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Elections aux Etats-Unis

Les Démocrates, les Kennedy et les Atrides

Une dure campagne

lundi 26 mai 2008, par Picospin

Nous nous souvenons tous que Bobby Kennedy a été assassiné en juin en Californie", a-t-elle expliqué devant le comité de rédaction. Elle a fait référence aux appels au sein de son parti en faveur de son retrait de la course à l’investiture, dont les dernières consultations auront lieu le 3 juin dans le Dakota du Sud et le Montana. Robert Kennedy, frère du président assassiné John F. Kennedy et du sénateur du Massachusetts Edward Kennedy, a été tué en 1968 alors qu’il était en compétition pour la primaire démocrate.

Déclarations d’Hillary

Les déclarations de Mme Clinton ont suscité des interprétations qui soupçonnent la sénatrice d’avoir suggéré qu’elle resterait dans la course au cas où M. Obama serait visé par une tentative d’assassinat. La campagne a été marquée par des inquiétudes sur la sécurité du sénateur de l’Illinois qui pourrait devenir le premier président métis américain. Il a commencé à être protégé par les services secrets 18 mois avant l’élection présidentielle du 4 novembre. Aucun candidat n’avait jusque-là bénéficié aussi précocément d’un ranforcement de sa sécurité. L’équipe de campagne du sénateur de l’Illinois a réagi vivement aux déclarations de l’ex-first lady. "Les déclarations de la sénatrice Clinton devant le comité éditorial de l’Argus Leader étaient malheureuses et n’ont pas leur place dans cette campagne", a déclaré Bill Burton, porte-parole de la campagne de M. Obama. La sénatrice de New York a par la suite exprimé des reg rets devant des journalistes : "Je suis désolée si l’évocation de cet épisode traumatisant pour notre pays tout entier et pour la famille Kennedy en particulier a pu blesser. Ce n’était absolument pas mon intention". Pour se justifier, elle a également dit qu’elle avait été bouleversée cette semaine par les nouvelles concernant la santé d’Edward Kennedy - le frère cadet de John et Robert Kennedy, chez lequel a été diagnostiqué cette semaine un cancer incurable du cerveau - et qu’elle avait beaucoup évoqué le nom de Kennedy. Cependant, le magazine Time a rappelé, sur son site internet, que la sénatrice de New York avait tenu à peu près les mêmes propos lors d’un entretien publié par l’hebdomadaire le 6 mars dernier.

Assassinats

Robert Kennedy Junior, fils du sénateur assassiné, a volé au secours de la sénatrice de New York dont il est l’un des partisans à la différence de la plupart des autres membres de sa famille, en estimant qu’il n’y avait pas lieu de s’offenser des propos de Mme Clinton. "Il est clair vu le contexte qu’Hillary évoquait un épisode politique familier pour légitimer sa décision de rester dans la course jusqu’en juin", a-t-il déclaré. Robert Kennedy, frère cadet de John Kennedy, a été tué le 5 juin 1968 après avoir gagné la primaire démocrate de la Californie. Personne ne peut croire que la sénatrice de New York souhaite le même sort à Barack Obama, mais sa déclaration a suscité l’indignation dans le camp de son adversaire. La déclaration de la sénatrice Clinton sur Robert Kennedy pourrait tuer pour de bon l’idée d’un ticket Obama-Clinton. Dans le pire des contextes (quelques jours après l’annonce de la tumeur maligne de Ted Kennedy), Clinton n’a pas trouvé mieux, pour justifier l’intérêt de continuer les primaires en juin, de rappeler que c’est en juin que le candidat Robert Kennedy s’était fait assassiner.
Si je suis un supporter fanatique d’Hillary Rodhan Clinton, je me pose des questions : c’est un appel au meurtre ou quoi ? Après avoir agité le spectre d’une "October Surprise" des conservateurs au cas où Obama remportait les primaires, ma candidate ne me livre-t-elle pas ici la recette d’une "June Surprise" encore plus abjecte ? Bien sûr, tout comme Martin Luther King, Robert Francis Kennedy, John Fitzgerald Kennedy ou même Bill Clinton, Barack Obama n’est certainement pas Mr Perfect.

Un homme parfait ?

Il est capable d’être dur, macho et pire encore dans ce métier un peu naïf. Mais ce n’est pas une raison pour le descendre. Bien sûr, HRC n’est pas le mal incarné. Bien sûr, elle ne souhaite pas la mort de son adversaire. Mais quelque part qu’elle évoque indirectement ce cas de figure en dit long sur sa détermination à l’emporter à tout prix. Ce faux pas pourrait lui coûter très cher à quelques jours d’une réunion décisive du comité du parti sur le cas de la Floride et du Michigan. Il est grand temps d’en finir avec des Primaires qui n’ont jamais autant justifié leur nom.Atrée avait un frère, Thyeste, qui lui contestait son pouvoir et séduisit sa femme, Aéropé ; Atrée le chassa, puis fit semblant de se réconcilier avec lui en l’invitant à un banquet, où il lui offrit, en fait, la chair de ses enfants dont il avait haché les membres. Quand Thyeste identifia ce qu’il mangeait, il maudit toute la famille. Cette malédiction est à l’origine des malheurs qui s’imposèrent à la lignée sur plusieurs générations, et qui ont fourni leur matière à de nombreuses tragédies. Revenons plusieurs siècles en arrière. Q ue s’était-il passé dans les récits des Grecs qui avaient préfiguré les aventures des épopées américaines actuelles.

