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Quelles sont les premières victimes de la crise en Géorgie ?

Les civils, premières victimes des bombardements en Ossétie

Que faire du conflit entre Moscou et Tbilissi ?

samedi 30 août 2008, par Picospin

Bernard Kouchner a accusé les troupes russes de préparer un nettoyage ethnique quand l’armée géorgienne lance une attaque contre l’Ossétie du Sud en bombardant sa capitale. Les Russes ont riposté immédiatement en lançant leurs chars à l’assaut de la ville, en traversant le tunnel de Roki qui relie l’Ossétie du Nord et du Sud et en lançant des roquettes. En moins de trois jours, la situation s’est retournée par le retrait des Géorgiens.

Victimes sous les bombardements

Les estimations du nombre de victimes de ces bombardement varient selon les sources d’information, entre 2.000 personnes tuées selon les Russes et 1.500 morts selon des sources Géorgiennes. Actuellement, les associations avancent prudemment le chiffre de 100 à 200 victimes (des deux camps), se référant aux chiffres fournis par les hôpitaux. Aucun journaliste en provenance de Géorgie n’avait accès, jusqu’au 21 août, à la capitale de l’Ossétie du Sud. Seule l’organisation internationale Médecins Sans Frontières est parvenue à franchir la frontière pour une période très brève et sans avoir accès à une visite de la ville. Dès l’arrêt des combats à Tskhinvali, les Russes ont envoyé un hôpital de campagne installé dans l’hôpital républicain qui pour le moment fonctionne plus ou moins bien et qui commence à reprendre une activité régulière. D’autres blessés ont été transférés en Ossétie du Nord pour y être soignés pendant que MSF reste présente à Tbilissi où ont fui des dizaines de milliers de Géorgiens qui sont soignés avant de pouvoir rentrer chez eux sans qu’aucun traitement ne soit interrompu, essentiellement dans le domaine des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension ou les comitialités et en assurant la prévention des traumatismes psychiques contre lesquels un service d’aide permanent doit être organisé. Les populations ossètes sont également traumatisées par la guerre dont les effets ont été adoucis par un concert offert à leur intentions dans les ruines du centre-ville, où le célèbre chef d’orchestre russe Valery Guerguiev, a rendu hommage aux morts Ossètes. A Gori, ville natale de Staline en Géorgie, les bombardements ont fait des dégâts moins importants qu’à Tskhinvali, puisque la ville n’est pas détruite mais un grand nombre d’habitants a déserté les lieux par peur des Russes. L’organisation américaine Human Rights Watch a dénoncé, après enquête, l’utilisation de bombes à sous-munitions par l’armée russe. Interdites par une centaine de pays, ces armes sont particulièrement meurtrières et n’explosent pas toutes immédiatement. Elles représentent donc un danger permanent pour les populations qui peuvent être blessées ou tuées si un déminage n’est pas effectué. Jusqu’à la semaine dernière, l’accès à la ville était rendu très difficile en raison de la présence des forces russes et malgré la présence âprement négociée des humanitaires.

Russes et humanitaires

Dans ce nord difficile d’accès et contrôlé par les Russes, les récits se ressemblent par le nombre des maisons pillées, du bétail abattu ou disparu, de la population terrorisée, des civils abattus, des villages désertés, des chiens errants. Des hommes violents, armés et parfois ivres, sèment la terreur dans la région de Gori. Ils sont dépeints comme des criminels en goguette dans un Caucase en ruines par tous ceux, nombreux, qui ont croisé leur chemin. Impossible de les avoir ratés en Géorgie. En dépit du retrait russe, ces miliciens -troupes armées irrégulières- continuent à terroriser la population et à contrôler l’accès à la frontière et à de nombreux villages. Les réfugiés racontent des choses terribles et sont terrifiés par ces hommes qui les poussent à partir. Ce bataillon a une sinistre réputation en Tchéchénie où il a commis des actes barbares : viols de masse, pillages, massacres. »Au CICR, on ne commente pas ces questions mais on précise que dans les villages vidés de leur population, certaines personnes vulnérables sont restées et que leur situation est « inquiétante ». L’accès à ces endroits est impossible pour des raisons de sécurité et les réfugiés ont peur d’y retourner. Depuis vendredi 22 août, un mouvement de retour important a été constaté. 40 000 personnes ont quitté la capitale géorgienne pour retourner à Gori et ses environs. Les hommes partent en premier pour s’assurer de la sécurité de la zone et de la salubrité de leurs maisons. On n’a pas vu beaucoup de destructions mais beaucoup de pillages de meubles et de bétail. La situation est catastrophique au nord de Gori où les déplacés qui tentent de rentrer chez eux se replient car ils sont chassés par des pillards, où les personnes malades ou âgées sont contraintes de rester car incapables de marcher les dizaines de kilomètres qui les séparent de Gori ce qui rend impossible l’accès à cette zone-tampon, contrôlée par les Russes.

