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Qu’est-ce que tout cela veut dire ?

Le sens de la vie

La vie a-t-elle un sens ou faut-il lui en donner un ?

dimanche 2 février 2014, par Picospin

Le problème est d’autant plus dramatique que cette quête risque fort de rester sans solution, sans réponse satisfaisante tant on sent un grand embarras dans les explications proposées par la philosophie et dans le cas qui nous préoccupe par l’éthique, sommée d’une certaine manière de trouver une rationalité aux comportements à adopter individuellement et collectivement à la denière heure, celle qui justifie toutes les conduites antérieures et cherche l’explication la plus vraisembable, la plus logique, la plus compréhensible à une vie restée pleine d’énigmes, d’interrogations en quête de sens.

Une question cruciale ?

La plupart des philosophes se sont efforcés de répondre à la question du sens à donner à la vie. Cette réponse n’est pas toujours satisfaisante car ils n’ont pas posé la question dans des termes suffisamment clairs et adaptés pour en tirer une réponse rigoureusement adaptée à la question posée. Ce furent les cas d’Aristote, de Thomas d’Aquin ou de Kant dont le questionnement est certes relatif au bonheur et à la morale mais qui ne se rapporte pas à la question essentielle de savoir quels sont les fins dernières de l’homme, celles qui lui sont nécessaires, qui lui importent le plus et qui comptent pour lui, les actes qu’il doit accomplir pour qu’une vie compte pour lui dans en tant que réalisations les plus importantes. L’utilitarisme et le positivisme sont venus s’intercaler dans le débat sur le sens de la vie en même temps que la conception hédoniste sur des cas particuliers qui pour cette raison ont pris le nom d’intuitions. Les propos qui répondent le mieux à cette question font allusion à ce qui rend la vie pleine de sens, ses réalisations, celles capables de forger son caractère d’apprendre des choses à partir de ses relations avec autrui ne serait-ce qu’avec sa famille.

Une vie vaut-elle plus qu’une autre ?

Ils pourraient concerner une part ou une autre de la vie ou affirmer que certaines vies valent mieux que d’autres ou que certains placent leur vertu dans la capacité de réaliser des choix autonomes dans lesquels le sens consiste surtout à savoir exercer la capacité de choisir. C’est un bien qui est différent de celui qui fait que la vie est joyeuse ou au moins plaisante. Une vie peut devenir pleine de sens lorsqu’elle donne l’occasion de se sacrifier, de sacrifier son propre bonheur en aidant autrui au détriment de son propre intérêt. Le bien n’est pas nécessairement différent du bonheur ou de la moralité. Une vie pleine de sens ne signifie pas la même chose qu’une vie heureuse ou agréable. Sa vie peut conduire à avoir un sens justement par le sacrifice de son propre bonheur par l’aide apporté aux autres. Se poser la question sur la signification de la vie d’une personne n’est pas la même chose qu’estimer si elle a été moralement droite ou honnête. Il y a sans doute des moyens d’améliorer le sens qui n’ont rien à voir avec la moralité comme par exemple celle d’avoir réalisé une découverte scientifique. On pourrait tout aussi bien argumenter sur le fait qu’une vie peut être dépourvue de sens si elle est malheureuse ou immorale, surtout si l’on tient compte des concepts d’Aristote sur les facteurs qui contribuent à la dévaluer.

Des objectifs à atteindre

Une vie pleine de sens pourrait constituer un mode d’existence dans lequel la personne aurait réalisé des objectifs dument choisis ou en aurait tiré des satisfactions substantielles. Ancrer le sens sur des objectifs précis implique que cette clause ne comporte pas seulement des valeurs positives mais aussi soit capable de rendre la vie cohérente, intelligible et apte à transcender ce que la nature animale que comporte l’être humain. Certains objectifs pourraient être trop étroits pour pouvoir en exclure la possibilité que certaines actions, états ou relations qui n’avaient pas été considérés comme des objectifs princeps puissent en revanche devenir des dérivés de forces inconscientes, spirituelles qui amarrent l’univers physique comme c’est le cas dans l’hindouisme. Dans cette optique, il convient de placer certains texte célèbres de Sartre et Taylor qui stipulent que le sens peut être constitué par n’importe quel thème sélectionné par nos soins comme celui du mythe de Sisyphe susceptible d’acquérir un sens dans la vie simplement par le seul effet de la satisfaction du désir. Ce sont des récits sur le sens de la vie ce qui ne signifie nullement qu’ils impliquent la réalisation de buts qui favorisent une quelconque cohérence, intelligibilité ou transcendance. Le sens de la vie n’est pas la seule alternative qui se pose sur ce débat qui peut aussi bien concerner des biens qui sont supérieurs en qualité, dignes d’amour et de dévouement sinon de respect mêlé de crainte.

