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Le temps

Son sens

mardi 26 février 2013, par Picospin

Nous abordons ici le désir d’immortalité dans la mesure où persévérer dans son être est une tendance originaire de tout être vivant, une sorte d’absolu pour échapper à la cessation de la vie, à la perspective du mourir, à la privation du monde et à la perspective du néant définitif.

Privilèges

Pourtant, les organismes vivants seraient privilégiés, qui résistent à la destruction par le temps, tendent à l’auto conservation et à la reproduction des espèces grâce à l’échange énergétique avec le milieu et à la résistance, la résilience, à l’augmentation du désordre résultant des pertes d’énergie, de l’entropie, de la quantité de désordre, jusqu’à l’entrée dans le vieillissement, avant coureur du retour à la matière après la mort de l’organisme. La conscience est là qui vit une disproportion permanente entre la puissance de son imaginaire et la certitude de l’arrêt biologique, à la fois maitresse de l’irréversible par le souvenir et se heurtant à la finitude dans un corps périssable. Est-il heureux que la mémoire soit là, à disposition du rappel des souvenirs de la lecture des enregistrements des informations, instrument et technique qui instaure la continuité dans l’existence par sa capacité à lier le passé au futur ?

Le secours de la mémoire

La mémoire est appelée au secours de la création, de la créativité, du souvenir des beaux et des mauvais jours de la vie, à la fois instrument de reconnaissance, d’accumulation et d‘anticipation du passé, et d’acte vital opposé à la rigidité de l’habitude, mais aussi capable de fixer, de figer la conscience par une hypertrophie des capacités mnémoniques capables de tourner en rond, de répéter inlassablement et de faire patiner les réseaux de la psyché, de la spiritualité dans une glissade sans fin, proche du sur-place des automobilistes pris dans une tourmente de neige.

Changement

Qu’est-ce que l’appel au changement dans les campagnes électorales, où la campagne ressemble à beaucoup d’autres. Il y a un contraste entre le slogan et l’image qui sont deux signaux contraires. Le costume bleu sur l’affiche rassure, car il se présente comme le sourire énigmatique de la mère à son enfant, mais rien de changera, car c’est un thème récurrent, entendu comme une rupture avec les choses qui vont évoluer, le changement a-t-il jamais cessé ? Pour que quelque chose change, il faut que quelque chose demeure, à titre de référence, quand maintenir les institutions, quand les changer, quoi de plus changeant que la mer, il appelle au changement et nous donne à voir, sur fond de ce qui demeure, le changement qui n’est perceptible que quand on a un référent immuable, ce à quoi renvoie un signe linguistique qui interpelle quand il signale que « je prends acte que vous changez tout le temps », on change tout le temps, je change mais je dois rester le même pour pouvoir être identifié, avec le substrat et la substance, je change mais je dois tout le temps rester le même, garder un support qui doit rester le même, le substrat qui supporte des accidents qui se suivent, comme le code génétique, car l’ADN ne change pas, en tant qu’élément immuable.

Penser le changement

« Il faut penser le changement », comme le dit Jankélévitch, l’être n’a pas d’autre façon de devoir penser le changement pour qu’il puisse percer ce qui ne change pas. La seule chose immuable c’est de ne jamais demeurer, de toujours garder un support identique à lui-même qui voit défiler une succession d’accidents, et de rester « intouché » de la part du temps des éléments infra temporels qui fait que l’on manque le changement.

Baiser du brontosaure

Le baiser du brontosaure, en forêt de Fontainebleau quand l’arbre a poussé au mauvais moment, contraint de s’adapter à la forme du rocher, avec ses deux vitesses d’exécution, le temps plus court des arbres, et la substance qui est inaltérable, c’est sa métaphore, c’est échapper à la puissance corrosive, à deux vitesses d’exécution, le temps plus court des arbres, une substance inaltérable de la substance. Rien n’échappe à la puissance corrosive du temps, les pyramides, le rocher qui a une forme, qui ressemble à un brontosaure, les rochers sont là depuis 35 millions d’années, l’arbre a été obligé d’épouser la forme du rocher, il y a le temps géologique infini et le temps plus court des arbres qui n’est pas visible à l’œil nu. Comme le dit Montaigne, « la constance n’est qu’un branle », comment le rocher peut-il avoir une forme, avec sa temporalité, il a une histoire dont la vitesse de défilement ou de déroulement est différente de sa vitesse par rapport à nous car l’homme qui marche parait immobile à celui qui court. Certaines choses ne changent pas car notre regard est pauvre car on ne le voit pas changer, il est orienté vers l’utile, comme le pense Bergson. Un regard désintéressé, plus attentif aux mutations, un temps qu’on mesure n’est pas le temps véritable. Les alpinistes et les peintres aiment y aller, aux points d’ancrage, apprécié des pré-impressionnistes.

