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Les dictateurs malades : de Mussolini à Hitler en passant par Staline

vendredi 19 octobre 2007, par Picospin

La vision du film présenté à la TV par Arte sur le couple infernal Hitler et Mussolini a une énorme valeur pédagogique. Les documents sont de première qualité en raison du « nettoyage » des pellicules et des supports utilisés pour ces images. Les réalisateurs ont eu l’habileté de glisser entre les documents de l’époque des images figées d’aujourd’hui, réalisées selon les techniques modernes avec de très belles couleurs. Insérées au milieu des chutes des films de l’époque, cet ensemble donnait une impression de grande vérité et d’authenticité.

Un couple infernal

Chacune des images modernes accordait au film une véracité d’autant plus grande que les nouveaux documents s’accordaient parfaitement avec les anciens. Ces derniers devenaient plus vraisemblables que jamais en raison du travail de dépoussiérage et de rénovation auxquelles avaient été soumis les pièces exhumées d’on ne sait quelles archives. Ce que ce film montrait à l’évidence avec le recul qui permet de jeter des yeux plus froids et plus distants sur les évènements, ce sont deux choses essentielles et des faits plus mineurs. A l’origine d’une histoire comme celle du déclenchement de la 2è guerre mondiale, il y a le désir de brûler le monde pour y établir son pouvoir, montrer sa puissance quand on n’est guère sur de la sienne. Ce fut le cas des deux dictateurs en présence, l’un et l’autre atteints de névroses graves à type de dépression qui devaient être soignées en permanence et rééquilibrées. Le malheur est que cet équilibre n’a jamais pu être atteint par l’utilisation de produits pharmacologiques comme ceux dont on dispose maintenant contre les troubles de l’humeur et qui montrent chaque jour leur efficacité. Ils devaient recourir en permanence à des substituts qu’ils se procuraient eux-mêmes sous forme de créations d’évènements qui leur permettaient de se rassurer périodiquement sur leur état mental et leur humeur.

Une dépression sévère

Il est vraisemblable qu’aucun des médecins qui ont pu se pencher sur la santé de ces deux individus n’a même jamais osé aborder avec eux la question d’un éventuel état dépressif. Ce diagnostic les eut immédiatement confronté à eux-mêmes et aurait fait porter le soupçon insupportable de leur atteinte par une maladie neurologique appelée névrose dont personne ne devait connaître ni même soupçonner l’existence. Comme ils étaient tous deux impliqués en permanence dans l’agitation plus que dans l’agir, il n’était guère difficile d’attribuer leur état d’épuisement alternant avec la plus grande excitation à un surcroît de travail à l’origine des périodes de fatigue qui accompagnent si souvent les états dépressifs.
Pour se soigner ils n’avaient d’autre recours que celui d’utiliser tous les moyens qui leur procuraient de l’excitation pour les faire basculer de la dépression dans ce nouvel état. On appelle cette alternance la maladie bipolaire en raison du passage rapide d’un état à son contraire. On a recours pour soigner cette pathologie à des traitements dérivés du lithium ou à des antidépresseurs.

Les troubles bipolaires

Ces derniers sont efficaces pour rétablir l’équilibre à condition que le mal ne soit pas trop sévère et qu’il s’agisse bien d’une névrose qui ne déborde jamais dans la psychose. Pour parvenir à ce résultat, il fallait autre chose. Il fallait un complément de traitement sous la forme de l’écho que renvoyait la foule, la masse réagissant aux vociférations lancées du haut des balcons, aux incitations et aux sollicitations permanentes des auteurs de ces provocations. C’est pour cette raison qu’on a assisté pendant les années de guerre, - depuis l’arrivée au pouvoir de ces individus malades jusqu’à leur départ définitif de la scène politique - à des manifestations parfaitement organisées qui submergeaient acteurs et spectateurs et en premier lieu les auteurs eux-mêmes de ces mascarades. La foule leur tenait lieu de miroir, la place publique et le stade de haut-parleur.

