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Violence dans les écoles

Le prix de la paix sociale, de la non-violence et de la paix civile

Quels remèdes, quelle méthodologie, quelles solutions ?

mardi 6 avril 2010, par Picospin

Est-ce que l’école est le seul lieu où elle se manifeste ou s’y manifeste-t-elle plus volontiers ? Que la personnalité choisie pour discuter de ce problème commence par écrire qu’il s’agit d’un problème complexe est une évidence qu’il n’était pas utile de rappeler.

Augmentation, inflation ou diminution ?

On ne sait même pas si le phénomène de la violence est en augmentation, stable ou en diminution. Il semble que malgré ces difficultés de recensement, on puisse aboutir à la conclusion que la tendance à l’augmentation des faits de violence à l’école se manifeste même s’il est nécessaire de faire intervenir quelques nuances dans ces statistiques puisque le nombre des faits graves serait en légère diminution et celui des violences physiques à l’encontre des personnes aurait plutôt augmenté. On ne dit pas de quelles personnes il s’agit. Au-delà de ces faits, les sanctions prévues et effectivement exécutées se limitent à l’exclusion.

Exclusion ? Quelle utilité ?

Cette mesure parait particulièrement inappropriée. Elle met l’élève violent dans la rue ce qui ne résout ni le problème de la famille ni celui de la cité. Elle n’est qu’un pis-aller qui permet à l’école de revendiquer une sanction sans se demander si elle est efficace et si elle est capable de remettre le délinquant dans le circuit normal de la vie sociétale. Il semble qu’à cet égard, le nouveau Ministre de l’Éducation, dont on se demande comment, où et par qui il a appris son métier semble plutôt d’accord avec cette analyse. Il a encore raison quand il affirme que les changements d’établissement, que ce nomadisme scolaire est inefficace sinon maléfique pour l’élève exclu et plus encore son entourage en raison de la contagiosité du fauteur de trouble et de la faible défense qui lui est opposable. Les processus immunitaires sont actuellement dépassé par la force, la violence et l’endurance des agresseurs qui, enfermés dans leur comportement asocial et schizoïde ne peuvent que poursuivre le chemin de leur hostilité envers la société, le pouvoir établi et le respect de l’autorité.

Que font les responsables ?

« Les proviseurs qui agissent beaucoup en fonction de leurs parcours personnels. Les plus répressifs sont anciens conseillers principaux d’éducation. Les moins, ceux qui ont enseigné en primaire avant de prendre une direction d’établissement secondaire. Et plus un proviseur a d’ancienneté, moins il convoque de conseils de discipline et moins il exclut », écrit « le Monde » dans son édition de ce jour. Ces sanctions touchent plus les garçons que les filles. Il ressort de l’étude que plus un établissement compte de filles, moins il exclut et moins il convoque de conseils de discipline. Se dessine par ailleurs une géographie de l’exclusion qui se calque sur les zones urbaines et où les lycées professionnels figurent en bonne place. Chaque année dans ces établissements qui accueillent des élèves en difficultés, ce sont 5 élèves pour 1 000 qui sont exclus, soit deux fois plus que dans les lycées généraux ou dans les collèges. "Les jeunes des milieux populaires sont trois fois plus souvent victimes d’exclusions définitives que leurs camarades des classes favorisées". Cette situation exigerait de la part des responsables de l’éducation un travail, des études et analyses dont on ne trouve guère de traces dans les comptes-rendus à notre disposition.

Beaucoup de questions, peu de réponses

On pourrait par exemple commencer par se demander quelles sont les caractéristiques observées en France en ce qui concerne l’organisation et les caractéristiques de l’éducation, de l’enseignement par rapport à celles constatées dans d’autres pays ? On pourrait aussi se demander quel est l’intérêt pour le élèves, leur curiosité pour les fameux programmes, clef de voute du système éducatif français dont les créateurs sont si fiers ? S’agit-il d’un mal plus profond qui touche la société toute entière, y compris celle des parents et des adultes, contemporains des profondes modifications survenues dans les mœurs, les valeurs, le civisme, voire les conceptions philosophiques des leaders d’opinion ? On a l’impression que le véritable travail n’a pas commencé et qu’on a confié à un petit nombre de responsables, de conseillers, d’experts de travailler sur le sujet sans essayer d’élargir le débat aux diverses disciplines concernées par un sujet d’une ampleur telle qu’il touche même aux fondements de notre civilisation. Ce n’est qu’en fonction des résultats d’études multidiciplinaires que des conclusions pourront être tirées et des solutions choisies.

Qui sera assis à la table ?

Faute d’informations détaillées, on ne sait encore quelles seront les spécialistes et « généralistes » invités à débattre du problème le plus grave qui se pose à la société française, sinon européenne, voire mondiale. Que devient la vie en société depuis le « désenchantement du monde », le retrait de dieu et de l’hétéronomie de la planète, les difficultés et pannes de transmission des parents aux enfants, les difficultés des discours intergénérationnels ? Il y faut plus que des spécialistes, les enseignants, éducateurs, professeurs, pédagogues ou psychiatres et psychologues. Le chemin est long et laborieux qui puisse conduire à une solution après des réponses partielles, isolées, mal intégrées par des politiques qui manquent de connaissances et de formation, d’éléments pédagogiques. Le jeu en vaut la chandelle. Au lieu de supprimer des postes dont on admettra qu’ils n’ont pas tous la même utilité, il conviendrait au risque de sacrifier l’avenir de générations entières, de mobiliser la nation pour lui faire prendre conscience de la situation critique dans laquelle elle se trouve. Ce qui signifie que des moyens doivent être débloqués même au prix d’une hémorragie des déficits tant il est important et vital que des solutions soient trouvées et imaginées à brève échéance. C’est le prix à payer pour la survie d’une communauté à côté de bien d’autres susceptibles un jour de profiter des enseignements tirés pour la première.

Questionnement éthique :

1. Est-il légitime d’espérer que les mesures prévues pour améliorer l’autorité des enseignants dans les classes est susceptible de réduire le nombre et l’intensité des manifestations d’irrespect de la part de certains élèves ?

2. Peut-on également espérer que la prise de conscience des lacunes présentes dans la formation pédagogique de l’encadrement scolaire soit susceptible d’améliorer les relations entre enseignés et enseignants.

3. Est-il important de nommer à la tête du Ministère de l’Éducation Nationale des personnes ayant une certaine expérience dans la formation des maitres ?

4. En raison d’une situation critique dans l’enseignement, est-il légitime de consentir à des sacrifices exceptionnels pour rétablir des relations apaisées et respectueuses entre enseignants et enseignés ?