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Que fait la SPA ?

Le silence des agneaux

Les généreux donateurs sont-ils trahis ?

vendredi 25 septembre 2009, par Picospin

C’est en ces termes que la nouvelle a été officialisée : « Mauvais point pour la SPA. Selon un rapport présenté lundi 21 septembre par Philippe Séguin, le Président de la Cour des Comptes, la SPA "compromet l’exercice de sa mission de protection animale et trahit la confiance des donateurs".

Une sévère tutelle

En conséquence, la justice a nommé un administrateur de tutelle pour redresser l’association. "C’est la meilleure aide dont puisse bénéficier cette Association. Sa Présidente reconnaît "des dysfonctionnements" notamment au service des dons et legs. La Cour des comptes reproche à la direction des gaspillages financiers liés à des projets de construction, un manque de cohésion de la direction, des frais de collecte de dons élevés et un manque de clarté dans les appels d’offres. "Les dirigeants devraient suspendre la collecte, estime le responsable du « Comité de la charte », un organisme qui certifie la transparence des finances des ONG comme les « Restos du cœur » ou la « Croix Rouge ». Ce qui me frappe, c’est que la SPA a été mise en garde il y a 5 ans déjà. Elle s’était engagée à remédier à ces problèmes mais elle ne l’a pas fait", rappelle-t-il. A deux reprises, ces dernières années, la Cour des comptes a reproché à l’organisation de défense des animaux, vieille de 159 ans, une gestion anormale. Cette année, Philippe Séguin a recommandé aux ministères de tutelle de s’intéresser de plus près à cette vielle association.

Renvoi au pénal ?

Par ailleurs, le ministère de l’Intérieur a signalé au procureur de la République que des faits "susceptibles de recevoir une qualification pénale" auraient pu être commis. "Ce sont des faits isolés qui ont pu donner lieu à des sorties d’argent inacceptables, admet la présidente de la SPA qui aoute qu’il « ne faut pas que cela rejaillisse sur les associations de lutte pour la protection des animaux ». Le rapport épingle l’association non seulement sur le coût du traitement des dons mais aussi sur la gestion obscure des legs. Lorsqu’un donateur verse 100 euros à la SPA, 57 parviennent réellement aux animaux, 43 euros sont consacrés à la recherche de nouveaux dons au lieu des 15 seulement, requis dans les autres associations. Alors que la Cour des comptes avait constaté en 2002 des détournements et mises en garde, les représentants de la SPA ont noté que ces pratiques avaient perduré. La Cour évoque principalement le traitement des legs par un unique commissaire priseur situé quelque part dans le Massif Central et la vente de nombreux biens à un seul acquéreur, ce qui laisse planer le doute sur une attitude préférentielle. L’amateurisme et la négligence du service chargé du traitement des legs ont contribué à laisser en attente une quantité non négligeable de demandes de notaires.

Des largesses bafouées

Les largesses du public ne sont pas employées à hauteur de ce que peuvent espérer les donateurs. Le rapport met en lumière les réserves de l’association qui s’élèvent à 79 millions d’euros, représentant aujourd’hui presque trois ans de dons et legs. Ces réserves, si elles témoignent d’une gestion prudente, sont jugées excessives, compte tenu des besoins immenses des refuges de l’association. La SPA se prendrait-elle pour Picsou qui, plongeant chaque matin dans son tas de pièces d’or, oublie d’en distribuer quelques-unes à ses neveux et petits-neveux légitimes et nécessiteux ? Cinq millions d’euros sur un budget global de 24 millions, représente le modeste montant que la SPA consacre chaque année aux investissements pour venir en aide aux animaux perdus et abandonnés. Cette somme dot être partagée entre les 58 refuges, 12 dispensaires et un centre de stérilisation alors que les conditions d’hébergement, d’hygiène et de sécurité des chats et chiens sont indignes au regard des personnes attachées au bien-être des animaux comme on l’est actuellement à celui des gens. Les rénovations des refuges, quand elles sont décidées, se révèlent très coûteuses, anomalie que la Cour des comptes impute à un défaut d’encadrement des constructions et d’une piètre maîtrise des délais et des coûts.

Un domaine luxueux ?

Ce défaut de gestion est contraire aux réflexions les plus basiques de l’éthique, à l’exemple du refuge de Mougins situé sur la Côte d’Azur, près de Cannes, et qui a déjà coûté 2,5 millions d’euros aux donateurs alors qu’il est très loin d’être achevé puisque le chantier est aujourd’hui à l’agonie à la suite de la mise en règlement judiciaire de l’entreprise chargée des travaux. Une autre enveloppe de 850.000 euros, versés en 2008, a été également octroyée à la même entreprise pour la construction d’un nouveau refuge dans le Val d’Oise alors que le terrain n’était même pas encore acheté ! Pour la Cour des comptes, ces malversations, dysfonctionnements et pratiques à la limite de la légalité sont dus au fonctionnement même de la SPA, particulièrement le manque de contrôle des instances dirigeantes sur la gestion des dons et legs, la mauvaise estimation et le manque de suivi des dépenses, le recours systématique à des prestataires sans procéder à l’appel d’offres obligatoire, l’absence d’autorité de la direction générale, les irrégularités dans le recrutement des cadres qui n’ont pour la plupart ni les compétences ni le parcours professionnel requis pour mener à bien les missions confiées.

Querelles intestines

Enfin, elle souligne le frein majeur au respect des engagements pris par la SPA : les querelles intestines d’un siège plus attaché à détenir le pouvoir qu’à venir en aide aux animaux. Elu pour un an, le président, unique détenteur du pouvoir exécutif, est en effet obligé de se livrer à des alliances ruineuses en énergie pour prendre une décision que son successeur peut annuler. Les exigences morales du conseil d’administration semblent bien faibles, lui qui a réélu en son sein une ancienne présidente qui avait été reconnue coupable d’abus de confiance et condamnée en appel à six mois de prison avec sursis et à 35.000 euros de dommages et intérêts sous prétexte qu’elle n’avait pas fait de mal aux animaux ? Ces arrangements avec la loi et la morale ont conduit cette prestigieuse maison supposée rester au service de la cause animale, devant la cour des Comptes qui n’entend pas se limiter aux observations, critiques et recommandations ci-dessus énumérées car ces défaillances cumulées ont mis la SPA dans une situation particulièrement délicate au regard de l’exercice de sa mission de protection animale comme de la confiance que lui témoignent ses généreux donateurs. A l’égard de ces derniers, si attachés à la cause animale, à une fidélité encore jamais démentie et à un nombre grandissant d’adhérents, la SPA se trouve en complet porte-à-faux.

De généreux donateurs

Elle a intensifié dans les dernières années son effort de collecte, en matière aussi bien de dons que de legs, alors même qu’elle thésaurise des réserves considérables. Sa gestion se traduit par des gaspillages, du fait des coûteuses dérives de ses projets de construction et de rénovation. Le traitement des legs qu’elle reçoit fait l’objet d’un défaut total de contrôle qui a facilité de nouvelles anomalies. En s’abstenant de prendre les mesures nécessaires, ses responsables ont trahi, par leur passivité générale la confiance des testateurs, celle de tous les donateurs et surtout celle des animaux obligatoirement silencieux qui ne sont en mesure de déposer la moindre plainte ni auprès des autorités de tutelle ni auprès des responsables de l’Association mandatés pour assurer une protection physique et mentale des malheureuses bêtes abandonnées sur le chemin de leur existence dépendante et parfois aussi maltraitées que leurs frères humains à peine sortis de l’esclavage.

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