Vous avez dit "génocide" ?

Dès la première étincelle en Ossétie du Sud, le mot « génocide " a surgi, terme qui a été repris plus tard par les officiels russes accusant la Géorgie d’avoir cherché à éliminer les Ossètes et d’avoir osé parler de l’offensive géorgienne comme d’un génocide ! Une opération de destruction massive à coup de pilonnage d’artillerie, de chars et de fusils d’assaut contre des milliers de citoyens russes ce qui fait de cette opération, selon certains, un véritable nettoyage ethnique, plainte qui a été déposée par la Géorgie contre la Russie auprès de la Cour pénale internationale. Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, a averti de même de l’imminence d’un « nettoyage ethnique ». Le ministre se référait à des témoignages concernant des exactions commises par des milices sud-ossètes contre la population géorgienne. Selon Human Rights Watch et le HCR, des cas de pillages, de destructions d’habitations et d’intimidations à l’encontre des Géorgiens, majoritaires dans cette ville, ont été signalés à Akhalgori, en Ossétie du Sud. Si l’on se réfère à la définition du « nettoyage ethnique », il s’agit du déplacement forcé d’un groupe ethnique hors d’un territoire et de l’utilisation de violences pour y parvenir (bombardements, pillages, viols, massacres). Entre 80 000 et 160 000 Géorgiens ont fui leur village après des destructions, des pillages et des exécutions sommaires. La plupart d’entre eux ne pourront jamais rentrer en Ossétie du Sud car un nombre incompressible de 20 à 30 000 personnes seront contraintes de rester à Tbilissi ou dans d’autres villes d’accueil. Les Géorgiens qui ont ouvert les hostilités sous couvert d’un soutien tacite de la communauté internationale et de l’OTAN, ont commis l’erreur d’attaquer de front la Russie de Poutine en Ossétie du Sud sans avoir tiré partie de l’expérience tchetchennene. La réponse russe, disproportionnée, était à prévoir et si cela faisait partie de la stratégie géorgienne elle n’en n’est pas moins criminelle..Les accusations de Bernard Kouchner à l’égard de Moscou - qui pourrait avoir « d’autres objectifs " après l’Ossétie du Sud et l’Abkahzie, dont " la Crimée, l’Ukraine, la Moldavie » - relèvent d’une « imagination maladive », selon les affirmations du Ministre russe des Affaires étrangères.

Qui a déclenché la guerre ?

C’est le Président géorgien qui a déclenché cette guerre en attaquant son propre pays, comment ne pas comprendre que l’Ossétie du Sud demande son indépendance après ça ? Les Russes l’ont reconnu avec la demande de l’Abkahzie aussi et nous devrions faire de même. En tout état de cause, la guerre est une horreur quels que soient les camps concernés, car les guerres propres n’existent que dans l’imagination des dirigeants américains. On décrit avec moult détails (même quand on admet que l’accès à la région est très restreint)les souffrances des Géorgiens et on passe rapidement sur ce qui est arrivé en Ossétie du sud. D’ailleurs les chiffres des victimes seraient gonflés par les Russes mais ceux donnés par les Géorgiens seraient sûrs. Les témoignages cités qui vont tous dans le même sens, sont à charge. Peut-être faut-il insister sur le fait que l’agresseur premier est la Géorgie (avec l’aide possible des USA) qui pensait peut-être que la Russie allait laisser faire sans réagir. Le bataillon Vostok qui a encore commis un nombre impressionnant d’exactions est composé très majoritairement de Tchétchènes renégats. Cela semble être la fin de partie pour un chef de gang renégat, élevé au grade de héros de la Fédération par Poutine. Son histoire personnelle de « war lord » démontre les compromissions et la cupidité d’un certain nombre de Tchétchène qui ont renoncé à combattre pour l’indépendance de leur pays contre l’argent et le pouvoir. Ainsi, chronologiquement, lui et son clan ont d’abord soutenu l’indépendance de la Tchétchénie lors de la 1ère guerre contre la Russie avant de se retourner en faveur de Moscou en contrepartie de fortes sommes. C’est ce qui explique la liquidation par les indépendantistes du frère ainé de Sulim qui était le leader du clan en 2003. Toutefois, aujourd’hui la roue semble tourner pour lui et son clan face au clan rival des Kadyrov qui a le soutien de Moscou et des miliciens. C’est ce qui pourrait expliquer sa présence et celle de ses hommes en Géorgie pour lui permettre de redorer son blason auprès de Moscou, entreprise qui a échoué.

