Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Le souci de l’autre

Intérêt pour autrui

Le souci de l’autre

Une autre version du care

jeudi 9 mai 2013, par Picospin

Le souci est une manière particulière d’être au monde, ce fameux DASEIN de Heidegger qui ne se résume pas à une description de simples visions du monde « ordonnées à un idéal fixe de civilisation enfermées dans une hiérarchie des valeurs » mais cherche à saisir par la philosophie la vie dans sa vivacité et à se concentrer sur le monde du soi dans lequel s’offre la concrétion et l’historicité du Da sein dont on doit rendre compte comme expérience continuellement en cours.

Cette dernière est moins une prise de connaissance que l’être en partage vivant devenu préoccupation inquiète qui détermine le soi en permanence. La philosophie doit orienter l’attention vers un souci concret du soi qui est aussi une préoccupation inquiète du soi. Il s’agit là de la simple description des attitudes chez les personnes, des citoyens vivant dans le cadre habituel de leurs activités quotidiennes professionnelles, sociales, sociétales. Ce mode de vie représente une immersion dans le milieu concret, vivant d’une vie assumée, d’une famille construite ou en voie de l’être, dans un réseau relationnel qu’on cherche plus à renforcer et nourrir qu’à détruire. Dans cet éparpillement des tâches, le souci reste le lieu du lien comme l’ont été les préoccupations des premiers chrétiens dont la vie a été placée sous les auspices de l’inquiétude, de l’angoisse et du sentiment d’insécurité. Certaines catégories de gens vivent sous une pression qui s’exerce sous la forme d’une volonté d’échapper à la réalité, de se libérer, pour mettre fin à une inquiétude qui pèse et provoque craintes et tremblements au cours des efforts exercés pour accomplir son propre salut. Cette chape de plombe posée sur le surmoi des lecteurs, des adhérents aux écrits bibliques incite trop souvent à la fuite, ce qui se réalise de nos jours par des départs incessants, récurrents, compulsifs en vacances, au risque de se faire dévorer par les requins en quête de proies, au large des côtes infestées les plus chaudes en général et ce celles de la Réunion, en particulier. Le souci peut devenir oubli. Il prend alors la forme d’une écoute attentive aux écrits des Testaments qui recommandent de ne pas nous inquiéter, de ne pas nous appesantir sur notre propre souci de ne pas pouvoir nous procurer notre propre sécurité, ni même de savoir comment assurer notre futur. Le souci se présente sous la double face de l’accomplissement de nos propres possibilités et de celle de nos préoccupations mondaines les plus secrètes. C’est alors la fuite éperdue sur les routes d’un bonheur toujours recherché et jamais trouvé, le refuge dans l’irréalité, le détail, le secondaire plus que le principal et la recherche agitée de la dispersion, elle-même ouverture à la tentation, cette forme de résistance à tout ce qui est objet de tentation. Celle-ci est crainte pure, déchirement de l’âme qui permet de se ressaisir par un souci authentique de soi, animé par l’angoisse d’être précipité dans la chute et celle de savoir maintenir la décision de s’en préserver, faute de quoi on risque la perte de soi qui n’est plus soutenu, dans sa course sans frein vers une retenue encore capable de dégager la moindre importance aux yeux du monde. C’est cette frayeur qui exhorte à la vigilance et le souci de la connaissance de soi-même et la dénonciation de toutes les formes d’oubli et de fuite, face à soi-même qui dispersent notre unité sur tant d’être et de choses, comme le dit St Augustin dans ses Confessions et le réalise la multitude éparpillée sur les routes encombrées des vacances parfois utiles, souvent superflues. Est-il possible de modérer cette ardeur excessive par la mise en jeu d’une suspension temporaire du Dasein lorsqu’il implique l’abandon de la théorie traditionnelle de l’auto-conscience, conçue comme un savoir de soi-même de type réflexif, obtenu le repliement de l’âme du sujet sur soi-même.

Messages