Renvois

Qu’elles aient été inspirées par ou empruntées à la civilisation romaine n’ajoute rien au débat sauf à montrer que les Romains avaient une fâcheuse tendance à envahir, à guerroyer, à légiférer et à imposer au monde leur mode de vie. Ils ont montré ainsi la façon de défiler, de tuer en place publique, de faire dévorer les Chrétiens par les lions ou de faire exécuter leurs opposants ce que les Grecs remplacèrent par le théâtre, la récitation de poèmes, le débat philosophique en place publique où ils imaginèrent leur passé en l’illustrant par des aventures avec les déesses sur les mers en furie, des légendes peuplées de héros, de dieux, de naufrages sinon miracles. La vie des ces personnages fut relativement courte dès lors qu’ils ne tardèrent pas à être remplacés par des dieux plus puissants, maîtres du monde, de la nature, des corps et des âmes et qui détenaient la vérité, une vérité si exclusive que personne ne pouvait la contester sous peine de se heurter à des opposants impitoyables qui savaient mobiliser, comme les premiers leurs moyens spirituels, matériels, leur croyances et leur foi inébranlable à celles des autres.

Des dieux et des religions

C’est ainsi que naquirent les trois monothéismes qui n’ont toujours pas fini de faire parler d’eux tant ils sont proches les uns de autres, ils sont intriqués dans leur histoire et leurs fantasmes et qu’ils sont liés entre eux par des attaches de filiation, en quelque sorte un inceste permanent dont l’histoire de ces dieux est peuplée sinon saturée. Si ces monstres ont passé leur temps à faire la guerre, c’est qu’ils en avaient un besoin constant comme une drogue, une soif de meurtre, de sang, de destruction, comme on l’a vu à la fin de cette guerre lorsque tout fut exterminé comme dans une pièce de Shakespeare. Le grand Churchill a bien fait de s’opposer à cette fureur destructrice dont il avait pressenti la fin. Ne serait-ce pas une raison suffisante pour présenter la pièce de théâtre à tirer de ces évènements au Royal Shakespeare Theater de Londres en commémoration du tribut payé à l’histoire par les Anglais et en hommage à l’intelligence et à l’opiniâtreté avec lesquelles, au milieu de la guerre une seule nation eut le courage de s’opposer à la démence.

Le bruit et la fureur

La fureur et le bruit, ce furent ceux de l’extermination des Juifs, dont aucun esprit rationnel ne saurait comprendre la raison. Leur disparition de l’horizon européen, leur massacre collectif suivi de leur fuite désespérée ont vidé l’Europe mais encore plus l’Allemagne d’hommes particulièrement doués, souvent éduqués et savants, et qui de ce fait auraient pu rendre les plus grands services même aux pouvoirs fascistes, ce qu’ils auraient fait sans doute sous la pression de la force et d’un désir d’assimilation et d’appartenance à la communauté majoritaire à laquelle ils souhaitaient s’assimiler, comme ils l’ont fait en URSS où ils ont subi séjours au goulag sinon assassinats. Les déments ont accompli ces actes irrationnels au moment où Freud parlait du remue ménage accompli derrière l’écran du conscient dont il partage l’activité avec l’inconscient qui ne cesse de frapper à la porte. Ces coups mystérieux n’évoquent-ils pas ceux frappés dans « La nef des fous ».

La nef des fous

En allant plus loin que l’aspect burlesque qu’elle dégage au premier abord, elle est une critique de la folie des hommes qui vivent à l’envers et perdent leurs repères religieux. Ce n’est pas la tête qui règne ici mais le ventre. Si la tête ne règne pas c’est qu’elle est folle. Sa folie est d’adorer le ventre, sa folie est le péché. Le péché de la gourmandise ainsi que la luxure étaient des vices très répandus depuis longtemps dans les monastères. Bosch y montre son regard sur le monde de l’époque en critiquant les mœurs dissolues du clergé, la débauche de la vie monastique et la folie humaine cédant aux vices. Il les dénonce par la première en l’attribuant à des personnages appartenant aux classes inférieures de la société. Ainsi le convive qui vomit ne montre-t-il pas la débauche de celui qui succombe aux effets de l’alcool avec la cruche, symbole du sexe féminin ou du diable, le poisson mort sans écaille, image du péché, le masque de chouette regardant la scène, symbole du démon…La nef des fous est un terme repris aux traditions des Flandres du XVe siècle. Publiée en 1494, cette oeuvre de S. Brant accueille, dans sa nef symbolique, des fous de toutes catégories et fait défiler les faiblesses humaines. Une de ses strophes dit : « Mieux vaut rester laïque que de mal se conduire en étant dans les ordres ». Beaucoup de similitudes existent entre ce livre et la représentation faite par Bosch.

