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Le rugby est-il un jeu éthique ?

mardi 25 septembre 2007, par Picospin

L’intérêt de cette question n’échappe à personne au moment où se déroule en France, mais aussi sur d’autres terrains européens une compétition internationale majeure entre de nombreuses équipes de tous les continents. Cette dispersion du jeu suggère l’importance et la renommée de ce sport dont la pratique et la réputation restent cependant inférieures à celles du football. Les admirateurs de ce sport pensent qu’il est noble, joué par des gentlemen et régi par des règles si précises et si détaillées qu’on ne peut guère les transgresser.

Règlement

Les règles du rugby à XV sont édictées par l’International Rugby Board. En voici les fondamentales. Les entraîneurs dans ce sport parlent volontiers des « fondamentaux » ces mouvements et actions qui, d’après eux, sont indispensables à organiser un jeu clair, esthétique, élégant et efficace. Une équipe dispose du ballon grâce à une remise en jeu, par un coup de pied tombé, une mêlée ou une touche. Cette équipe peut choisir d’avancer en frappant le ballon vers l’avant ou en le conservant dans les mains et en essayant de progresser dans le camp adverse en courant.

Fondamentaux

La balle peut être passée à un autre joueur à condition que la passe ne se fasse pas vers l’avant. Tout joueur de l’équipe attaquante se trouvant entre le ballon et la ligne d’en-but adverse est hors-jeu et ne doit pas interférer dans le jeu. L’équipe défendant peut essayer d’arrêter le joueur porteur du ballon en l’attrapant et en l’amenant au sol (plaquage). Un joueur plaqué doit passer ou lâcher le ballon, ce qui permet au deux équipes d’essayer de se disputer la possession de balle. Le jeu ne s’arrête que lorsque l’une des règles est transgressée ou si le ballon, porté ou non, sort des limites du terrain. Dans ce cas, la remise en jeu se fait par le biais d’une touche. Si le jeu est arrêté à cause d’une faute commise par un joueur d’une équipe, l’autre équipe récupère le ballon et le remet en jeu par une mêlée, un coup franc ou une pénalité, selon la gravité de la faute.

Des muscles et un cerveau

La pratique de ce sport exige de la part des joueurs une forme physique excellente, un entraînement poussé, une grande force musculaire associée à une grande taille sauf exceptions. Celles-ci visent les demis de mêlée, d’ouverture dont la taille peut rester au-dessous de 1,80 m. Dans la majorité des cas, on a affaire à des colosses bourrés de muscles – on vient de citer l’exemple d’un joueur de l’hémisphère sud qui consomme l’équivalent de 8000 calories par jour pour compenser la consommation de ses muscles - qui se servent de ces attributs pour courir vite, passer en force, plaquer l’opposant ou freiner et bloquer sa course vers l’avant, même si une des règles fondamentales de ce sport oblige à toujours passer le ballon vers l’arrière.

En ovalie

Le rugby se distingue d’autres jeux de ballon par la forme particulière du ballon en ovale ce qui confère à ses courses des trajets particulier, souvent inattendus et que seuls de spécialistes savent prévoir. Le jeu s’est répandu dans le monde en fonction de lois quine sont pas toujours claires mais dont l’essentiel est d’ordre culturel. Pratiqué à sa naissance uniquement par les ressortissants des pays anglophones qui comportaient au début exclusivement les Anglais, les Ecossais, les Gallois, les Irlandais, les Français furent rapidement invités à participer aux tournois qui s’appelaient des Cinq Nations. Ces derniers s’étendirent aux Italiens, aux Roumains, plus loin aux pays du Commonwealth, Australie, Afrique du Sud et Nouvelle-Zélande, nations qui acquirent rapidement des capacités au moins égales sinon supérieures à celles de leurs aînés.

Un jeu d’intellectuels ?

La diversité et la richesse de règles de ce jeu, la culture, au moins apparente des joueurs et de leur accompagnement, l’obéissance instantanée aux injonctions des arbitres, ont permis de le classer parmi les sports nobles pratiqués par des personnes bien élevées et respectueuses d’un règlement complexe. Ces caractéristiques n’ont pas tardé à intéresser les « intellectuels » qui sont de plus en plus nombreux à s’être emparés de ces seigneurs de « l’ovalie » qui règnent en maîtres sur les œufs que viennent de pondre les mêlées, les regroupements, les mauls par le truchement des jeunes taureaux issus des Landes, du pays basque, des Pyrénées et autres lieux français où l’accent du terroir s’impose au détriment du pointu parisien.

Fanatiques ?

Parmi ces néo fanatiques, on compte maintenant des historiens comme Jean Lacouture ou d’autres « intellectuels » du passé auxquels certains philosophes actuels n’hésitent pas à attribuer des places de joueurs. Platon jouerait très « collectivement », Aristote aurait facilement pris la place de Laporte, Descartes aurait été un excellent demi d’ouverture, David Hume aurait occupé avec bonheur le poste de pilier. D’origine britannique, ce sport ou ce jeu soumis à des règles très strictes, se joue généralement sur un terrain couvert d’un gazon bien arrosé (on n’est pas loin non plus des pays de la bière et du whisky). On parle à son sujet de violence maîtrisée, de manifestations de force mais aussi de respect intangible des règles faute de quoi on pourrait aller à la catastrophe, aux accidents graves, aux fractures, aux traumatismes crâniens, vertébraux dont certaines complications risquent de devenir vitales.

Violence apprivoisée

Pour toutes ces raisons, on invoque une violence apprivoisée, transposition des rapports souvent violents qui régissent tous les jours ceux de la société. Pour permettre de survivre au milieu des conflits, il est nécessaire de les sublimer, de les métaboliser, de les transformer à l’instar des concepts de Freud qui y décelait les formes diverses de la création. Au rugby, les fautes ne sont pas classées de façon manichéenne. Elles reçoivent un label de gravité selon le danger qu’elles font courir à l’adversaire. C’est dans ces modes de qualification, dans la précision de l’évaluation que les moyens modernes du jugement comme le recours à la vidéo jouent pleinement leur rôle de justicier. Catherine Kintzler dans « Le Monde » (25.09.07) pense que dans ce jeu, on trouve des principes dialectiques, qui sont établis, qui se discutent, s’explicitent à l’intérieur d’une famille et non pas d’une tribu.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que l’élaboration, l’application de principes, la discussion des règles autour du rugby peut servir de modèle à la vie en société ?

2. Par quel miracle y a-t-il si peu de véhémence de la part des joueurs au rugby par rapport à la violence rencontrée sur les terrains de football ?

3. Que doit-on penser des réflexions de Catherine Kintzler sur le décompte des points et leur valeur par rapport à la rétribution d’un acte, sur le langage articulé émis dans la confrontation du premier comparée à celle du second ?

4. Est-ce qu’une certaine éthique éventuellement rencontrée dans le rugby justifie les sacrifices et la sélection imposés pour la pratique de ce jeu ?

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