Ethique Info

Accueil > Société > Les Américains disent oui. Et les Français ?

Les Américains ont dit oui au clonage pour fabriquer des aliments

Les Américains disent oui. Et les Français ?

Comment comprendre le débat de fond du clonage et ses implications éthiques et religieuses ?

mercredi 16 janvier 2008, par Picospin

Cette décision a été saluée par les sociétés spécialisées dans cette activité et les agriculteurs qui ont poussé le gouvernement à approuver cette mesure qu’ils espèrent devenir une activité routinière. Comme les clones sont couteux, ce sont leurs descendants qui ont les plus grandes chances d’être utilisés pour la production de lait, de hamburgers, de côtes de porcs ce qui permet de garder les clones eux-mêmes pour la reproduction.

Fin du moratoire

Les agriculteurs ont assisté depuis longtemps à l’application d’un moratoire concernant la vente de clones et de leur progéniture pour servir d’alimentation à l’homme. Ce qu’a fait la FDA hier, c’est de lever la restriction sur l’utilisation de la progéniture dans l’alimentation provenant des clonages. Cependant une autre agence gouvernementale, le Département de l’Agriculture, a demandé aux fermiers de continuer à ne pas utiliser les clones eux-mêmes pour l’alimentation, sous le prétexte que le Département veut disposer d’un temps suffisant pour dissiper les doutes susceptibles d’avoir envahi les détaillants et les partenaires européens. Comme l’élevage des animaux prend du temps, ce n’est pas avec la seule annonce de mardi que les problèmes risquent d’être réglés et que l’on verra dès demain sur les étalages des bouchers et des grandes surfaces des produits provenant du clonage. Malgré les difficultés attendues pour recevoir une pleine acceptation de cette technologie par les consommateurs, les personnes qui proposent de pratiquer ouvertement et sur une grande échelle cette technique déclarent qu’elle pourrait exercer une profonde influence sur l’approvisionnement en viande et en lait. Ces aliments pourraient bénéficier en outre d’un meilleur suivi de qualité. Les associations de consommateurs ne restent pas muets devant ces initiatives dans la mesure où elles proclament que les données scientifiques ne sont pas suffisantes pour autoriser librement l’usage de cette technologie.

Consommateurs ?

Celle-ci risque en plus de heurter les convictions religieuses et éthiques des consommateurs. Dans cette perspective, quelques membres du Congrès ont cherché à retarder l’application de cette réglementation. Cette réticence n’est pas uniforme puisque des opposants ont déclaré que l’alimentation provenant d’animaux clonés ne se différenciait en rien de celle provenant d’animaux non traités. L’autorisation délivrée par la FDA ne s’applique pas aux moutons au sujet desquels on manque de données concernant cette question. Cette objection a été réfutée par la FDA qui a précisé que la viande provenant d’animaux clonés ne recevrait pas de marque spéciale puisqu’elle ne se distinguait en rien de la viande normale. Cette déclaration n’a pas empêché certains représentants de réclamer cette marque dont l’application ou la suppression risque de fournir un prétexte à une future guerre entre ses partisans et ses opposants. L’exemple de cette bataille des produits clonés n’est pas unique dans l’histoire de l’alimentation. Il en fut ainsi lorsqu’il s’est agi de mettre sur le marché la progéniture d’animaux nés par insémination artificielle ce qui avait en son temps déclenché une tempête hostile, rapidement éteinte sous l’influence de l’évolution favorable de cette technique. La décision prise mardi signifie que les techniques de clonage pourront évoluer rapidement vers la commercialisation au moment où nous atteignons à peine la 10è année après la réussite du premier clonage chez un mammifère.

Expérience décisive

On veut bien se rappeler que ce résultat a été obtenu en Ecosse à partir d’un ovule de mouton non fécondé dont le matériel génétique avait été préalablement enlevé. Il fut ensuite remplacé par celui prélevé à partir d’une cellule adulte. Dans l’ovule ainsi organisé, une machinerie se mit en route qui permit de remettre les montres à l’heure à l’intérieur de l’ovule qui, après implantation chez une mère de substitution devint la fameuse Dolly. C’est cette technique qui finit par devenir une routine après avoir donné naissance à de nombreux exemplaires obtenus de la sorte. Pour simplifier le débat et la compréhension de ces modalités techniques, qu’il suffise de préciser que le clonage n’est autre que la création d’une copie génétique identique. C’est cette manipulation que la FDA considéra sûre dès les années 2003. Et d’ajouter que si certains animaux ainsi clonés sont porteurs d’anomalies congénitales à cause d’une programmation défectueuse, une fois passées les premières semaines, ils sont aussi sains que des animaux strictement normaux. Quelles que soient ces anomalies congénitales, il est certain qu’elles ne sont pas transmises à la descendance.