Le temps des horloges

Capables de relever des temporalités différentes, comme le fait l’horloge, nous les mettons au même pas, plus attentifs aux mutations, car le temps spatial est le même pour tous, alors que l’horloge règle tout au même pas, nous les mettons au même temps, au rythme de l’horloge, les livres sont en train de disparaître, le lieu va revenir tel qu’il était auparavant. Avoir été, comme le dit Canguilhem, nous sommes dans une temporalité accidentelle, il restera quelque chose de l’avoir été, « aucune guérison n’est un retour à l’innocence biologique ». Le caractère cyclique du temps est-il irréversible, quand on est blessé on garde une cicatrice, on a accéléré le rythme des saisons, les ombres s’épaississent, caractère cyclique et irréversible du temps, sont-ils contradictoires ? Ces images obéissent au mouvement de la caméra et à l’accéléré, on a accéléré le rythme des saisons, ces images n’obéissent pas à leur propre rythme, on confisque le mouvement propre pour en faire un seul mouvement abstrait, universel, alors qu’il s’agit de restituer le devenir évolutif, les arbres qui deviennent verdoyants, par un changement de qualité, un devenir évolutif, expansif, l’action, sans la poussée vitale, comment les verrions-nous s’ils n’étaient pas aplanis.

Homogénéisation

On homogénéise les devenirs, le cultivateur ne sait pas quand les choses changent mais il y voit son intérêt quand il sait quand les cueillir. Et voici le portrait de Dorian Grey, elle fait sa prière, le portrait est altéré, il s’agit du même homme, le changement est tel, tous les temps ne se valent pas, surtout pas celui de la vieillesse d’un homme sorti des mains de la création qui ne cesse de dépérir, lui reste, son corps reste jeune, mais son âme vieillit avec les noirceurs du péché.

Vieillesse

La vieillesse est une noblesse, la mémoire acquiert de l’expérience, avec Péguy, c’est pire que le péché, il y a pire que l’âme perverse, c’est une âme endurcie, ce qui est immuable vieillit au même rythme que le corps, l’âme dépérit, l’âme et le corps ont un même destin, induré, le bois subit une induration, la durée est un endurcissement, une capacité amoindrie de s’adapter au changement, car il est vrai que le changement finit mal. « Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait, » pire que le péché, c’est le vieillissement, l’âme habituée, vieille, est pire que l’âme perverse. Pire que le péché, est le vieillissement, avec une âme vieille, « habituée ». Ce qui fait notre identité n’est pas immuable, l’âme dépérit, la durée c’est l’induration le bois vert est du bois ce qui est immuable l’est pas et vieillit à la même vitesse que le corps, la durée c’est le bois vert qui finit par devenir du bois mort. La vie avance et les possibilités l’âme n’est pas immuable, l’esprit ne demeure pas quand le corps change, la durée est une création mais aussi un endurcissement, une capacité amoindrie de s’adapter au changement. Tout va changer …rien ne changera…Devant cette aporie, quelles sont les solutions offertes ?

Tentatives de percées

Tenter des percées vers l’immortalité, par actions héroïques pour fixer la mémoire d’une civilisation, une mémoire historique en espérant une autre vie meilleure et plus juste, par la contemplation philosophique des vérités éternelles, de la mémoire culturelle d’une civilisation, des inscriptions funéraires, transmission des grandes épopées, de l’amour des beaux corps, des belles œuvres, et pourquoi pas, recherche de l’immortalité offerte par les religions pour une survie individuelle capable de donner un sens à la mort. A moins de se réfugier dans l’oubli ou le pardon, d’abandonner la chasse aux traces mnésiques quand survient le dysfonctionnement de la mémoire, dont on ne sait s’il est capable de persistance, de rémanence, de reviviscence, de durée. A moins que ne survienne l’accident qui tronque la vie, qui coupe les ponts, envahit les réseaux et exclut le vivant du royaume des vivants sans le faire entrer dans celui des morts.

La tristesse de l’expérience

Une triste expérience contre la survenue de laquelle se battent avec le dernier acharnement les pharmacologues, les aidants du « care », les soignants de la fin de vie, acharnés à l’accomplissement scrupuleux des petits gestes qui redonnent sens aux bribes de vie, à défaut de pouvoir en rétablir la continuité et de lui conférer perception, discernement, signification, voire d’en argumenter la logique.

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