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Qu’avons-nous appris de la grippe "espagnole" ?

Leçons du passé ou mauvais élèves ?

Ce sera mieux ou pire ?

vendredi 11 septembre 2009, par Picospin

Tout est en place pour que le nouveau virus A(H1N1) touche un nombre croissant de personnes, des plus jeunes très jeunes, aux moins âgés ce qui est une des paradoxes de cette grippe.

Prévention

Côté prévention, les messages diffusés en boucle sur radios et télévisions incitent à respecter les règles d’hygiène qui devraient être réactualisés en permanence qu’il s’agisse du lavage itératif des mains au savon ou de l’usage des mouchoirs en papier à jeter dans une poubelle. On commence aussi à voir fleurir les masques de protection à l’instar de ce que l’on constate depuis fort longtemps dans les pays asiatiques. La course-poursuite entre la diffusion du virus et l’arrivée des vaccins est engagée. Dans ce domaine, les questions essentielles à commencer par celle de savoir qui pourra bénéficier avant les autres de cette méthode de prévention restent sans réponse ou au mieux en pleine discussion. Le schéma vaccinal de base prévoit l’injection de deux doses espacées de 21 jours. Tant que les données médicales et scientifiques ne sont pas disponibles, l’administration conjointe du vaccin grippal saisonnier et d’un futur vaccin "pandémique" n’est pas à l’ordre du jour. Le vaccin saisonnier devrait être administré en premier, avec un intervalle minimal de 21 jours entre les deux. Le Premier ministre a estimé qu’« un peu plus de 2 à 3 millions de doses » devraient être bientôt disponibles en France, vers la mi-octobre. On peut supposer que tout aura été mis en œuvre pour que ces vaccins aient reçu l’autorisation de mise sur le marché. Mais rien ne permet de savoir quelles seront les personnes considérées comme devant être « prioritaires ».

Vaccination en priorité

Le Haut Conseil de la Santé publique estime que ce sont les « personnels de santé médico-sociaux et de secours », (2 à 3 millions de personnes) qui devraient être vaccinés en priorité : l’objectif est de protéger le système de prise en charge des malades. Une morbidité importante liée à la pandémie chez ces personnels mettrait en péril la capacité des services de santé et de secours à s’occuper des patients atteints de grippe et d’autres affections engageant le pronostic vital. S’ils sont infectés, ces personnels, pourraient transmettre le virus à des patients vulnérables et être à l’origine d’infections nosocomiales. Il est nécessaire que les services de santé puissent continuer à fonctionner au fur et à mesure du déroulement de la pandémie. » L’avis rendu par le HCSP fournit une série de recommandations qui diffèrent de celles formulées par l’OMS, le Centre Européen de Contrôle et Prévention des maladies (ECDC) mais aussi les autorités sanitaires des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Allemagne, des Pays-Bas ou de Suisse. La ministre de la Santé devrait proposer une stratégie vaccinale officielle étant bien entendu que la vaccination ne sera pas obligatoire. Si Bachelot et Sarkozy se rangent à cet avis, l’ordre des priorités commencerait avec :
1. Les femmes enceintes à partir du deuxième trimestre de grossesse ; il s’agit ici « de réduire le risque de formes graves et de décès ».
2. Viennent au même rang de priorité les membres de l’entourage (parents, frères et sœurs, personnes en charge de la garde) des nourrissons âgés de moins de 6 mois ;
3. les nourrissons âgés de 6 à 23 mois présentant des facteurs de risque.
4. Les personnes âgées de 2 à 64 ans présentant également des facteurs de risque.
5. Les nourrissons âgés de 6 à 23 mois sans facteurs de risque ;
6. les personnes âgées de plus de 65 ans et plus avec facteur de risque. 6. Les 2 à 18 ans sans facteur de risque.
7. Les « 19 ans et plus » sans facteur de risque.

Conclusions impossibles

La lecture faite de cette question par les experts de l’OMS, de l’ECDC ou de différents pays industriels ne parvient pas, sur cette question, à des conclusions homogènes. Si tous retiennent la priorité absolue de la vaccination des professionnels de santé, les priorités pour le reste de la vaccination varient de manière importante, qu’il s’agisse des femmes enceintes, des personnes les plus jeunes ou les plus âgées. Certains estiment qu’il faut considérer comme devant être impérativement prioritaires les personnes exerçant d’autres professions que celles dites de santé comme les « travailleurs essentiels » et des « personnels clé ». En marge des entreprises la question se pose également en France pour les personnes dites « ressources » qui comprend les pompiers, les gendarmes, les militaires, les conducteurs des transports collectifs ou les membres des diverses administrations. Les responsables gouvernementaux sont donc aujourd’hui directement confrontés à un dilemme éthique.

Privilèges ?

Doit-on, dans une période de pénurie vaccinale privilégier les plus directement exposés au risque infectieux (avec de possibles conséquences mortelles) ou protéger d’abord ceux dont l’activité professionnelle est essentielle à la poursuite des activités économiques et sociales ? A cette question fondamentale, s’ajoute celle de savoir pourquoi on n’adopte pas face au virus A(H1N1) la stratégie utilisée habituellement face aux épidémies saisonnière ? « Pourquoi cette grippe, que beaucoup s’accordent à évaluer "pas beaucoup plus grave qu’une grippe saisonnière", n’obéirait-elle pas aux stratégies éprouvées depuis plusieurs dizaines d’années contre la grippe saisonnière dans tous les pays développés ?. Pourquoi ne propose-t-on pas, comme d’habitude, de vacciner les personnes âgées en priorité, et celles de tous âges ayant des pathologies sous-jacentes lourdes, à haut risque de complications ? On pourrait ajouter à la liste les femmes enceintes et les personnes obèses ayant un index de masse corporelle supérieur à 30. » La décision de ne pas privilégier la vaccination des personnes âgées repose sur le fait que les « distributions d’âge » de la morbidité et la mortalité observées avec le nouveau virus seraient différentes de celles observées avec les virus des grippes saisonnières car la première infecterait et tuerait beaucoup plus les jeunes que les personnes âgées.

Hypothèses non validées

Toute la stratégie vaccinale peut-elle reposer sur une hypothèse biologique non encore validée ? Le principe de précaution, si cher à notre culture européenne après celle de Hans Jonas, ne devrait-il pas protéger nos personnes âgées, fragiles et malades, celles qui paient chaque année le plus lourd tribut ? Une réunion doit se tenir, vendredi 11 septembre, à la direction de l’administration pénitentiaire pour évoquer le plan de lutte contre la grippe A dans les prisons. Surpopulation carcérale, état de santé précaire qui font que les détenus seraient très exposés dans le cas d’une pandémie grippale, de même que le personnel des prisons. Les recommandations sur l’isolement en cellule individuelle des détenus atteints en suspendant leurs activités carcérales quotidiennes, spécialisation de certains établissements dans l’accueil des nouveaux détenus venant de l’extérieur, constitution de stocks de nourriture pour une durée d’au moins quinze jour, hébergement sur place d’une partie du personnel pénitentiaire.

Prisons

Les syndicats de surveillants de prison se sont inquiétés du flou qui entoure les recommandations de leur administration, comme l’isolement en cellule individuelle d’un détenu suspecté de grippe A. Son secrétaire général évoque des problèmes de logistique comme le manque de place. Il pense que les établissements pénitentiaires peuvent dégager des zones spécifiques parmi lesquelles des parloirs équipés d’hygiaphones. Il a saisi la ministre de la justice, pour qu’elle réunisse en urgence un comité d’hygiène et de sécurité ministériel, pour obtenir des réponses précises concernant les personnels pénitentiaires.