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Le travail sous l’éclairage de la lune

lundi 19 août 2013, par Picospin

Or c’est au cours de cette période de temps que la maladie fait parler d’elle, qu’elle déclenche angoisse et tristesse, suscite interrogations et peurs irraisonnées. Calmer cette agitation, apaiser ces frayeurs nocturnes, ces cauchemars, cette panique est du ressort des médecins de garde.

Profitent-ils de cette situation si inconfortable pour les malades et si confortable pour eux du côté pécuniaire pour exiger des employeurs des sommes hors de proportion avec la qualité et la quantité des services rendus ? Cette question fait débat auprès des juridictions administratives qui voient avec une certaine angoisse leur budget fondre au soleil sous la pression des sommes pharamineuses à verser aux rares prétendants à la garde de nuit, en réalité de 24 heures à laquelle s’astreignent les volontaires assez motivés pour accepter de se mettre à la disposition des directions hospitalières publiques et privées désireuses de combler le vide tragique en effectifs de soignants auquel elles sont confrontées toute l’année en générale et pendant les périodes sensibles des vacances en particulier. La demande excédant l’offre, ou l’inverse si vous préférez, les sommes exigées par les candidats aux gardes de nuit et de jours fériés ne cessent d’augmenter à mesure que se précise le besoin de combler la vide abyssal des soignants assez motivés pour accepter de passer des nuits et des jours au sein de l’institution hospitalière pendant que leurs collègues passent du « bon temps » dans les boites de nuit ou dans d’autres activités sportives, ludiques, voire artistiques propres à satisfaire l’ego, la jouissance, le bien-être et éviter la confrontation avec la souffrance de l’autre d’autant plus difficile et pénible à supporter qu’elle se rapproche du regard et de la proximité du soignant. L’annonce est classique : face aux problèmes de recrutement, et particulièrement l’été, les hôpitaux ont pris l’habitude de faire appel à des intérimaires. Certains disent " mercenaires ", parce qu’ils font monter les enchères. Le sujet est tabou, les pratiques irrégulières, mais la boîte de Pandore pourrait s’ouvrir. " J’ai dû payer des intérims de pédiatrie à 3 000 euros les vingt-quatre heures ", a témoigné celui de l’hôpital de Vienne sur le blog du député. En juillet, les auditions ont commencé avec les agences d’intérim et les syndicats de médecins hospitaliers, pour comprendre comment " ce marché complexe fonctionne ", et " combien ça coûte en plus aux hôpitaux ". " Passer par l’intérim, cela peut être un bon moyen pour remplacer un arrêt maladie. Mais, ce qui est inquiétant, c’est que des services ne tiennent que par ça, et que cela entraîne une concurrence entre hôpitaux pour attirer des médecins. On assiste à des démissions de praticiens, parce qu’en dix jours d’intérim, ils gagnent autant qu’en un mois dans leur hôpital. Pour les périodes courtes, l’intérim permet de boucher les trous, surtout en anesthésie-réanimation et aux urgences. " De 1 300 à 1 400 euros les vingt-quatre heures incluant la garde, cela fait un smic mensuel, c’est énorme ". Les médecins passent par des agences ou négocient directement avec les établissements. Ce sont des étrangers, des professionnels proches de la retraite qui veulent accroître leurs revenus ou en finir avec les lourdeurs de l’hôpital, ou de jeunes diplômés qu’un premier CDI à 3 000 euros par mois ne satisfait pas. Certains exercent ainsi à part entière. Tout le monde le sait, il y a aussi des titulaires qui font des " ménages " sur leur temps de repos, une pratique interdite pour des raisons de sécurité. Les petits arrangements proposés pour attirer les praticiens sont multiples : les contrats sont basés sur un nombre de gardes maximal, des heures fictives sont rémunérées, etc. Jusque-là, le silence régnait, parce que " c’est honteux pour un hôpital d’avouer qu’on a des postes vacants, et risqué de dire qu’on bricole avec la réglementation. Personne n’ose néanmoins évoquer des mesures contraignant les médecins à travailler là où les besoins sont les plus criants. Le ministère réfléchit à des incitations financières destinées aux jeunes. Déjà, des postes mieux payés ont été créés, comme ceux de cliniciens hospitaliers. Quelle est la situation dans d’autres pays ? Question rarement posée en France où les problèmes graves cessent de se poser aux frontières de l’hexagone. Aux États-Unis ces types de garde, celles en particulier consacrées à l’imagerie médicale et à ses techniques variées comme l’IRM, sont très bien rémunérées, en particulier pour la catégorie de ce que l’on appelle les « moonlighters » ou travail d’appoint au noir dont certains bénéficient de l’avantage de vivre dans des pays étrangers, hors des Etats-Unis où ils reçoivent les documents d’imagerie, les lisent et les interprètent avec des émoluments confortables, proches de ceux qu’ils recevraient en travaillant sur place auprès des malades dont ils regardent les « photographies ». Comme dans leur pays d’origine, ils reçoivent une rémunération moins globale qu’au cas par cas, leurs revenus grimpent à vive allure, autre manière sans doute de rembourser rapidement les emprunts réalisés au cours des couteuses études de médecine en Amérique. Il est temps que les autorités administratives, médicales, morales se penchent sur cette question pour lui trouver une réponse rationnelle, éthique et technique compatible avec le bon fonctionnement des hôpitaux.

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