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Répression ou prévention ?

Les difficultés de l’adolescence ne guérissent ni par l’imposition des mains ni par la prison ou l’expulsion

Construction ou destruction de l’être humain ?

mardi 31 août 2010, par Picospin

On a l’impression dans ce texte pourtant rédigé par une personnalité d’expérience que les personnes dont elle parle n’appartiennent pas à notre catégorie de population mais à une espèce en danger, en voie de survie ou d’extinction au prix d’efforts de conservation de la part des parents et éducateurs pour les sauver de quelque menace qui pèserait sur eux et dont on ne saurait les protéger.

Une dame de coeur ?

Cette dame occupe dans l’espace de l’éducation un rôle non négligeable puisqu’elle exerce les fonctions de psychiatre, qu’elle est docteur en médecine et sciences sociales (comme votre serviteur) et qu’elle a la responsabilité de la direction de la Maison des Adolescents à l’hôpital Cochin dont la première initiative revient à Mme Chirac. Le bilan de son action n’est pas encore parfaitement établi en raison de la relative jeunesse de cette institution et d’une expérience qui n’en est qu’à ses débuts. L’auteure de l’article commence par citer le contexte de son action et de la situation dans laquelle elle découvre les adolescents qui lui sont confiés. « On dit, en effet, que c’est le plus bel âge de la vie, et c’est souvent ainsi. Pourtant, en même temps, on l’associe à l’ennui, à la révolte, aux transgressions, aux questionnements identitaires ou au besoin d’utopie. On l’oublie dès qu’on en est sorti, au moins en partie et dans ses aspects les plus spécifiques. Pourtant, on cherche à retrouver notre adolescence dès que l’occasion se présente, c’est le fameux "jeunisme" auquel on a du mal à échapper, si on en croit les magazines. »

Où sont les problèmes ?

Elle ne situe guère le contexte des problèmes auxquels elle doit faire face en tant que responsable de cette institution nouvelle dont on peine à connaître les tenants et les aboutissants. Quelles sont les particularités de la prise en charge de ces établissements qui auront comme mission de s’occuper de la jeunesse et de la période délicate de l’adolescence. En quoi consister son originalité, son approche des problèmes de la jeunesse dans une période considérée comme difficile et qui de ce fait peur aux adultes, aux parents et aux soignants sinon aux équipes chargées de la prévention des dérives, des abus, des transgressions. La situation des ces institutions est d’autant plus difficile que les mesures préconisées pour rétablir des conditions de vie pénibles ressortissent à des comportements agressifs de la société et des éducateurs. Ces réactions ne sont pas pour surprendre les observateurs de la vie ne serait-ce que ceux qui s’intéressent à l’éthologie, cette science du comportement des animaux dont nous avons beaucoup à apprendre depuis les travaux déjà anciens de scientifiques et chercheurs comme Konrad Lorenz avec ses oies cendrées qui allaient jusqu’à coucher dans son lit pour mieux le connaître et le reconnaître comme leur compagnon. Quand on a peur, on devient agressif, on tente de se défendre ne serait-ce que pour attaquer et éliminer le risque, chercher la sécurité et faire rentrer tout le monde dans le rang.

Répression ?

C’est le message général des responsables actuels de l’éducation qui ne savent comment réagir, intervenir pour faire entrer les récalcitrants et révoltés dans le droit chemin. Sinon, en désespoir de cause, on pourrait toujours réagir en mettant tout le monde à la porte pour bénéficier de la tranquillité qui convient à l’homme de bien et qui refuse de vivre sous la menace. Dans ces conditions vaut mieux encore se débarrasser des brebis galeuses que de les garder avec soi pour qu’elles se dressent contre l’autorité, le pouvoir, les conventions, le paraître plus que l’être et l’opinion publique. Qu’importe si Camus a fait allusion en son temps à "l’homme révolté", s’il a déclaré qu’entre la patrie et sa mère, il préférait cette dernière. Que signifie au contraire la révolte et la punition des adultes contre leurs propres enfants qu’on a mis sur le compte du conflit des générations. Cette formule devient magique tant qu’elle n’est pas explicite et qu’aucune mesure n’est prise pour en comprendre les causes et surtout en prévenir la survenue.

Acharnement thérapeutique

Ce qui frappe dans la politique actuelle proposée par les instances, c’est le formidable acharnement thérapeutique (comme dans les soins palliatifs) à traiter à tout prix et surtout à n’importe quel prix pour la société, ses dépenses, ses sacrifices et sa perte. Peu de gens regardent de l’autre côté de la montagne, là où se situe le versant de l’analyse, de la réflexion et de ce fait de la prévention dont on parle bien moins que de la répression. Pourquoi, les enfants et adolescents adoptent-ils des comportements négationnistes, nihilistes, révoltés, suicidaires ou à défaut des comportements de fuite à l’aide de tous les ersatz capables de faciliter la fugue devant le danger, la peur, l’angoisse d’une vie à laquelle ils ne sont pas préparés parce que personne ne les y prépare. Une fois que les drogues seront interdites ou tolérées que restera-t-il de la joie de vivre, de l’enthousiasme, de ce qui anime l’esprit et le corps, ce qu’en d’autres termes les philosophes ont cru devoir appeler « l’âme ». Si l’on n’attaque pas ce sujet en amont, c’est à dire par la prévention, la préparation à le construction ou à « l’auto-construction » de l’être humain, il n’ y a aucune chance d’aboutir au moindre résultat.

Réflexions et sagesse

C’est uniquement la réflexion sur les causes des dépressions, du mal de vivre, des sentiments sur le fait que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue qui pourrait éventuellement fournir le trousseau de clés capables d’ouvrir les niches où se réfugient la tristesse au lieu de la joie, la dépression au lieu de l’enthousiasme. Le fonctionnement de l’école n’est pas en reste pour expliquer les difficultés actuelles de la jeunesse. Comment résister aux contrôles permanents des connaissances, aux sondages de l’esprit et du corps, aux évaluations au lieu d’engager l’être humain en formation à se gaver de connaissances, de sagesse, de réflexions de pensée non pour les présenter à quelque acariâtre examinateur mais pour échanger avec les plus sages restés jeunes les idées nouvelles, l’innovation, la créativité qui seules engagent dans la vie pour ce qu’elle sait apporter à qui vient lui demander ce qu’elle contient dans ses entrailles et ses merveilles, l’explication plus que le savoir, la compréhension plus que la mémoire, la raison plus que l’affectivité.