Questionnement éthique :

1. En quoi, le clonage met-il en jeu le concept de dignité humaine ?

Les normes juridiques envisagent seulement la dignité de la personne humaine afin de sanctionner "tout acte d’avilissement ou de dégradation de l’homme" selon l’expression consacrée du Conseil constitutionnel. En réalité, derrière cette protection de la personne se cache la volonté d’éviter tout débordement dans une société déterminée selon un état d’esprit et une politique propre à une époque. "la dignité de la personne humaine est une composante de l’ordre public". Il considère que "l’attraction de lancers de nains consistant à faire lancer un nain par des spectateurs conduit à utiliser comme projectile une personne affectée d’un handicap physique et présentée comme telle".
Le Conseil d’Etat conclut que, "par son objet même, une telle attraction porte atteinte à la dignité de la personne humaine". Composante de l’ordre public, "l’autorité investie du pouvoir de police municipale peut, même en l’absence de circonstances locales particulières, interdire l’attraction".

2. Est-ce que cette dignité constitue un principe éthique ou une composante de l’ordre public ?

La dignité de la personne humaine est une composante de l’ordre public. Il considère que "l’attraction de lancers de nains consistant à faire lancer un nain par des spectateurs conduit à utiliser comme projectile une personne affectée d’un handicap physique et présentée comme telle". Le Conseil d’Etat conclut que, "par son objet même, une telle attraction porte atteinte à la dignité de la personne humaine". Composante de l’ordre public, "l’autorité investie du pouvoir de police municipale peut, même en l’absence de circonstances locales particulières, interdire l’attraction".

3. Comment l’éthique est-elle liée à la morale ?

La dignité de la personne humaine est une valeur éthique fondamentale. Concept philosophique, elle serait aussi un concept éthique, notamment dans le sens où cette dignité se rapprocherait de l’idée du respect de soi-même par les autres et pour soi-même. Cependant, que signifie au juste l’éthique ? Le terme éthique vient de "ithos", la tenue de l’âme, et de "ethos", l’ensemble des normes nées du respect dans la mesure. L’éthique serait alors l’art de diriger la conduite selon la morale. L’éthique serait la garantie de la bonne tenue de toute chose, une garantie de l’harmonie, et oserait-on, de l’ordre moral. Schopenhauer dans "Ethique, droit et politique", articule sa réflexion sur l’éthique autour des notions de bien et de mal, de moralité et d’immoralité. Ainsi l’éthique serait étroitement liée à la morale. Plus, certains revendiquent l’éthique en tant que science de la morale. Son lien de parenté avec la morale en fait un concept malléable. L’éthique renvoie aux affaires de chaque homme qui par son éducation, sa culture, a acquis une morale, des valeurs, des principes. Elle correspond à l’état d’esprit d’une époque, d’un Etat, d’une civilisation, d’une histoire, ce qu’elle pense et estime bon et bien pour l’homme et la société. La dignité de la personne humaine est devenue une composante de l’éthique et un élément de la morale. Ce qui est bon pour l’homme est bon pour la société. Ce qui porte atteinte à l’homme dans sa dignité est mal pour lui et tous les hommes, et elle est contraire à l’éthique.

4. Est-ce que le clonage mérite d’être considéré comme un crime contre l’espèce humaine ?

En proclamant, le clonage humain crime contre l’espèce, le gouvernement actuel, n’a–t-il pas clairement pris position contre le clonage reproductif et la grande majorité de nos représentants au Sénat, qui a voté massivement pour ses nouvelles dispositions en janvier 2003, a ainsi considéré que cette pratique heurtait la dignité de la personne humaine, et donc indirectement l’éthique et la morale.Le dépositaire de la dignité est la personne physique, sujet de droit et dotée de la personnalité juridique. La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie". Le Comité consultatif national d’éthique parle au sujet de l’embryon de personne humaine potentielle. Or cette personne humaine potentielle est un sujet de droit doté de la personnalité juridique. En France, en l’absence de statut juridique, l’embryon se trouve hors catégorie du droit.

5. Est-ce que la dignité humaine, protectrice de l’humanité, ne pourrait pas constituer un principe universel reconnu et respecté par tous ?

La Charte européenne des droits de l’homme de décembre 2000 proclame que "consciente de son patrimoine spirituel et moral, l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine". Elle pourrait assurer ainsi la sauvegarde de l’humanité, au contraire de la dignité de la personne humaine laquelle permet seulement, par des interventions ponctuelles, de préserver une catégorie d’individus singularisés par leur sexe, leur taille ou leur âge et par ricochet une société déterminée.

6. La "production d’individus qui possèderaient les mêmes gênes dans le noyau de leurs cellules", le clonage, conduit-elle "à la négation même de l’unicité de chaque être humain". ?

Cette unicité contribue à la dignité de la personne laquelle résulterait de l’unicité du génome de chaque individu. Si le clonage conduit à nier l’unicité de chaque être humain, n’affecte-t-il pas inévitablement l’humanité ? Par la production d’individus sans reproduction sexuée on occulte la diversité des êtres humains, celle qui assure l’essence et l’existence de la famille humaine.

7. Est-ce que l’hypothèse du clonage ne touche pas du doigt les actes sanctionnés par les Statuts de Nuremberg parce que les premiers sont infligés pour des motifs politiques, religieux ou raciaux, sinon eugéniques.

L’interdiction du clonage sur le fondement de la dignité humaine parait dès lors rationnelle à condition d’y voir un principe universel dont la vocation serait de jouer en tous lieux, voire tous temps. C’est ce raisonnement qui a conduit le gouvernement à déclarer le clonage, "crime contre l’espèce humaine".