De Bosch à Erasme

Cette dernière est sans doute liée à L’Éloge de la folie d’Érasme, essai écrit en 1509 où ce dernier révisa et développa son travail, à l’origine écrit en une semaine, pendant son séjour chez Thomas More. Oeuvre qui a eu le plus d’influence sur la littérature du monde occidental, elle a été un des catalyseurs de la Réforme. La relation qu’établit Bosch entre « vice » et « folie » est caractéristique de la littérature du XVe. Il met en garde contre la perte des valeurs ecclésiastiques, la négligence ou la folie des hommes par rapport à la religion, enfin tout ce qui règne à la fin du XVIe siècle, à l’heure du déclin du Moyen Âge. Érasme qui a défendu une conception évangélique de la religion catholique, a critiqué l’attitude du clergé et du pape, dont les comportements lui semblaient en opposition avec la position des Evangiles. Auteur de nombreux écrits, principalement des dialogues dont le fameux Éloge de la folie, il a longuement voyagé en Europe pour développer sa conception humaniste de la chrétienté. Bien que ses idées et ses critiques à l’encontre du pape fussent proches de celles de Luther, il n’a jamais voulu adopter ni encourager la Réforme, ne souhaitant pas créer de schisme à l’intérieur de l’Église, fidèle par là à son idéal de paix et de concorde.

Rhétorique et théologie

Alors qu’il prépare le doctorat de théologie de la Sorbonne de 1495 à 1499, il compose pour ses étudiants latinistes des modèles de lettres et travaille à l’élaboration d’une rhétorique épistolaire, d’abord en accord avec celle des humanistes italiens, puis appelée à connaître un développement extraordinaire qui aboutit à l’élévation de la lettre au rang de prose d’art. Influencé par les débats contemporains entre tenants du formalisme médiéval et partisans du néoclassicisme, Érasme entreprend d’illustrer sa propre conception du genre. Ses manuels d’épistolographie, maintes fois plagiés à partir de 1499-1500, s’inscrivent dans la mouvance évolutive d’une synthèse des traditions classique et médiévale. Épistolier infatigable, il écrit des lettres à tout ce que l’Europe compte de princes, de grands ecclésiastiques, d’érudits renommés ou de disciples novices. Il affirme consacrer la moitié de ses journées à sa correspondance. On comptera aujourd’hui plus de 600 correspondants dans toute l’Europe. De 1516 à sa mort, il publie plus d’une douzaine de recueils différents où sont associées ses propres lettres et celles de ses correspondants. Au total, c’est près de douze cents lettres qu’il donne à voir au public, pêle-mêle et sans égard pour la chronologie, ambitionnant d’illustrer à travers elles les ressources expressives du genre tout en projetant une image avantageuse de lui-même et de ses prises de position au sein de la République des lettres.

Autodafé

Il compose un recueil d’expressions et de proverbes latins puisés chez les auteurs anciens, les Adages. Comme chaque expression est commentée, cet exercice qui lui permet d’illustrer les rapports entre la littérature latine et grecque, est prétexte à proposer ses analyses sur l’homme, la religion ou les sujets d’actualité. Érasme mourut dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536, à Bâle où il était revenu surveiller la publication de l’Ecclésiaste. Il fut enterré dans la cathédrale devenue protestante, bien qu’il fût resté officiellement catholique. Le 19 janvier 1543, ses livres furent brûlés publiquement à Milan en même temps que ceux de Luther. C’était la fin de la réforme humaniste de l’Église catholique.

Questionnement éthique :

1. Quel devait être le comportement des populations asservies par les dictatures ?

2. Comment les gens pouvaient-ils garder intacts leur convictions, leur jugement, leur foi, leur militantisme alors qu’ils étaient menacés de mort et déportation ?

3. Est-ce que l’attitude des personnes ainsi mises sous le joug contraste avec celle des gens qui dans le monde moderne se font brûler en place publique ou surtout s’immolent sous les explosions des grenades dont ils sont les porteurs ?

4. Est-ce que la notion de patrie, de religion, de communauté a le même sens actuellement, pendant la 1ère et le 2è guerre mondiale et à l’époque de Bosch et d’Erasme ?

5. Est-ce que la folie de Hitler et de Mussolini puis de Staline sont les conséquences des malheurs, frustrations, souffrances subies dans leur passé ?