous voyez abandonner 25 pays européens ?". Le ministre des affaires étrangères a également dit partager les préoccupations de plusieurs parlementaires concernant la production de drogue et "la progression inquiétante de la corruption". M. Morin s’est efforcé d’être plus positif : il a annoncé que l’armée afghane avait pris, mardi, la responsabilité de la "sécurité de la capitale". Le Ministre des affaires étrangères a rappelé que "160.000 Soviétiques" avaient été vaincus par les moudjahidins, tout en précisant que les Russes, aujourd’hui, "nous aident un peu, nous donnent des conseils" ce qui permet à nos soldats d’être formés, aguerris et avertis des risques. Proclamant que "nous n’avons pas le droit de perdre", M. Morin conteste en revanche "totalement le mot de guerre", accepté par M. Kouchner. Le chef de la diplomatie venait de déclarer : "Vous pouvez appeler ça une guerre : ce sont des opérations meurtrières et ce sont des opérations de guerre." A Castres, où il s’est rendu mardi pour rendre hommage aux morts et aux blessés du 8e RPIMa, Nicolas Sarkozy a affiché sa détermination lorsqu’il a déclaré qu’en abandonnant le peuple afghan à ses malheurs et à ses bourreaux, nous renoncerions à assurer la sécurité des Français et nous renoncerions au statut de grande puissance avec nos droits et nos devoirs pour la paix du monde.

Questionnement éthique :

1. Peut-on parler d’un parallélisme entre l’intervention américaine en Irak et celle de l’OTAN en Afghanistan ?

2. Pouvait-on prévoir les difficultés des forces de l’OTAN dans ce pays après l’échec de l’intervention de l’URSS ?

3. Quelle est la légitimité d’une intervention militaire de l’OTAN dans un pays où le tradition tribale peut être plus fortement marquée que les conflits militaires et où la culture du pavot continue de jouer un rôle majeur au point de vue politique et militaire ?

4. Est-ce qu’il existe des points de comparaison, sinon de convergence entre la situation actuelle en Afghanistan des troupes françaises et celle de l’Armée française du "maintien de l’ordre" au Vietnam d’abord et surtout en Algérie, après ?