Les désirs

Ces critères ne sont pas satisfaits par des attraits incités par les désirs les plus ardents en provenance d’une personne donnée. Devant l’impossibilité de trouver une solution à ce problème, il est sans doute plus sage d’en conclure qu’il n’en existe aucune. Quand nous parlons du sens de la vie, n’avons-nous pas en tête des concepts qui s’approchent de cette idée comme certaines circonstances qui méritent fierté ou admiration, dévouement et amour, toutes qualités qui rendent la vie compréhensible ou procurent des plaisirs dignes de choix. Il n’est même pas certain que toutes ces définitions soient capables d’atteindre ce degré d’unité et qu’en définitive il ne faille pas se résoudre à en accepter une nichée au fond d’un sac plein d’idées hétérogènes. Parler d’une vie salutaire ne signifie pas nécessairement qu’on lui attribue un sens de même que la qualifier de pleine de sens signifierait qu’on la juge digne d’être vécue. Au contraire, parler d’une vie dépourvue de sens ne veut nullement dire qu’elle est ou a été absurde. D’autres théories sont destinées à prendre en compte toutes les voies susceptibles de conférer un sens à la vie. Ces théories sont fondées sur sur des bases métaphysiques où entrent en jeu des caractéristiques qui en constituent le sens, autrement dit où entrent en jeu des éléments spirituels. Si Dieu ou l’âme n’existe pas, ou s’ils existent sans qu’aucune relation ne puisse être établie entre eux, on peut considérer que le supernaturalisme, tel que défini dans le monde occidental, fait que sa propres vie n’a pas de sens.

Dieu ou la science ?

En revanche les théories naturalistes exposent des vues selon lesquelles le sens ne saurait être atteint que par la science. Bien que le sens ne soit perceptible que dans le cadre divin, certaines façon de vivre dans un univers purement physique serait suffisantes à accréditer cette thèse. Cette théorie ouvre cependant un certain espace en faveur de la théorie non-naturaliste dans laquelle le sens dépend de propriétés abstraites qui ne relèvent ni de la spiritualité ni du monde physique. Les théories basées sur l’existence supposée de Dieu affirment que sa propre existence est d’autant plus significative qu’elle remplit les objectifs assignés par Dieu, qui aurait un plan destiné à l’univers et que de ce fait la vie a du sens dans la mesure où on aide Dieu à réaliser son projet. Remplir le projet de Dieu est la seule source pour donner un sens sans faire appel à la notion d’une vie après la mort. Si une personne ne réussit pas à accomplir ce que Dieu a l’intention de lui faire réaliser on peut dire que sa vie n’a pas de sens. Le projet de Dieu pourrait constituer la seule source des règles morales qui, au cas où elles ne pourraient être appliquées pourraient rendre la vie dépourvues de tout sens. Au sein des théories faisant référence au projet de Dieu il en est qui affirment que nos vies n’auraient de sens que dans la mesure où elles seraient créées par un créateur ce qui les ferait ressembler à la relation existant entre un artiste et l’œuvre qu’il vient de concevoir puis de réaliser. Toutes ces hypothèses soulèvent la même objection selon laquelle si Dieu nous avait assigné un objectif, il aurait la possibilité de nous avilir, de nous dégrader et par conséquent de nous ôter la possibilité d’obtenir la réalisation du projet.

De grandes et belles vies

Si nous réfléchissons aux vies de Einstein, Picasso ou sœur Teresa il semble qu’elles soient soient suffisamment porteuses de sens sans avoir besoin du recours à un personnage tout puissant auquel seraient attribués les pouvoirs spirituels nécessaires à établir le socle d’un monde physique. Tolstoï pense que pour donner un sens à la vie, il faut que ce qui est réalisé produise une différence significative et permanent avec ce qui existe déjà et que pour atteindre ce but il faut disposer d’un soi spirituel immortel. D’un autre côté, on peut se poser la question de savoir si l’immortalité est nécessaire et suffisante à assurer une vie pleine de sens ce qui manifestement ne paraît guère vraisemblable. Il se pourrait bien que toute vie immortelle ne conduise à l’ennui et qu’au contraire elle empêche le développement et la maturation des vertus telles que le bénévolat, la justice ou le courage. D’autres encore se demandent si l’esprit constitue un sens et si les circonstances qui donnent naissance au sens sont les mêmes pour tous, ce qui n’est pas forcément le cas si l’on parie sur le fait que le sens est infléchi par la subjectivité de chacun.

Du subjectif à l’objectif

De la subjectivité, il est plus aisé de passer à une vision objective de la vie pour tenter d’en faire une version holistique comme celle qui consiste à proposer un modèle de valeur finale de la vie où il n’y aurait ni parties ni segments de le vie que l’on puisse considérer comme porteurs de sens en eux-mêmes. De là à se tourner vers le nihilisme, il y a un pas que certains ont déjà franchi, ne serait-ce que ceux qui affirment qu’il n’y a pas de règles morales invariantes qui puissent être totalement justifiées dans un monde où tout serait permis alors que d’autres s’accordent à penser qu’une morale universelle liant les gens est nécessaire sinon indispensable pour conférer un sens à la vie. On peut finir par se demander s’il est nécessaire d’adopter un point de vue quelconque pour donner un sens à la vie et s’il n’est pas utile de s’arrêter sur la signification même de la notion de point de vue ce qui laisse le débat largement ouvert à des discussions ultérieures.