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Sont-elles apaisées ?

Les difficiles relations entre risque et complexité

Quelle en est leur compréhension ?

mercredi 28 avril 2010, par Picospin

Bien gérer le risque pour éviter l’erreur, voilà la tâche qui incombe aux magistrats dans le cadre législatif qui leur est imposé. Voltaire disait déjà que le métier le plus difficile au monde est celui de rendre la justice » en s’assurant de la sécurité des consciences sur les attendus des sentences.

Contrôleurs du ciel

Dans la navigation aérienne, cette dernière est ressentie dans la salle de contrôle servant au réglage des comportements. Elle se fonde sur la minutie des opérations de sécurisation, les efforts appliqués à l’encadrement, à la sécurité dans la gestion globale de la performance, notamment par rapport à la manière d’apprendre les leçons tirées des incidents. Dans ce secteur d’activité, le retour d’expérience offre le meilleur moyen de tirer les leçons des erreurs commises, des approximations, comportements laxistes dans la coopération, la coordination, les synchronisations dans le temps et l’espace. Le risque est une question philosophique, et non mathématique, parce qu’il engage l’homme vivant, existant : mais l’homme vivant, c’est l’homme mortel, si bien que ce qu’il risque, c’est la mort, tandis que les calculs ne peuvent porter que sur les intérêts qui concernent l’homme en vie et qui la préservent. La sécurité lui est due grâce aux mesures imposées par les autorités de contrôle pour protéger et éviter.

Contradictions

Toutes renferment des contradictions qui définissent la complexité. Pour obtenir le risque zéro et la sécurité à 100%, faut-il préférer la simplicité à la complexité ? Inondations, séismes, éruptions volcaniques, mouvements de terrain descendant le long de pentes abruptes, qu’elles soient favelas de Rio ou coulées de boue des Alpes, avalanches, feux de forêt, cyclones et tempêtes constituent le lot quotidien ou l’exceptionnel des catastrophes qui tuent par centaines, engloutissent la vie, celle des hommes et bêtes vivant ensemble et se nourrissant les uns des autres. Nos systèmes sociotechniques cherchent à atteindre des niveaux de sécurité jamais obtenus auparavant. Ils sont devenus fragiles du fait de leur complexité croissante et des contraintes qu’ils subissent et imposent. L’étude des grandes catastrophes, comme celle des ravages du cyclone sur la Louisiane, apporte des enseignements précieux sur l’importance du facteur humain et de l’exercice des responsabilités par les autorités. La modestie doit-elle ouvrir largement les vannes de l’éthique dont les flux sont susceptibles d’emporter sur leur passage toutes les réticences des sceptiques à l’égard de la philosophie morale ?

Place à la modestie

La modestie doit-elle ouvrir largement les vannes de l’éthique dont les flux sont susceptibles d’emporter sur leur passage toutes les réticences des sceptiques à l’égard de la philosophie morale ? Est-ce que notre société doit prendre le risque de promouvoir une technique encore peu exploitée, riche en devenir mais dont les inconnues dans la réalisation et la mise en marche en terrifient quelques-uns, au point de faire renoncer le plus grand nombre, celui des profanes, à la réalisation d’un objectif lointain mais capable de prendre le relais des énergies fossiles épuisées et de la fission nucléaire ? Le fonctionnement complexe du monde constitue une nouvelle culture qui questionne et irrigue à la fois tous les domaines où se déploie actuellement l’activité réflexive de l’homme en situation d’acteur. Quant au domaine traditionnellement dévolu à la philosophie, il est évoqué sous les thèmes de la logique, du déterminisme, des schémas explicatifs du monde, de la relation du plus et du moins, de celle du tout et de l’élément, du sens de l’histoire, de la finalité.

Défi ou réponse

Edgar Morin considère le complexe comme un défi plus qu’une réponse. Il le définit comme la capacité de penser à travers la complication, les incertitudes et les contradictions. En Haïti, la complexité est née de la collusion d’une pauvreté extrême, de compromissions sur la solidité des constructions, d’un délitement d‘une société à la recherche de ses valeurs dont l’absence et le silence ont vidé les épiceries, créé des zones de non droit et plongé la société dans l’obscurantisme moral. insiste sur l’importance du retour d’expérience tiré de très nombreux accidents. Il montre que la maîtrise des risques dans de tels systèmes "socio-techniques" passe par le respect de commandements qui ordonnent la réalisation d’installations robustes, stables, fiables et sûres, la constitution d’équipes fiables et motivées, la maîtrise des modifications décidées, la mise en place d’un contrôle interne, la préparation à la gestion des crises. On insiste sur l’importance du retour d’expérience tiré de très nombreux accidents.

Maitrise des risques

Il montre que la maîtrise des risques dans de tels systèmes "socio-techniques" passe par le respect de commandements qui ordonnent la réalisation d’installations robustes, stables, fiables et sûres, la constitution d’équipes fiables et motivées, la maîtrise des modifications décidées, la mise en place d’un contrôle interne, la préparation à la gestion des crises. Est-ce qu’au terme de ces processus engagés, l’éthique a des chances de devenir celle de la compréhension avec ses corollaires, la pacification des relations entre les hommes, l’élargissement des libertés et la solidarité, gage d’un renforcement du lien social . Si elle n’est pas entièrement comprise, cette insuffisance dans l’approche de l’éthique ne signifie pas que son avenir est compromis. La complexité permet d’assembler sans risque d’explosion les contradictions, le périlleux affrontement des incertitudes et pour les penseurs les plus radicaux, la nécessité du pari.