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Les domaines du sacré

lundi 24 septembre 2012, par Picospin

Est-ce que toutes les conditions requises pour une telle appellation sont remplies ou bien est-il prématuré ou inapproprié de prononcer ce terme qui isole du profane un homme ou un groupe d’hommes destiné à mettre en relief et en avant les domaines axiologiques, ceux des valeurs dont on nous rabat les oreilles depuis un certain temps de la part du monde politique qui en manque peut-être trop nettement et trop formellement ?

Une lacune

Est-ce cette lacune trop viscéralement ressentie qui arrache des politiques les plaintes et cris de douleur ressentis au moment où le système de valeurs devient questionnement et sa reconnaissance interrogation prenant parfois une tonalité trop dramatique pour ne pas sonner aux oreilles des plus sensibles et des plus justes, des plus émotifs et des plus délicats comme un avertissement sonné par les cornes de bélier historiques qui avaient pris l’habitude d’avertir les populations que l’heure des grands revirements venait de sonner ? N’est-ce pas ce qui se passe au moment où l’éthique se pose la question de son fonctionnement, de ses objectifs et cherche la voie d’une issue nouvelle, en tout cas rénovée, pour sortir du confort de ses habitudes et de la neutralité de ses réflexions et prises de position.

Les valeurs

Au moment où le domaine des valeurs est soumis à la rude épreuve de la critique de gout des conduites, d’une part mais aussi de jugements sur l’esthétique, certains se demandent si des conditions particulières doivent être offertes à leurs auteurs pour qu’une nouvelle forme de neutralité axiologique soit instaurée afin que philosophes, historiens et sociologues retrouvent une objectivité d’autant plus menacée que les jugements de valeur ne retrouvent leur modération, leur sagesse, leur clairvoyance perdues que sous la pression des sentences abusivement prononcées, des verdicts trop hâtivement émis et des avis trop facilement énoncés, sans recours aux consultations ou références. S’en suit un monde où la mesure, le discernement, la modération ont fait place à la violence formelle de la parole, de l’écriture et encore plus des images dont est abreuvé un public trop docile, sidéré par la brutalité des images, elles-mêmes renvoyées par une télévision voyeuriste, un cinéma agité, et contaminé par la fureur d’acteurs surpris par les documents livrés à des foules en appétit, plus affamés de plaies et de sang que de peaux satinées et de surfaces lisses, voire lustrées.

Hybris

Dans ces mécanismes, se trouverait la racine de l’hybris, premier comportement qui perd la mesure comme l’illustre l’histoire de Prométhée, prototype de tous les récits qui rapportent les désastres causés par le défaut d’arrogance et d’orgueil, suprême aux yeux des Grecs. Les animaux ne le pratiquent ni ne sont tentés par ses attraits, guidés qu’ils sont par l’instinct commun à leur espèce et qui les prive définitivement de la tentation de sortir de leur monde, de leur destin pour se révolter contre lui, contrairement à ce que permet la liberté à l’homme en introduisant la liberté, cette capacité d’excès qui les différencie des premiers.

L’être des possibles

Car ce dernier est l’être des possibles, nu au départ, lent à la course, dépourvu de griffes acérées et de dents aiguisées. Il devra tout inventer pour survivre dans un univers hostile, objectif qu’il est en mesure d’atteindre grâce à la liberté qui lui sert autant d’outil à tout fabriquer et concevoir que de démesure à explorer pour en tester les effets positifs comme les vices et les conséquences délétères. Profitant de ce « laxisme » de la nature, qui lui permet de sortir de sa place assignée avec largesse par des dieux généreux ou prédateurs, l’homme peut commettre des fautes, sortir de son statut, l’élargir ou le restreindre par sa sagesse ou sa folie.