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Pourquoi travailler ?

Le travail est-il indispensable à l’équilibre mental et physique de l’homme ?

Pourquoi ne pas se reposer ?

jeudi 7 octobre 2010, par Picospin

Il conviendrait alors de revenir à un véritable travail, un travail qui n’aliène pas l’homme et qui garde sa fonction d’hominisation et de spiritualisation. Actuellement, le mot « travail » est trop utilisé ou peut-être l’est-il à mauvais escient ? L’ouvrier, le cadre, mais aussi l’enfant à l’école, le peintre devant sa toile, le bois travaillent. Ce large éventail de définitions illustre la conception développée par Musset qui assimilait le travail à la vie.

Une inflation

Cette inflation de concepts témoigne de l’ampleur du phénomène « travail » en tant qu’activité dans la société actuelle. Cette extension n’altère-t-elle pas l’essence même du travail en le banalisant s’il est vrai qu’il renvoie encore à quelque chose de précis ? Dans les sociétés contemporaines industrialisées, le travail est devenu l’activité et la catégorie primordiale, car il est entré au cœur de l’organisation de la société. Il permet aux individus d’atteindre des objectifs, d’apprendre à vivre en collectivité, d’être reconnu, de se sentir utile. Le travail - et notamment le travail intellectuel - est inhérent à l’homme raisonnable, rationnel et créateur, toutes caractéristiques qui font de cette catégorie d’activité la valeur cardinale des sociétés. Le travail est régi par l’efficacité, ce qui a pour conséquence pour l’individu une érosion de son autonomie et un souci de productivité entraînant une inéluctable réduction des besoins en travailleurs. C’est pour ces raisons qu’un « desserrement de la contrainte travail » sous forme d’une réduction de sa place dans nos vies, est souhaitée à partir de la construction d’une société basée sur le « service » afin d’estomper la différence entre le travail et le non travail.

Emploi à plein temps

Le fonctionnement « normal » de nos sociétés « l’emploi à plein temps pour tous » est remis en cause par la diminution et la raréfaction des fragments de temps consacrés au travail. Il est vrai que l’évolution de la place du travail dans la vie humaine ne cesse de diminuer de 70 heures en 1900 à 35 heures en 1998. Si on peut penser que cette évolution se poursuivra, verrons-nous la fin du travail dans un avenir relativement proche ? La fin du travail, (Jeremy Rikfin, 1995) annonce que : « Jamais l’économie occidentale ne créera suffisamment d’emplois pour équilibrer les réductions d’effectifs entraînées par la révolution de l’information ». Certes, atteindre le plein emploi est impossible. Mais peut-on pour autant parler de la fin du travail, dans une société toute entière fondée sur cette notion ? Est-il possible qu’un jour le travail disparaisse totalement de notre horizon ? Le travail rythme notre temps personnel grâce à la séparation dans la journée entre le temps de travail et de non-travail et collectif avec les départs en vacances d’été ou d’hiver relayés par les médias. Les individus se définissent plus par leur profession que par leur affiliation. Les normes de la vie courante, comme le respect des règles et de la hiérarchie sont inculquées par les obligations professionnelles.

Solidarité

La communauté du travail, fondée sur la solidarité que crée sa division, plus importante que le groupe familial qui lui est parallèle. L’univers du travail modèle la famille notamment par l’homogamie, - si souvent interpellée actuellement - la transmission du métier aux enfants. Le travail reste un des facteurs majeurs de la réalisation de soi et le fondement principal du lien social. Au cœur de l’activité humaine dans les sociétés industrielles modernes, il est une des principales préoccupations contemporaines. Pour Weber, la société devient une sorte d’entreprise à partir de laquelle il faut réinventer la politique. Il est apparu que le XXème siècle ne disposait pas d’une théorie politique capable de la fonder en raison des interventions de la société sur elle même. Face à cette situation, Pascal réagit par la peur d’un monde sans dieu tandis que Descartes souligne que cette nouvelle vision va permettre à l’homme de se rendre maître de la nature grâce à l’arme avec laquelle l’homme prend possession travail. Par ce dernier, l’homme aménage son existence en même temps qu’il la rend plus douce. Avec l’effondrement du principe de droit divin, le problème majeur consistera à trouver les règles de coexistence de ceux qui se reconnaissent et se revendiquent désormais comme des individus.

Temps libre : pour quoi faire ?

Cependant ses résultats concrets restent controversés : des études récentes montrent que, pour l’instant, les personnes qui bénéficient d’une durée de travail plus courte à la suite de la mise en place des 35 heures, utilisent leur temps libre à des fins privées (télévision, temps consacré aux enfants) et non pas à des fins sociales ou politiques comme le souhaiteraient les partisans de la réduction du temps de travail. L’approche libérale rejette la réduction uniforme du temps de travail et privilégie une flexibilité qui reste mal acceptée par la société française ou lui est mal adaptée. La qualité du milieu social, fait du réseau familial et amical entourant l’individu joue de ce fait un rôle accru, ce qui rend l’embauche plus difficile pour tous les candidats défavorisés. La solidarité développée par le travail, elle-même, est-elle menacée ? Ce monde, marqué par des rencontres quotidiennes sur le lieu de travail, des discussions au café, les luttes communes, vole en éclat avec la tertiarisation, l’isolement des ouvriers à leur poste de travail et l’affaiblissement des syndicats.

Contraintes du travail

Est-il raisonnable de proposer dans ces conditions un « desserrement de la contrainte travail » sous forme d’une réduction de sa place dans nos vies, grâce à la construction d’une société basée sur le « service » afin que se réduise la distance entre travail et non travail. Devant les menaces qui pèsent sur la pérennisation du travail dans les conditions où il est appliqué actuellement, la société ne doit-elle pas réfléchir plus assidûment aux conditions, règles d’application et circonstances par lesquelles il importe de pourvoir à son remplacement sinon à sa succession. Ces réflexions ne sont sans doute pas inutiles à l’heure où les conditions et les modalités de la retraite sont ardemment discutées moins pour des motifs d’ordre sociologique que financier.

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