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Leçon de morale à l’heure des expulsions et des constructions politiques

mercredi 16 juillet 2014, par Picospin

D’autres pensent que pour faire avancer un monde en désarroi dans lequel les assauts et conflits l’emportent de loin sur le calme et la sérénité, il faut établir le bilan des besoins en morale qui nous feraient défaut. Une morale qui soit une source de raisons d’agir, qui tienne compte de la diversité des cultures, qui ne méconnaisse pas non plus la force des passions et des intérêts.

Morale contre menaces

Une morale qui permette de répondre aux menaces nouvelles. Celles-ci ont trait à des formes exacerbées de violence, à une disparité jamais vue entre les puissances et les richesses, à la force des passions identitaires et à la détérioration progressive des conditions de la vie humaine sur la planète. Regardez le documentaire présenté hier soir sur Arte à propos des étrangers dont on ne veut plus dans la Confédération dite helvétique, au point de les renvoyer dans leur lointaine Afrique qui, elle non plus ne veut pas de ses anciens habitants partis au loin dans la vieille Europe chercher une fortune qui ne s’y trouve pas nécessairement. D’où le malheur qui se lit sur les visages des émigrés qu’on entoure d’un paternalisme désuet et hors de propos pour les inciter, les inviter à monter dans un avion menottes aux poignets qui doit les ramener, seuls et sans famille sur les lieux de leur naissance mais plus de leur vie et de la construction ou de la reconstruction des projets qu’ils sont censés élaborer pour donner un sens à leur existence déjà prolongée par la perspective de la descendance à laquelle ils doivent se consacrer.

Des valeurs

Est-ce que ce sont pour autant des valeurs si dès leur mise en exergue, elles sont contestables et contestées en raison de l’impossibilité de leur trouver un des fondements incontestables pour l’’excellente raison qu’il est impossible d’empêcher leur contestation. Mais un tel échec ne doit pas amener à douter de l’existence de ces valeurs. Car plusieurs raisons philosophiques fortes plaident en leur faveur. Ces valeurs individuelles se rattachent aux capacités d’agir des êtres humains, ainsi qu’aux conditions politiques, sociales, économiques de leur exercice concret. Ce sont la dignité de la personne et des formes de vie humaines, le respect des droits que les hommes possèdent en tant qu’ils sont des êtres humains, la possibilité d’accéder à un développement minimal qui permette l’épanouissement de l’individu et la sauvegarde des conditions d’un choix. La capacité à exercer de tels droits requiert des moyens matériels d’existence et un minimum d’éducation.

Besoin de justice ?

Mais aussi et surtout la justice dont il est de plus en plus difficile de fournir une définition acceptable tant il est vrai que les écarts entre un monde juste et injuste ne cessent de s’amplifier entre ceux qui ont les moyens de s’abriter dans le confort – sans doute illusoire – de la paix et du bienêtre et ceux qui doivent protéger leur vie des menaces de mort sous forme de bombes, de terreur et de privation des moyens minimaux d’existence, de nourriture ou d’eau. Ces moyens ne suffisent pas à élaborer une vie digne d’être vécue au contact des autres sous l’égide – indispensable ? – de la sensibilité morale qui peut aider la compréhension et accroître l’intelligibilité du monde. Cette appréhension du monde se situe aux confins de la saisie des émotions, de leur signifié et du rôle qu’elles jouent dans l’évaluation d’une situation dont les composantes incluent souffrances, humiliations et violations de droits ce qui implique la capacité de comprendre ce que signifie pour un être humain que d’être battu et humilié.

Des émotions

Les émotions morales les plus constantes que suscite l’état du monde sont les émotions d’indignation ou d’injustice. Elles se réfèrent à une situation tristement commune, qui est devenue un archétype du malheur humain. C’est le plus souvent le malheur d’un peuple ou d’un groupe, pris au piège, sans recours, privé d’espoir, qui subit l’oppression, rarement en raison de ce qu’il a fait, mais surtout en raison de ce qu’il est ou de l’endroit où il se trouve. Notre orientation morale vers le monde se traduit encore par un postulat très général relatif à l’unité de l’humanité. Depuis le stoïcisme ancien, et plus encore à l’époque médiévale, sous l’influence du christianisme, l’idée d’une unité du genre humain fut l’expression la plus naturelle d’un souci moral à l’égard du monde. Cette idée est devenue aujourd’hui une banalité.

Humanité : un référent ?

L’humanité a été intronisée comme le référent unanimement accepté d’un ensemble de lois et de normes. Elle a pris le statut d’un sujet juridique, permettant d’apprécier la moralité des actions. Combien d’actions horribles perpétrées dans le monde suscitent pour première réaction une réaction de protestation d’autant plus large que la diffusion de cette révolte contre l’inacceptable se répand dans toutes les couches des sociétés avec la vitesse permise actuellement par les technologies utilisées par les médias. Dans ce domaine sont-ils bénéfiques ou malfaisants reste une question à soumettre à la méditation encore plus qu’à la réflexion.