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Quel avenir pour l’Amérique ?

Leçons d’une élection en demi teinte

Légitimité d’un Président pas comme les autres

dimanche 7 novembre 2010, par Picospin

Les républicains sont désormais en majorité à la Chambre des représentants, après avoir ravi 60 sièges à leurs adversaires. Les démocrates conservent la majorité au Sénat. La victoire républicaine surpasse celle de 1994, au milieu du premier mandat de Bill Clinton ce qui représente le plus important transfert de sièges d’un parti vers l’autre depuis 1948. Le nouveau Congrès entrera en fonction en janvier. D’ici là, les parlementaires sortants continueront à siéger, au cours d’une session appelée lame duck (« canard boiteux »), au cours de laquelle la majorité battue aux élections peut encore intervenir sur certaines réformes.

Transition

Les démocrates peuvent encore profiter de cette période transitoire pour valider le projet de lutte contre le réchauffement climatique et le nouveau traité de désarmement avec la Russie. Lorsque la majorité républicaine sera en fonction, Barack Obama disposera d’un veto présidentiel pour bloquer les textes votés par l’opposition. Barack Obama s’est dit « attristé » par la défaite de son parti. « J’assume la responsabilité de l’échec » a-t-il affirmé, ajoutant qu’il avait l’intention d’engager une conversation avec l’opposition » pour « trouver un terrain d’entente, faire avancer le pays et accomplir des tâches pour la population américaine ». Les républicains ont assuré que leur parti avait l’intention de construire un gouvernement plus petit, moins coûteux et plus responsable » pour les deux ans à venir. « Si nous sommes à l’écoute du peuple américain, je ne vois aucun problème à intégrer des membres du Tea Party à notre parti, car notre but est sensiblement le même » a-t-il précisé. Le Tea Party est un mouvement politique contestataire, hétéroclite et populaire aux États-Unis, qui s’oppose à l’Etat fédéral et à ses impôts. Il émerge au début de la présidence Obama, dans le contexte de la crise économique de 2008-2010, elle-même liée à la crise financière. Le mouvement critique notamment les dépenses gouvernementales faites sous l’administration Obama, celles qui soutiennent le système financier et la relance économique et celles qui fondent une protection sociale commune au niveau fédéral. Réclamant une restauration de l’esprit fondateur du pays, le Tea Party emprunte à ce titre l’imagerie de la guerre d’indépendance et son nom fait référence à la Tea Party de Boston, un événement historique qui a marqué les débuts de la Révolution américaine contre la monarchie britannique au XVIIIe siècle. Le premier terrain de négociations entre démocrates et Républicains sera celui de la fiscalité puisque les réductions d’impôts adoptées en 2001 et 2003, arrivent à échéance le 1er janvier 2011. Les républicains exigent leur reconduction pour toutes les tranches de revenus, tandis que les démocrates souhaitent qu’elles bénéficient aux plus démunis. La croissance du PIB américain a atteint 2 %, le taux du chômage est de près de 10 %, le déficit budgétaire représente près de 9 % du PIB et un peu moins de la moitié des Américains souhaitent que Barack Obama se représente en 2012.

Nouvelle majorité républicaine

Désormais, les Républicains sont en majorité après avoir bénéficié d’un transfert de sièges important. Ces résultats attristent Obama qui assume toute sa responsabilité, républicain veut se battre pour un gouvernement plus restreint. La gravité de la situation pousse les US dans l’impasse, blocage économique, du fait d’une impasse politique, sinon institutionnelle, ce qui pousse à la recherche de larges compromis, ne serait-ce que pour évaluer les effets de l’apparition des « tea parties ». Le blocage économique constitue un risque important pour la fièvre inflationniste, la mauvaise qualité des emplois et des produits, la crispation des électorats, en particulier celle de la classe moyenne blanche qui avait rêvé du retour de l’Amérique d’avant. Même au sénat il sera difficile de construire une ligne Maginot d’où l’urgence de s’attacher au choix d’un compromis ou de celui de la responsabilité à faire porter sur les républicains. Les classes moyennes avec la résurgence du succès des « Tea parties » subissent la contamination par le discours populiste qui constitue l’âme idéologique du parti républicain. Il convient de mieux entendre le langage du peuple qu’il faut éviter d’appeler ennemis ce dont s’est excusé Obama. Les classes moyennes n’ont pas subi l’augmentation des blancs, alors que subsiste ou s’accroit la nostalgie du rêve américain, un parcours social stabilisé, mais qu’augmente la précarisation de ces classes idéologiques, une autre vision du capitalisme qui génère une autre couche sociale, un nouveau type de travail et de famille, un parcours individuel différent pour plus de 100 millions d’Américains dont la condition sera inférieure à celle de leurs parents.

