Ethique Info

Accueil > Education > Education > Les Etats-Unis s’interrogent sur l’aide au suicide

Au moment où la discussion sur l’euthanasie bat son plein en France...

Les Etats-Unis s’interrogent sur l’aide au suicide

Résultats d’enquêtes menées dans les états pilotes des USA

jeudi 11 décembre 2008, par Picospin

Cet Acte permet à des habitants de cet Etat, qui sont en phase terminale d’une maladie grave, consistant en une issue fatale attendue dans les 6 mois, à déposer une demande pour recevoir une dose mortelle d’un médicament, qui peut être absorbé par la personne atteinte dans le but de mettre fin à ses jours.

L’exemple vient d’en haut

Un ancien gouverneur de l’état de Washington, atteint d’une maladie de Parkinson qui n’est pas considérée comme une maladie mortelle selon les termes de cet acte a suivi cette initiative, a pris la tête d’un mouvement en sa faveur et s’inscrivit ensuite comme un acteur important des collectes financières pour la soutenir. Si cet Acte entre en vigueur en Mars 2009 ce seront deux états qui auront l’autorisation d’appliquer la loi puisque jusqu’à présent, aucun Etat n’autorise son application. L’implication de médecins dans la procédure de hâter la mort est également légal en Belgique, en Hollande et en Suisse. La prescription de médicaments susceptibles d’accélérer la survenue de la mort chez les personnes qui souhaitent mettre fin à leurs jours reste toujours sujette à de nombreuses controverses. Ce débat est habillé d’expressions telles que « mort dans la dignité » ou suicide assisté qui toutes peuvent être considérées comme chargées d’un fort contenu d’émotion et de jugement. Cela est si vrai que les décès qui ont lieu sous couvert de l’Acte établi dans l’état de l’Oregon ne portent pas le nom de suicide. Si certains préfèrent utiliser les termes de « Aide au mourir par l’action d’un médecin » ou mort assistée par l’entremise d’un médecin, c’est bien le terme d’aide au suicide qui garde la préférence. Dans le débat et la controverse sur cette question délicate et toujours fortement controversée, la réalisation de l’acte du suicide avec l’aide d’un médecin est plutôt rare. Entre 1998 et 2007, les médecins ont fait 541 ordonnances pour prescrire des doses léthales de médicaments qui consistaient toutes en barbituriques dont 341 décédèrent à la suite de leur absorption. Les 13 malades qui ont pris le médicament, sont toujours en vie en 2007 et les autres ont fini par mourir de la maladie qui avait déclenché la procédure et les évènements. Les patients qui ont ingéré les doses létales étaient âgées en moyenne de 69 ans, appartenaient à une ethnie blanche, avaient reçu une bonne éducation et étaient plus souvent des hommes.

Des améliorations

La légalisation de l’assistance au suicide s’est accompagnée d’améliorations notables dans la manière de pratiquer les soins palliatifs dans des domaines aussi variés que la formation des médecins, la communication concernant les voeux des patients, le contrôle de la douleur et la proportion des décès survenant au domicile. L’efficacité des soins palliatifs et en général de l’organisation des hôpitaux est en grande partie impliquée dans les raisons pour lesquelles les requêtes pour l’assistance au suicide ont diminué dans la mesure où les facteurs autrefois responsables de cette demande ont été améliorés. Parmi eux, il faut tenir compte de la perte d’autonomie, de la dignité et de la possibilité d’une prise en charge personnelle surtout dans un environnement constitué pour l’essentiel par le maintien au domicile. En raison de la manière de pratiquer la médecine ou des objections personnelles aux pratiques de l’assistance au suicide, la plupart des médecins de l’Etat de l’Oregon n’ont jamais prescrit la moindre ordonnance d’une dose létale d’un quelconque médicament. En 2007, 45 médecins ont rédigé les 85 ordonnances avec des extrêmes de 1 à 10 ordonnances par médecin. Les médecins les hôpitaux, les hospices et autres institutions impliqués dans la délivrance des soins palliatifs devront se familiariser très vite avec les initiatives actuellement en cours et développer une politique de soins et de procédures y compris ceux liés aux référents. Certains médecins et certains institutions refuseront de participer à ce mouvement en raison de leur désaccord d’ordre religieux ou moral à cette activité. Ce qui ne saurait mettre en cause l’expérience accumulée ainsi par ce travail pilote et la possibilité de l’utiliser dès maintenant puisqu’il a été mis en ligne récemment. Comme en Oregon, l’état de Washington exige que le médecin traitant et un consultant déterminent de façon indépendante si un patient est en mesure de solliciter la délivrance d’une ordonnance pour obtenir une dose mortelle d’un médicament.

Conditions pour obtenir les autorisations

Les conditions exigibles sont la vérification que la personne est « compétente », agit en toute liberté et indépendance et a pris sa décision après avoir reçu les informations nécessaires. Les produits médicamenteux ne doivent pas être prescrits à un malade atteint de troubles psychiatriques, psychologiques ou dépressifs. Si c’est la cas, il doit être adressé à un psychiatre en consultation. Bien que la loi en Oregon a été appliquée avec succès, une réserve demeure sur le fait qu’aucun des 85 patients auxquels a été délivrée une ordonnance contenant des produits létaux n’a été envoyé en consultation chez le psychiatre ce qui ne fut nullement le cas des 15% de malades dans les années 1998 à 2006. Une enquête réalisée entre 2004 et 2006 suggère que parmi les malades qui ont sollicité l’assistance d’un médecin pour mourir, tous n’ont pas été correctement sélectionnés pour entrer dans la catégorie des patients déprimés et que d’autres malades qui normalement n’auraient pas du recevoir un médicament létal ont pourtant reçu une ordonnance pour se le procurer. Pendant que les médecins continueront de palabrer sur l’opportunité de prescrire des doses létales aux malades qui souhaitent hâter l’arrivée du moment de leur mort, l’approbation de l’initiative prise dans l’état de Washington et l’occasion de faire de même dans d’autres états sont susceptibles d’offrir aux médecins l’occasion d’évaluer les moyens les plus appropriés pour continuer à améliorer la prise en charge en fin de vie.

Conclusions :

1.Les problèmes posés par l’assistance au suicide et ceux liés aux conditions d’appliquer l’euthanasie sont semblables aux Etats-Unis et dans quelques pays européens.

2.L’assistance au suicide est loin de faire l’unanimité en Amérique

3.Les réticences de prescrire des médicaments à des doses létales à des malades en phase terminale qui sont demandeurs d’ordonnances pour atteindre ce but continuent d’être très fréquentes pour des raison religieuses et morales.

4.Le recours à l’éventualité de prescrire des médications létales semble avoir amélioré la prise en charge des malades en phase terminale dans les institutions relevant de la mission de dispenser les soins palliatifs, de maitriser la douleur et d ’améliorer la qualité de vie.

The New England Journal of Medicine
Volume 359:2513-2515

December 11, 2008

Number 24

Physician-Assisted Death — From Oregon to Washington State
Robert Steinbrook, M.D.