Les lecteurs s’en mêlent

Ce commentaire de lecteurs précède les suivants qui sont dans l’ensemble d’autant plus virulents que le théâtre des opérations se situe loin de nos bases où l’on est plus confortablement installé, à l’abri des escarmouches, des fuites, de l’instabilité, de la misère et des luttes fratricides. « Je suis écoeuré par la tonalité de la plupart des réactions. Comme souvent, l’Occident est le grand Satan. La Géorgie étant « Occidentophile », elle est coupable. Les articles de la Rue 89 peuvent difficilement être taxés de partialité en faveur de l’Occident. Cet article est édifiant et, en même temps, le journaliste prend soin d’utiliser des pincettes lorsqu’il reprend des témoignages. Certains chiffres sont pourtant claires : il y a environ 70.000 Ossètes en Ossétie du Sud. Environ 88.000 Géorgiens ont été déplacés durant cette guerre…La complicité des Russes vis-à-vis des milices qui sèment la terreur dans la « zone tampon " devant des dizaines de journalistes est affligeante. L’idée est de faire peur, de montrer ses crocs et ses muscles. Je n’aime pas les guerres, je n’aime pas l’idée de " choisir » un camp, mais force est de constater que je ne suis pas près de valider le comportement d’un pays dont la stratégie consiste à pratiquer un chantage à la violence et à l’énergie à l’encontre de l’UE. Nombre de riverains se prosternent devant des gens qui fantasment à s’imaginer leurs bourreaux… Masochistes ?

Nettoyage

Il faut être vigilant avec l’emploi de notions telles que « nettoyage ethnique " et " génocide ». Il n’est pas étonnant que les Russes aient été les premiers à crier au génocide : ce faisant, ils accréditaient le parallèle, qu’ils n’ont cessé de faire, avec le Kosovo. S’il y a eu nettoyage ethnique, c’est plutôt il y a quinze ans lorsque, à la faveur du conflit qui a donné à l’Ossétie du Sud son indépendance de facto, la majorité géorgienne de la région a été contrainte à la fuite. Kouchner est bien placé pour savoir la différence qu’il y a entre le cas kosovar, où la communauté internationale est intervenue pour éviter un nettoyage ethnique et qui a obtenu son indépendance après de nombreuses années d’administration internationale, et l’Ossétie du Sud, qui a acquis son « indépendance » durant une période trouble, avec le soutien à peine voilé de Moscou et au prix de dizaines de milliers de personnes déplacées. Raison de plus pour éviter de parler de nettoyage ethnique, surtout si l’on n’est prêt à défendre l’intégrité territoriale géorgienne que sur le plan rhétorique…

Sources :

Agoravox
Rue 89

Questionnement éthique :

1. Comment comprendre cet imbroglio politico militaire qui implique la grande puissance de l’URSS autrefois crainte par la plupart des pays du monde, qui se redresse actuellement sous la conduite rigoureuse d’un couple interchangeable dont le fonctionnement apparait comme démoniaque par la plupart des observateurs neutres et des autres, fortement impliqués dans la conduite des affaires de la planète ?

2. Quelle méthode utiliser pour améliorer notre compréhension du monde, rendue de plus en plus difficile par les théories en jeu, les régimes politiques qui gouvernent, les ressources économiques des états et les valeurs qui guident leurs décisions ?

3. Est-ce que des penseurs comme Vico, mort en 1744, peuvent être d’une quelconque utilité pour éclaircir le débat ? Pour lui, l’affirmation qu’il n’ n’y avait qu’une seule méthode pour établir la vérité est fortement remise en question en raison des obstacles sur le chemin d’une idéologie qui cherche à tout prix à présenter un système unique de sciences naturelles et humaines. On aboutit dans cette trajectoire à l’habituel débat entre science et religion, devenu plus récemment sous le regard des postmodernistes, un frein à la proclamation que la science ne saurait avoir aucune prétention à l’objectivité mais ne serait qu’une façon de considérer les choses, dénuée de toute supériorité par rapport à une autre.

4. Ne serait-ce pas vers une autre conception qu’il conviendrait de se pencher, celle du rejet du dualisme cartésien et d’une conscience jouant le rôle d’une d’une entité mais plutôt celle d’un procédé dont la fonction, au contraire, est celle d’une approche de la connaissance ?