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Celles des écrans, du coeur et de l’esprit

Les Lumières

Celles de la Ville

lundi 27 février 2012, par Picospin

Comme on peut le voir, moins sur les grands écrans des cinémas que sur les écrans de plus en plus plats des téléviseurs, le 7è art devenu un autre art susceptible de prendre un autre nom depuis qu’ils s’est fait plus petit pour se loger chez l’habitant, le succès des Lumières projetées ou affichées ne fait que grandir à mesure que le pessimisme envahit les populations, du moins certaines, que les écoles ferment faute de professeurs et qu’une certaine crise envahit des humains ciblés par on ne sait quels dieux de l’économie, de la finance et moins des arts.

Capitaux off Shore ?

Ceux-ci se portent bien puisqu’ils sont devenus le refuge des capitaux à soustraire aux exigences des juridictions chargées d’en prélever une partie pour les recycler dans les circuits de l’Etat. En France, c’est le triomphe depuis qu’une pluie d’Oscars, récompense suprême destinée aux meilleurs créateurs du 7è art s’est abattue sur une oeuvre qui ne descend ni de Molière, ni de Shakespeare, ni de Balzac et encore moins de Marivaux ou de Labiche, conservateurs nationaux de la culture européenne en général et de la française en particulier. Une telle opération, longuement pensée et réfléchie, élaborée à l’aide des meilleurs fabricants de films disponibles en France, a pris son essor en Amérique où le professionnalisme des créateurs est largement et universellement reconnu. Du coup, on estime aussi que les Américains sont amoureux du cinéma français après celui des Italiens, des Espagnols ou des Sud Américains. Une révélation après les déboires subis par les responsables de la conduite des affaires de l’hexagone dans d’autres domaines. De fait, on découvre des talents méconnus, des acteurs de premier plan venus de France, moins des grandes institutions comme la Comédie Française que d’écoles de formation théâtrale plus discrètes comme les cafés théâtres et autres lieux où souffle la culture sous la houlette d’un Ministre de la Culture qui lui-même s’était déjà essayé au cinéma conjugué à l’opéra avec un certains succès d’estime et de réputation après son bref stage effectué dans le lieu enchanteur de la Villa Médicis à Rome.

De la Comédie Française à la villa Médicis

Ce succès d’estime et de prestige est tombé à la surprise générale et surtout au meilleur moment, celui dont a particulièrement besoin un gouvernement en partance dont la durée illimitée pose problème. Pourrait-il être sauvé comme en 1944 par des forces américaines débarquant au prix de leur sang largement répandu en Normandie ? Cette fois, les troupes mobilisées ailleurs, près du pavot, ne sont pas assez nombreuses pour sauver des Lumières s’éteignant faute d’énergie pour les alimenter. C’est en terre américaine que l’on pourrait avec de bonnes oreilles entendre crier, comme il y a 70 ans « Lafayette non voilà » allusion aux services autrefois rendus à la jeune démocratie américaine par la générosité de la France. Autrefois, Charlie Chaplin avait expliqué par pellicule interposée comment il entendait illustrer les « Lumières de la Ville ». A charge de revanche, cette fois c’est une autre équipe pleine d’ambition et sans doute de savoir faire sinon ultérieurement de faire savoir qui affirme avoir découvert un cinéma nouveau, explorateur et exportateur de bonté, d’altruisme, de générosité, comme l’avait été autrefois un cinéma italien sorti des ruines de Cinecittà pour porter à l’écran les chefs d’oeuvre des Rossellini, de Sica, avant ceux de Fellini, Antonioni ou Visconti. Voulait-on couronner cette fois les créateurs de films de charité pour dénoncer des comportements civiques qui ne le sont guère et compenser le retard pris à célébrer les véritables novateurs d’autrefois, créateurs du nouveau cinéma des Truffaut, Bresson, Malle et autres qui avaient depuis longtemps montré et démontré aux spectateurs connaisseurs la qualité, l’imagination et l’intelligence à la fois du coeur et de l’esprit.

Courant électrique ou philosophique ?

C’était bien l’intention du courant intellectuel et philosophique qui de Montesquieu à Rousseau et à Condorcet n’aura cessé de soutenir que tout homme est naturellement majeur et artificiellement mineur, capable de penser, d’agir et de juger par lui-même, sans se trouver sous la tutelle d’une autre autorité que celle de la raison. Est-ce que les Lumières, traduites en Enligthenment et en Aufklärung se sont éteintes depuis que les restrictions consécutives à la « crise » ont effacé des tablettes les mots de Condorcet, prononcés bien après ceux de Locke, selon lesquels « l’Etat révolutionnaire ne doit inculquer aux futurs citoyens que des connaissances, les instruire plus que les éduquer, transmettre à tous le savoir que leurs qualités intellectuelles leur permettent d’acquérir... » Le même avait ajouté à cette profession de foi un schéma d’enseignement où se trouvaient une instruction élémentaire commune, puis professionnelle, enfin scientifique. Est-il besoin de dépoussiérer ce texte à l’heure où la maladie de la réforme, nouvelle pathologie d’un activisme compulsif, incite au changement perpétuel quitte à provoquer le désarroi et la confusion des uns et la sidération des autres ? Heureusement que le cinéma originaire de Hollywood est présent pour instiller quelque espérance dans un monde désorienté, épuisé et perplexe.

Le cinéma : quel art ?

On murmure que pour mobiliser les forces d’un lobbying tenace, les troupes enrôlées dans cette bataille se sont efforcé pour convaincre et agir, d’appuyer sur le passé pour recueillir les fruits du présent. Ce passé c’est celui du cinéma muet et noir et blanc. Il est à contre courant des grandes fresques actuelles qui présentent des forces naturelles ou supranaturelles agissant contre la fragilité de l’homme, champion de la prédation mais qui finit par succomber aux puissances du mal jetées contre lui et malgré lui. Ce furent Frankenstein, King-Kong au sommet de l’Empire State building ou la figure plus avenante de Zorro ou autres divinités du début du 20è siècle. Walt Disney s’empara des contes de fée pour enchanter les enfants et leurs parents dans les salles obscures de l’époque pour leur transmettre frayeurs, admiration, amourettes et affection. Pour remporter les Oscar, on a misé cette fois sur le passé, doux et rassurant contre les terreurs du futur. C’est ce que l’on appelle de façon compulsive en France du "jamais vu" ou du déjà vu. Rien ne s’y prêtait mieux que le muet, la vieille photo et les cheveux gominés et plaqués. Ainsi évitait-on la discussion, le débat féroce pour s’acheminer vers une douce promenade dans le temps, où les accords étaient harmonieux, le printemps doux et les fleurs colorées mais pas trop. Il appartiendra à chacun de faire les choix qu’il entend faire et qui demeureront plus aisément ainsi la marque de sa subjectivité.