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Le temps a besoin de soins palliatifs

mardi 21 mai 2013, par Picospin

La question se pose si l’on considère celui, météorologique, exécrable qui recouvre l’ouest de l’Europe et particulièrement la France du nord jusqu’à la côte d’Azur et celui, professionnel, de la « vita activa » comme l’appelle Hannah Arendt et qui caractérise l’homme social.

Calendrier Grégorien

En France, le calendrier grégorien est suivi au pied de la lettre pour éviter tout risque de perdre une des quelques heures qui le décalent de ses prédécesseurs julien ou très provisoirement révolutionnaires. Le citoyen issu de la république se précipite sur les routes, pénètre dans les gares et les aéroports pour trouver la chaleur et la lumière d’un soleil qui se cache, privant ainsi la société de la jouissance des énormes trous, pont et viaducs qui découpent le mois de mai en autant de tranches que de jours fériés disponibles provenant aussi bien de la laïcité instaurée par la révolution Française que de références à la vie du Christianisme. L’une et l’autre s’additionnant sans s’éliminer, il en ressort une soif de jouissance de soi, une nécessité quasi biologique de se plonger dans les eaux de la mer, des rivières et des lacs, voire des piscines même – et surtout quand elles sont vides, sans doute à titre symbolique - de brûler les peaux aux rayons ultra-violets qui heureusement dardent moins que d’habitude ce qui réduit les honoraires des dermatologues et les recettes des restaurateurs. Moins de soins, c’est aussi un bénéfice pour la couverture de santé qui peut rétablir son bilan à la faveur des nuages qui protègent à peine les visages ridés, moins creusés que précédemment. Il paraît qu’il faut aussi soigner les policiers qui ne supportent plus de ramasser blessés et cadavres, de soulager les misères et la pauvreté et de courir derrière les évadés des prisons.

Cellules de crise

Il faut, pour chaque accident de la vie, une cellule de crise pour se pencher sur les bobos de chacun, un établissement de convalescence pour cicatriser les plaies physiques et morales, celles ouvertes par les émotions ou les joies, les peines et soucis, les séparations et les retrouvailles. Derrière chaque médecin, il s’agit de placer un soutien psychologique pour l’aider à supporter la maladie et la mort des autres, de ses patients, faute de quoi la responsabilité pèsera d’un poids toujours accru et la culpabilité devra être transportée à dos de chameau pour traverser les trop longs parcours désertifiés par l’absence d’êtres humains à l’affût de secours, d’aide et de purification par quelque eau du Jourdain qui, cette fois, ou une fois n’est pas coutume, ne serait pas détournée de son cours pour irriguer les plantations des voisins.

Replis

Il faut surtout se replier sur soi-même, ne pas entendre ni apprendre la langue, les langues des autres pour ne pas succomber à la tentation de vouloir la connaître avant de l’adopter, de perdre la sienne même s’il n’en reste que des débris irrécupérables, hypothèse fort justifiée si l’on entend des borborygmes indistincts, des sons à peine échappés de lèvres immobiles, que l’on identifie sur support électronique la langue à peine phonétique de la communication esquissée à partir de rodéos en métro, de sauts et sautillements à la Michael Jackson qui n’est – heureusement pour lui – plus là pour en évaluer les pâles copies.

Accoucher sous cellule de crise ?

Faut-il aussi des cellules de crise pour chaque accouchement ressenti, pour chaque mort insupportable puisque tel est le ressenti des séparations définitives ? Faut-il se résigner à ne pas naitre pour ne pas avoir à mourir ? C’est la conclusion à laquelle je suis parvenu au moment où je réalisais que chaque mourant assisté a besoin d’un médecin « palliatif » lequel requiert l’assistance, le soutien, le réconfort d’un autre soi-même pour faire traverser le Styx. Le célèbre astronome Johannes Kepler ne disait-il pas que les protestants préféraient être en désaccord avec le soleil que d’être d’accord avec le pape, en référence à leur rejet de la réforme du calendrier. Continueront-ils à s’élancer sur les routes des vacances grégoriennes avec les catholiques ? Voilà une question qui mérite d’être posée à la veille des multiples projets de réforme du calendrier scolaire ?