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Etudiants déboussolés ?

Les difficiles conditions des études chez les enfants d’aujourd’hui

Quand l’angoisse étreint les parents

mercredi 15 avril 2009, par Picospin

L’enseignement a été longtemps interrompu cette année pour des raisons diverses dans lesquelles il n’est pas facile d’entrer mais qui tiennent essentiellement à l’inadéquation entre contenu et organisation de l’enseignement, sa réception par les étudiants et son exploitation par les enseignés lorsque ces derniers franchiront le seuil des grilles qui mènent de l’école et de l’université vers le champ rétréci des professions capables de coller au type de formation reçu, compte tenu de la situation économique restreinte, des offres souvent aussi inadaptées au parcours professionnel que le sont les modes d’apprentissage offerts.

Une fin d’année angoissante ?

En cette période d’avril normalement dévolue aux révisions pour les examens de fin d’année, les universités planchent sur le rattrapage des cours, fortement malmenés cette année par dix semaines de contestation. L’expérience des mobilisations passées, notamment celle contre le CPE et qui avait duré huit semaines au printemps 2006, est souvent évoquée par les présidents d’université. Ils disposent d’une certaine souplesse, puisque la fixation des dates d’examens relève de l’autonomie des établissements. personne ne souhaitant voir cette année universitaire annulée par la grève, le programme des examens devrait être adapté aux enseignements plus ou moins rattrapés. « Aucun responsable politique ou universitaire ne le dira officiellement, décrypte un professeur d’anglais de Paris-IV, mais les étudiants brandiront un parchemin obtenu au rabais. Il est impossible de rattraper dix semaines de cours en une ou même cinq semaines… » Souvent livrés à eux-mêmes, les étudiants se sentent déboussolés. La plupart des universités ont décidé de rattraper une partie des cours et de repousser les examens en juin ou en septembre au lieu de mai. Pour organiser des cours supplémentaires, il faudrait inventer des salles disponibles et dégager de nouveaux horaires. Une gageure pour la Sorbonne déjà « pleine comme un œuf ». Il est impossible de prolonger les enseignements, car les étudiants étrangers doivent repartir chez eux avec leur diplôme. Les étudiants français, eux aussi, ont des engagements pour des contrats de travail ou réclament une attestation de diplôme pour changer de filière. À Tours, à Perpignan ou à Toulon, la présidence de l’université a décidé de décaler le calendrier universitaire d’un mois pour ne pas donner l’impression d’avoir adopté un rattrapage de façade. Rattrapage, examens, délibérations : l’année sera exceptionnellement bouclée le 3 juillet cette année car nous ne voulions pas donner les diplômes ni annuler le semestre. Cette situation qui risque de devenir dramatique pour certains évolue dans une contexte des plus défavorables pour parfaire une acquisition des connaissances solide qui nécessite une atmosphère sereine, la joie de vivre et d’envisager l’avenir avec confiance et un optimisme capable de stimuler le goût de l’effort, de l’implication et de l’estime de soi.

Une situation préoccupante

Comme annoncé à plusieurs reprises, la conjoncture de l’enseignement en France est loin d’être des plus favorables pour peu qu’on prenne la peine de consulter sa position dans les divers classements internationaux fixant son rang d’excellence au milieu des concurrents les plus immédiats que sont les pays où l’apprentissage est considéré comme le plus performant. Parmi ces derniers, on cite volontiers la Finlande, la Hollande ou le Japon, pays vers lesquels se précipitent en masse les candidats aux parcours diversifiés des programmes européens Erasmus. Cette occasion de parfaire ses connaissances, ses acquis, son savoir, d’autres langues et cultures attire les élèves les plus doués mais aussi ceux qui sont les moins empêtrés dans des situations personnelles, familiales, difficiles, contradictoires, tendues, tiraillées entre des pôles opposés, des tensions inextricables qui perturbent le fonctionnement paisible de l’esprit prêt à la conquête du monde et de ses idées. Aux conditions précaires de certains étudiants tiraillés entre le désir de bien faire et les obstacles dressés sur leur route pour satisfaire leur soif d’apprendre, s’ajoute pour certains d’entre eux le stress imposé par l’angoisse des parents, liée à la réussite scolaire. Y a-t-il trop de stress lié à la réussite scolaire ? Oui, mais les plus stressés ne sont pas ceux que l’on croit. Les enfants sont certes touchés, mais leurs parents le seraient plus encore. C’est ce qui ressort d’un sondage rendu public début avril et réalisé auprès d’un échantillon de près de 700 parents représentatifs. A la question : "Avez-vous le sentiment que votre enfant est stressé par l’école ?", 31 % des adultes répondent par l’affirmative. Mais si on leur demande : "Et vous-même, vous sentez-vous stressé par la réussite scolaire de votre enfant ?", 52 % avouent que oui. Les motifs principaux d’inquiétude des enfants sont liés aux notes et à l’évaluation tandis que les parents craignent pour leur avenir. (Le Monde, 13.04.09).

Un stress précoce

Les enfants sont stressés de plus en plus tôt. Ils se plaignent de maux de ventre, irritabilité, problèmes de sommeil, perfectionnisme, volonté de tout contrôler, petites maladies à répétition et autres symptômes polymorphes survenant à un âge de plus en plus jeune. Les parents sont de plus en plus inquiets car ils veulent savoir où nous en sommes par rapport au programme. Certains donnent même des devoirs supplémentaires à leurs enfants tâche supplémentaire qui se solde par des enfants apathiques, car submergés par l’ampleur de la tâche ou "qui posent beaucoup de questions, par peur de l’échec. L’instituteur passe de plus en plus de temps à rassurer les parents et leur expliquer que la pression peut être contre-productive, explique un responsable de soutien scolaire qui fait état lui aussi d’un rajeunissement des élèves bénéficiant des services de son entreprise. Les enfants du primaire qui représentaient, il y a dix ans, 6 % des élèves que nous suivions sont passés aujourd’hui à 12 % sans doute par crainte du chômage, d’une moindre disponibilité des mères parce qu’elles travaillent, de l’explosion des foyers monoparentaux. La réussite de la vie des parents est actuellement étroitement associée à celle de leurs enfants. Les mères qui suivent davantage la scolarité de leurs enfants sont plus stressées que les pères par la réussite scolaire.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la responsabilité parentale, dans laquelle c’est l’enfant en sa totalité et en toutes ses possibilités, pas seulement les besoins immédiats, est bien l’archétype de toute responsabilité ?

2. Est-il vrai que le corps est le premier objet des préoccupations parentales ? Si oui, quelles sont les cibles suivantes en matière de prise de responsabilité ?

3. Quel est le rôle que joue ensuite l’éducation dans la séquence du développement de l’enfant ? Peut-on citer les aptitudes, les relations, le comportement, le caractère, le savoir, jusqu’à l’atteinte du bonheur ?

4. Est-ce que ce schéma des prises de responsabilité successives reproduit, à quelques détails près, celui que doit suivre l’homme d’état, lui qui s’est porté volontaire pour endosser cette charge, ce rôle, évoluant tous deux vers l’imputabilité, l’obligation, la sécurisation ?

5. Elever l’enfant inclut son introduction dans le monde des hommes, qui commence avec le langage et qui se poursuit avec la transmission du code entier des convictions et des normes sociales dont l’appropriation fait de l’individu un membre de toute la communauté.

Ces références sont contenues dans : Jonas, Hans : "Le principe responsabilité" Paris, 1990, Champs, Flammarion.