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Le sens de la vie ou « The Meaning of Life »

jeudi 7 février 2013, par Picospin

Sur cette base, le film enchaîne divers sketches qui abordent les différentes étapes de la vie, de la naissance à la mort (et au-delà !) en passant par la guerre, la religion, l’éducation sexuelle, la quête de bonheur, le don d’organes et les matches de rugby prof-élèves…C’est le début du film « Le sens de la vie » réalisé sous l’égide des Monty Python en 1983 et qui a fait rire des générations de spectateurs devenus enthousiastes à la vision de ce véritable chef d’œuvre du cinéma et de l’humour, si rarement rassemblés de nos jours. C’est pour vous faire entrer dans ce monde du rire que nous vous proposons un autre moyen de concevoir l’analyse philosophique du sens de la vie qui interloque, interroge sur les problèmes existentiels rencontrés par notre civilisation face aux dérèglements, bouleversements, métamorphoses dont elle l’objet de façon itérative. C’est dire qu’une remise à jour permanente de cette conception est devenue impérative tellement il est vrai que la plupart d’entre nous sommes désarçonnés par la rapidité d’évolution de la société et les questions que pose cette dernière.

Un grand film d’humour

Le plus grand film de tout les temps avec "2001", du fait de sa portée sociologique et spirituelle. Une puissance civilisatrice moderne surpassant de loin l’ensemble des religions. Une virtuose analyse philosophique de la vie humaine couplée au "nonsense" à l’anglaise. Le sujet est traité avec une densité unique en son genre, tout y est...Des sujets graves pourtant traités d’une manière poilante. Les Monty Python au sommet de leur art, six grosses tetes au service du sujet le plus ambitieux qui soit... Après un invraisemblable prologue – les vieux employés d’une compagnie d’assurances se rebellent contre leurs jeunes oppresseurs et se lancent dans la piraterie à bord de leur immeuble transformé en navire –, les Python s’attaquent à leur sujet proprement dit : Le Sens de la vie. En neuf étapes, de la naissance à la mort (et ce qui s’ensuit), les six compères dévastent tout, démontrant une fois encore un réjouissant goût pour le non-sense et l’irrévérence.

En même temps une tragédie ?

Qui, à part eux, aurait osé faire chanter "Every sperm is sacred" à une chorale de 50 enfants réjouis, officialisé la pratique du don d’organe sans anesthésie et le cours d’éducation sexuelle par l’exemple (mais avec la classe absolue de John Cleese…) ou fait exploser dans un flot de vomi le plus gros mangeur du monde ??? Franchement osé, parfois limite gore et toujours hilarant, ce film culte est servi par une édition DVD de toute beauté. Des très nombreux bonus, on retiendra le long making-of (près d’une heure d’interviews récentes et d’images d’archives revenant – sans langue de bois – sur la genèse du film, les difficultés rencontrées par les Monty Python pour son écriture, ou les réticences de John Cleese, par exemple), une partie très intéressante consacrée aux numéros musicaux du film signée Terry Jones et Arlene Phillips, la promo d’époque et notamment une incroyable bande-annonce… télépathique, des scènes coupées et bien d’autres choses "complètement différentes". Enfin, on note avec plaisir que les Python n’ont rien perdu de leur impertinence : témoin, ce publireportage sur l’école Halliburton de management, dirigée par Ken Henron Chaney, qui initiera votre progéniture aux joies de l’escroquerie, des bilans falsifiés et de la corruption…

La condition humaine

Ce qui suit sera sans doute moins drôle et plus conforme au tragique de la condition humaine lorsque celle-ci n’est pas analysée à la lumière du regard porté par les philosophes, historiens, sociologues. Quand on interroge les gens sur leur conception du sens qu’ils donnent à la vie, les réponses ne fusent pas toujours directement et sans hésitation à partir du plus profond d’eux-mêmes. Cette situation ne s’améliore pas toujours lorsque cette même question est posée ou ce thème abordé avec les malades qui voient s’approcher avec angoisse et interrogations l’heure de la mort. Est-ce qu’à ces moments là, la question prend un relief particulier reste un point d’interrogation qu’il importe d’éclaircir avec d’autant plus de rapidité et de pertinence que la réponse ne doit pas tarder. Il faut au plus tôt libérer le mourant de la pesanteur que fait peser sur lui cette interrogation car le temps manque pour qu’il puisse y consacrer ses derniers instants de vie. Certains répondent à cette sollicitation en faisant appel à une la valeur finale positive de la vie que l’individu est en mesure de diffuser. A cette occasion, on pense à l’importance de la vie biologique sur terre et plus particulièrement à celle de l’espèce humaine. Doit-on considérer la vie comme une aventure individuelle ou celle d’un groupe ou de groupes d’individus ?

Classements

Si on élargit le spectre du questionnement, on peut être tenté de classer le sens ou son intensité, sa crédibilité, sa signification comme plus ou moins dotée de sens selon que l’on se place du point de vue des périodes de sa mesure et des différences entre individus, voire de celles qui se dessinent à mesure que la vie se déroule. Ne peut-on alors se demander s’il est de vies qui ont plus ou moins de sens que d’autres, ce qui n’empêche nullement de penser que tout le monde est équipé pour mener une vie dotée d’un statut moral équivalent. On peut aussi s’interroger sur la théorie kantienne selon laquelle tout le monde est doté d’une capacité égale à faire des choix mais que cette dernière est fonction des l’entrainement personnel à s’en servir, à exercer cette capacité. Savoir si une vie est pleine de sens c’est aussi séparer la vie bonne conceptuellement différente de la vie heureuse ou morale. Ne faut-il pas considérer ces jugements comme évolutifs plus que comme statiques. Une vie peut être parfaitement heureuse ce qui ne signifie nullement qu’elle soit candidate à se remplir de sens ce qui peut aussi bien survenir pour peu que l’on consente à sacrifier une partie de son bienêtre au bénéfice des autres.

Sens et moralité

A l’inverse, penser que l’existence d’une personne a du sens n’est pas la même chose que de considérer qu’elle a été moralement droite. Il est d’autres moyens d’améliorer le sens de la vie qui n’ont guère de rapports étroits avec la moralité. C’est en particulier le cas de ceux qui ont la chance de faire des découvertes scientifiques propres à améliorer la condition humaine. Un grand nombre des penseurs, philosophes, sociologues ou religieux pensent que pour mieux comprendre le sens de la vie, le mieux serait de le découper en tranches puis de les soumettre à un classement en périodes de la vie dont certaines auraient davantage de signification que d’autres. Cette position n’empêche pas les tenants de cette théorie de croire que certaines vies ont moins de sens que d’autres ce qui ne les empêche pas de croire en une égalité de statut égale pour tous. Ce qui rend la vie pleine de sens est différent de des facteurs qui jouent un rôle dans une vie droite quitte à recourir à des réponses variables selon le type de question posé.

Moralité ou bienêtre ?

Si on ne peut invoquer ni le bienêtre ni la moralité, de quoi s’agit-il réellement ? Une première réponse peut être avancée qui consiste à prétendre qu’une vie pleine de sens est accomplie si elle a consisté à faire des choix et à réaliser les décisions prises à cette occasion pour les transformer en buts. C’est par ce moyen qu’il est possible de rendre une vie cohérente, intelligible pour soi-même et les autres, capable de transcender la nature animale blottie au fond de chacun d’entre nous, toutes considérations qui font du sens de la vie une entité distincte de la moralité ou du bonheur.