D’étranges destins communs

Après Atrée, régna Agamemnon et son frère Ménélas qui épousèrent deux sœurs, ou plutôt deux demi-sœurs, deux filles de Léda : Clytemnestre et Hélène de Sparte, la première était fille d’un mortel, Tyndare, l’autre fille de Zeus qui avait séduit Léda sous la forme d’un cygne. Ces mariages sont des preuves de la qualité héroïques des deux Atrides ; leurs femmes avaient été courtisées par toute la Grèce comme Jacqueline Kennedy, épouse du Président assassiné, avait terminé dans les bras d’un riche armateur issu du même pays. La cour faite par les princes grecs à Hélène est l’objet de nombreux récits : contre toute attente, elle choisit Ménélas, qui ne passait pas pour le plus valeureux des guerriers. Mais comme le montre la protection qu’il reçut des dieux par la suite, à l’instar de celle rapportée actuellement pour Obama, il incarnait une puissance aussi vitale que la force guerrière, celle du droit, de la force des engagements : les princes avaient juré que, quel que soit le choix d’Hélène, ils prendraient les armes pour défendre l’élu, si son mariage était mis en question. Les amours adultères d’Hélène sont ainsi à l’origine de toute l’histoire de la guerre de Troie, histoire qui, par ses massacres immenses, signale la fin d’un âge de l’humanité, celui des héros. Alors que les dieux célébraient les noces extraordinaires d’une déesse, Thétis, et d’un mortel, Pélée, une querelle s’éleva entre trois déesses, Héra, l’épouse de Zeus, Aphrodite, la déesse de l’amour, et Athéna, la fille de Zeus, issue casquée et armée, hors naissance normale, de la tête de son père : les trois déesses se disputaient sur leur beauté. En fut-il de même pour Marylin Monroe, rivale heureuse ou malheureuse des épouses légitimes des frères Kennedy ? Pour les départager, il fut décidé que le plus beau des mortels désignerait la plus belle. C’est l’épisode du jugement de Pâris qui manqua sérieusement dans l’odyssée des Kennedy emportés par des morts aussi violentes que brutales et inattendues.

De Troie à Cape Cod

Les déesses se rendirent en pays de Troie, au lieu de Cape Cod, résidence affichée du clan Kennedy. Pâris désigna Aphrodite ou la star déprimée de Hollywood comme la plus belle. Aphrodite lui donna Hélène, la plus belle des femmes, comme récompense. Pâris, pour prendre possession de son prix, se rendit chez Ménélas, séduisit Hélène et s’embarqua vers Troie avec elle et de nombreux trésors qu’il avait volés. Cela déclencha le conflit mondial entre les Grecs et les Troyens, conflit dont nous ne sommes pas loin lors du « règne » de John Kennedy qui eut à guerroyer au large de son pays, dans la Baie des Cochons, puis contre l’ogre soviétique enfin contre les empires asiatiques. La guerre commença par un acte monstrueux : les Grecs, qui avaient juré fidélité à Ménélas, s’étaient rangés sous le commandement de son frère guerrier, Agamemnon. Ils avaient rassemblé leur flotte sur la côte d’Aulis. Mais ils ne purent s’embarquer, les vents étant contraires, ou, selon une autre version, absents. En effet, la déesse qui protégeait le lieu, Artémis, la vierge chasseresse, était en colère contre Agamemnon. Là encore les poètes divergent pour expliquer cette colère. Selon la version la plus courante, Agamemnon s’était rendu coupable envers elle : il était entré dans un bois interdit qui était consacré à la déesse, ou s’était vanté d’être meilleur chasseur qu’elle. Eschyle, le poète tragique, propose dans son Orestie, une version plus intellectuelle : Artémis, en protectrice de la vie, des petits animaux, s’indignait par avance du massacre qui aura lieu à Troie. Elle exigea que le roi lui offre, en compensation de sa faute ou des vies qu’il allait prendre, ce qu’il avait de plus cher, à savoir la vie de sa fille Iphigénie, encore vierge. Il se résigna à la sacrifier. Selon certains, comme Eschyle, elle mourut sur l’autel ; selon d’autres (Euripide), Artémis la sauva en lui substituant au dernier moment une biche, qui fut tuée à sa place. Iphigénie fut enlevée par la déesse vers l’un de ses sanctuaires lointains, en Tauride.

Un long conflit

Le conflit dura dix ans, et s’acheva par la prise de Troie, grâce à une ruse d’Ulysse, avec l’entrée dans la ville d’un cheval de bois contenant les guerriers grecs. La ville tomba de nuit, le massacre fut général, les Grecs ne respectèrent pas les temples des dieux ; ils y furent pilleurs, massacreurs et violeurs. Athéna, bafouée par Pâris, avait avec Héra juré la perte de Troie. Mais, devant l’impiété des Grecs, elle se retourna contre eux, et fit du retour en Grèce un désastre où ils périrent presque tous. Elle sauva Ulysse, qui erra pendant dix ans. Ménélas et Hélène passèrent par l’Arabie, comme plus tard le firent les Présidents successifs qui eurent à s’occuper du Koweït de l’Irak, avant de rentrer non pas en Grèce mais dans leur pays d’origine, l’Amérique. Juxtaposition, synthèse histoires parallèles, conflits de pouvoir ? A des millénaires de distance temporelle et des milliers de km ou de miles s’écrivent des épopées dont les actrices sont des femmes tragiques et les acteurs des homme sacrifiés sur les autels des champs de bataille, de la politique et de la maladie sinon de la mort qui se plait à les faucher d’un coup de faux unique ou de plusieurs si nécessaire.