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Où est-il ?

Le volcan qui parle

De la Calabre à la Californie

mardi 30 décembre 2008, par Picospin

Les cloches se mirent à sonner la semaine auparavant à la fin d’un Dimanche qui avait été particulièrement froid dans toute l’Italie, même celle du sud au point que les visites traditionnelles aux amis et à la famille, aux parents n’eurent pas lieu. De toute façon, mon grand-père ne se serait pas aventuré dehors car cette nuit-là il s’apprêtait à accueillir une autre parente pour tenir compagnie au petit Laurent. Mon grand-père était installé dans un petit village de Calabre tout près de Messine.

Son enfance était idyllique avec un environnement agréable où l’on découvrait, tout près une mer propice aux jeux et à côté le Mont Etna qui s’élevait de façon fantastique au-dessus des eaux bleu noires. En ce matin de fin décembre, le village de Pellaro sentait fort les parfums de cette époque de l’année au moment où on récoltait la bergamote, le citron qui était l’ingrédient le plus important des eaux de Cologne et qui avait le privilège de croître sur cette bande de terre si étroite de côte calabraise. Laurent s’était réveillé très tôt avant l’aube non pas parce que le réveil avait sonné mais parce qu’il entendit des roulements de tambour venant de la terre suivis par des craquements qu’on qualifie toujours de sinistres. Vivant dans une zone à risques, frappée tout récemment par un tremblement de terre, les gens se rendirent compte immédiatement de ce qui les attendait. Au cours des évènements sismiques, la majorité des décès sont dus à l’effondrement des maisons sur la population, un destin qui n’a guère frappé beaucoup d’habitants de ce village dont la densité des constructions était plutôt faible. Les gens se rassemblèrent autour des point d’eau parce qu’ils pensaient que c’était l’endroit le plus sûr mais cette prévision fut rapidement démentie quand on s’aperçut brusquement que la mer commença à se retirer. Les bateaux à quai commencèrent à toucher le fond. Il y avait deux mots pour en italien pour décrire ce qui se passait : l’un était italien et s’appelait maremoto c’est-à-dire la mer en mouvement et l’autre provenait du mot japonais le tsunami. Il ne restait plus de temps pour suivre les mouvements de la mer mais quelqu’un se mit à pousser mon grand-père au sommet d’un olivier avec son petit frère. La rumeur de l’eau était assourdissante, la marée se mit à dépasser une hauteur de 40 pieds et malgré le combat que livra le petit Laurent l’impact de la force de l’eau finit par se casser sur Joseph. Personne ne saura jamais combien de temps mon grand-père parcourut la côte ainsi détruite, appelant sans arrêt les noms de son frère et des membres de sa famille. Tout le paysage au-dessous de son voisinage fut détruit et se répandit dans la mer. L’église de la Madone était ouverte aux cieux et une faille dans la terre révéla d’anciennes tombes gréco-romaines encore intactes. Pendant ce temps, Messine, une des plus anciennes cités d’Europe avait été annihilée. Il y eut plus de 500.000 morts. Une civilisation fut anéantie en moins de quelques minutes. S’avançant en rampant, les premiers pilleurs arrivèrent pour couper des doigts aux cadavres plutôt que d’essayer de retirer les bijoux et les bagues des doigts. La radio cessa d’émettre et le silence qui s’ensuivit fit croire aux survivants qu’ils restaient les dernières personnes encore en vie dans la région. Ce désastre avait été pendant longtemps considéré comme étant le plus important de l’histoire européenne, dépassé seulement en importance par le tsunami survenu en 2004 dans l’océan Indien au cours duquel près de 100.000 personnes périrent. La réaction du gouvernement italien de l’époque fait ressentir par comparaison les secours organisés à la Nouvelle Orléans comme un modèle d’organisation. Les horribles cabanes montées pour servir d’abris temporaires servirent encore de maison pendant une trentaine d’années. Mon grand-père a été évacué auprès de parents calabrais avant de s’embarquer pour l’Amérique pour y chercher une vie meilleure. Grand-père qui mourut en 1990 a toujours prétendu qu’il était né sous une bonne étoile ce qui devait être le signe d’une génération plus stoïque que la nôtre. En réalité c’était loin d’être le cas. Si des gens devinrent fous de douleur quelques survivants se tirèrent sans dommage de cette expérience en ayant pleine conscience du fait qu’ils avaient contemplé l’apocalypse de face et trouvèrent les ressources suffisantes pour traverser cette épreuve. Après le franchissement de cet obstacle, ils étaient armés pour endurer toutes les misères y compris le fait d’arriver en Amérique sans un sou, encore moins d’Anglais et avec la mission d’élever 8 enfants pendant la grande Dépression et une guerre contre leur ancienne patrie. L’étoile de mon grand-père n’était elle pas la mienne, celle de mes frères et cousins.