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Les émeutes vues par le New York Times

mercredi 28 novembre 2007, par Picospin

Au sujet des émeutes dans les banlieues en France, le "New York Times" assure que le rituel et le ressentiment que l’on a déjà connu précédemment a réapparu dans les mêmes conditions. Les groupes se sont heurtés à nouveau aux forces de l’ordre ce qui a incité les autorités à lancer des appels au calme pendant que les habitants de ces villes ne cessent de se plaindre du fait qu’ils sont ignorés sinon méprisés.

Des armes

Si la situation dans son ensemble a été moins dramatique que celle observée il y a deux ans, un frisson parcourt les observateurs en raison des menaces croissantes de la répétition possible de telles situations. Cette fois, ce sont des armes qui ont été dirigées sur la police dont une centaine de membres ont été blessés. Dans ces affrontements, un des officiers a perdu un œil. A ce propos le journaliste rappelle qu’il est parfaitement légal en France de posséder une arme pourvu que le propriétaire soit muni d’une autorisation de port d’armes. En guise de commentaire, le porte parole de la police a indiqué que ces manifestations représentaient une véritable guérilla.

Une guérilla

La police a arrêté plus de trente personnes, a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les bandes de jeunes et a tiré avec des balles colorées pour permettre ultérieurement d’identifier les auteurs des attaques. Ces récents évènements qui ont commencé avec la mort de deux adolescents dont les motocyclettes sont entrées en collision avec un véhicule de la police suggère que demeurent les sentiments de frustration et de colère parmi les membres des communautés arabes et africaines, particulièrement ceux qui sont chômeurs et n’ont bénéficié que d’un faible niveau d’éducation. Le maire socialiste de Sarcelles a déclaré qu’il n’avait entendu que des promesses mais que rien de concret n’avait été réalisé jusqu’ici.

Promesses...

Dans les banlieues vivent des gens dans des conditions misérables qui les mettent en rage, déclenchent la haine ce qui associé aux rumeurs qui circulent contribue à allumer des étincelles qui déclenchent l’incendie. Le début des manifestations remonte réellement aux incendies des voitures à Toulouse la veille. Aux lendemains des premières manifestations qui se sont déroulées il y a deux ans sous la présidence de Jacques Chirac, alors que M. Sarkozy était Ministre de l’Intérieur, des mesures avaient été annoncées pour améliorer les conditions de vie dans les banlieues. Elles devaient consister en allocations spéciales pour améliorer l’habitat, les écoles et les associations de voisinage, nommer des conseillers d’éducation spécialisés dans l’éducation, l’adaptation au travail, spécialement pour les jeunes chômeurs.

A distance

Au cours de sa campagne présidentielle, il est resté à distance des quartiers sensibles pour éviter que sa présence ne contribue à dresser l’opinion contre lui Ses initiatives dans ce domaine ont porté essentiellement sur la prise de mesures punitives comme la loi de juillet dernier qui a concerné surtout les récidivistes entre 16 et 18 ans que l’on est autorisé à traduire devant la justice comme des adultes. Un sociologue du nom de Adil Jazouli a déclaré qu’il avait été beaucoup question de la promulgation d’un plan Marshall dont on ne cesse de parler depuis les années 1990 et qui est essentiellement destiné aux populations des banlieues. Et d’ajouter :"Nous n’avons besoin ni de poésie ni de réflexion mais d’argent".

De la Chine à Paris

A son retour de Chine, le Président Sarkozy s’est rendu auprès des policiers blessés lors des émeutes qui ont été déclenchées par un accident survenu entre une voiture de police et de petites motocyclettes conduites par des jeunes adolescents qui circulaient sans casque. Cet accident a répandu des rumeurs selon lesquelles c’est la police qui était responsable de l’accident. A sa suite, on a entendu des appels à la revanche. Il n’est pas sûr que cette fois, M. Sarkozy pourra utiliser le même langage que celui dont il s’était servi lors des dernières manifestations et que le Président Chirac avait appelé "profond malaise". En 2005, M. Sarkozy avait promis de se servir d’un Kärcher pour laver les inscriptions et graffiti et de se débarrasser de ce qu’il avait qualifié du terme de"racaille".

Des troubles "intolérables"

Le premier Ministre a déclaré à l’Assemblée que ces troubles étaient inacceptables, intolérables et incompréhensibles ce qui l’incite à réclamer des punitions exemplaires pour ces fauteurs de troubles. "Ceux qui tirent sur des policiers, qui battent à mort des officiers de police sont des criminels qui méritent d’être traités comme tels. Les critiques envers la politique de Sarkozy se plaignent de l’absence de policiers dans de nombreux secteurs de la banlieue et que la seule fois où on constate leur présence, c’est lorsque la violence se manifeste. Le créateur d’un blog appelé "Bondy Blog s’est interrogé sur le fait de savoir quelles sont les personnes qui souffrent le plus de cette situation. La réponse n’a pas tardé :"c’est le peuple qui est la première victime". Dans une boulangerie située sur une petite place le boulanger pleure les morts en particulier celle de Larimi qui venait à peine de commencer un stage d’apprentissage du métier de boulanger. "Il était plein de courage et d’espoir" a-t-il ajouté.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la tolérance peut jouer un rôle majeur dans les évènements ci-dessus décrits ?

2. Est-ce que la version d’un journal étranger est conforme à celle présentée par la presse nationale.

3. Si oui, peut-on lui savoir gré de ne pas avoir déformé les faits et d’avoir su garder une position assez objective pour éviter de mettre de l’huile sur le feu ?

4. Quel est le rôle joué par la pauvreté, le chômage, l’exclusion, le déchaînement de la jeunesse, sa passion, ses peurs et frustrations dans le déclenchement de ces évènements ?

5. Peut-on accepter l’idée que la multiethnicité, les différences religieuses et culturelles sont en cause dans ces épreuves ?


La Baume, M. As Violence Ebbs, Sarkozy Calls Riots Unacceptable
The New York Times 29.11.2007