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Société

Les cendres de l’empereur ou la traversée de l’Europe

Article rédigé par Picospin le lundi 10 mai 2010

On n’arrête pas depuis quelques semaines d’incinérer beaucoup plus que d’enterrer ce qui notifie un choix de société intéressant à analyser du point de vue sociologique, religieux, traditionaliste sinon spiritualiste.



Le nuage de cendres se promène désormais au-dessus de nos têtes sans indiquer ses directions privilégiées ce qui laisse pantois les organisateurs des voyages dans le ciel avant de maitriser celui des candidats aux symbolismes de l’au-delà qui n’ont pas tous préparé de la meilleurs manière leur ultime voyage. Tout le monde est finalement content. Les morts, quelle que soit leur nature matérielle dérangeront moins les vivants dans leur ultime déplacement réduit à une petite fugue qu’on entend à peine dans le ciel et sur terre même si elle figure une fuite dont on ne sait pas si c’est celle du temps, de l’espace ou le chemin parcouru par des voix humaines se poursuivant les unes les autres. De cette ronde infernale qui menaçait de durer, les habitants de l’Europe avaient assez. Elle les empêchait de vaquer à leurs occupations si importantes quand il s’agit de sauver un pays plusieurs fois millénaire de la faillite, de le laisser danser le Sirtaki, de le laisser tomber dans les bras de Morphée à coups d’Ouzo et de résiné ou d’aller à la recherche de quelques profondeurs marines pour y retrouver Orphée conduisant dans le noir une Eurydice ayant perdu ses bijoux au fond d’un puits qu’on soupçonne d’être de pétrole. Dès ce lundi, tout va mieux. L’antiquité est sauvée de la destruction sinon de la disparition. Pour une fois, les gestes charitables sont immédiatement récompensés. Les bourses remontent aussi vite que les cendres étaient descendues sur une Europe aux abois, désorientée, qui avait perdu son nord, peut-être parce que le pôle magnétique, affolé et accablé par tant de péchés cherchait en vain sa position sans la trouver même à l’aide des GPS les plus perfectionnés. On commence à respirer, même si ce sont des cendres puisque les aéroports s’ouvrent aux avions et aux passagers, surtout s’ils sont « lowcost », que le ciel se couvre moins de nuages que d’engins spécialisés dans les émissions de polluants et que de nouveau le monde, sous la conduite du plus grand des financiers et des prêteurs retrouve son sens, sa direction, ses objectifs. Le gain, le profit, l’eudémonisme, la jouissance du moment plutôt que celle du devenir, le bien-être même si c’est – selon certains – au prix du sacrifice des vieillards qu’il convient de faire monter au sommet de la montagne sacrée pour qu’ils y laissent leur âme définitivement détachée de leur corps désormais inutile puisque n’étant plus digne de n’être ni réparé, ni rénové ni reconstitué au nom d’une société qui ne cesse de proclamer sa solidarité.




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