Des enfants moins heureux que leurs parents

Cette situation a entamé mais non détruit la popularité d’Obama qui reste encore valide car il a sauvé le système financier, épargné une crise morale durable, sauvé l’industrie automobile, conservé des emplois, relancé un programme, fait voter la loi concernant l’assurance maladie sur laquelle avaient échoué 4 présidents. En deux ans, ce travail plus profond a suscité une coagulation de la peur des petits blancs, la peur d’un socialisme à la française provoqué la torpeur des autres couches de la société pour qui on n’était pas allé assez loin. Dans le bilan, ne pas oublier le développement de l’endettement des ménages, système qui a implosé, une même réticence à l’égard de l’intervention publique et une incapacité de reconstituer un autre paradigme, si bien qu’il est légitime de se demander où serait situé le terrain d’entente avec les républicains. Il y a d’une côté les blonds protestants, d’origine européenne, de l’autre les démocrates noirs catholiques irlandais, éléments composites, entrant dans le groupe des démocrates structurellement promis à la désunion si aucun leader charismatique n’est en vue pour les rassembler. Cette structure est modifiée par les ouvriers du centre des US où se dessine la désaffection de la classe ouvrière avec des risques, la difficulté de la coexistence – en cela proche de celle de la France, les chômeurs, les mauvais emplois, l’angoisse permanente, une crise d’identité nationale et la remise en cause d’eux mêmes.

Les puissants Chinois

Cette évolution négative intervient à un moment où les Chinois ont la main sur le monde ce qui accentue le désarroi d’une nation qui doute d’elle-même, où s’esquisse un anti-intellectualisme, le refus de la remise en cause de la réception d’un héritage pour rééquilibrer la société US. La politique budgétaire reste l’objet d’intenses interrogations sur l’opportunité de baisser les impôts et d’augmenter les dépenses, ce qui aboutit à un basculement idéologique dans l’irréalisme. Cette situation est jugée comme difficile, même si Obama garde des atouts, avec notamment la réforme du système de santé qui entre en vigueur en 2014. L’espoir peut renaitre des détaxations ciblées sur les classes moyennes, qu’Obama peut réaliser lui qui s’était présenté comme Président de réconciliation. La récession aurait pu être plus grave sinon désastreuse. Obama n’a pas changé la culture populaire qui montre une fascination moins pour une carrière unique que pour le travail bien fait, même s’il rassemble trois petits travaux. Le capitalisme a changé de nature passant de celui inspiré par Ford dont la philosophie consistait à mieux payer les ouvriers pour qu’ils puissent s’acheter les voitures sorties de leurs usines à celui des entrepreneurs actuels qui parlent plus de saisies que de bien-être par l’argent.

Désarroi

Le désarroi provient de la perception de l’inutilité d’injecter des millions de $ dans l’économie, car comme le disait le président brésilien : « jeter des $ à partir d’hélicoptères ne sert pas à améliorer la situation. Réformisme est-il possible avec qui, quelle culture, quelles couches sociales ? L’aile gauche du parti démocrate incite à regarder Obama de loin, à procéder à une difficile taxation, à une plus grande opération d’allègements fiscaux, à des modernisations, à mettre en œuvre des politiques plus que de les vendre. "Yes we can". Y a-t-il un hiatus entre les proclamations de la campagne électorale et la prise en compte des réalités qui pourrait constituer une leçon dont l’électeur américain doit tenir compte. De là, le refuge dans une série imposante de compromis.

"L’esprit Public" de Philippe Meyer. France Culture.

Questionnement éthique :

1. Quelle puissance de la majorité ? L’exercice de la pensée surpasse par la puissance de la majorité toutes les puissance que nous connaissons en Europe. Pourquoi ?

2. Il n’y a pas de monarque absolu qui pisse réunir dans sa main toutes les forces de la société et vaincre les résistances comme peut le faire une majorité revêtue du droit de faire les lois et de les exécuter. Que penser de cette application à la démocratie américaine ?

3. Est-ce parce que la majorité est revêtue d’une force matérielle et morale qui agit sur la volonté et les actions et qui empêche le fait et le désir de faire ?

4. Est-ce aussi parce que dans une démocratie aussi organisée que l’est celle des États-Unis on ne rencontre qu’un seul pouvoir, un seul élément de force et de succès ?

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