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A propos d’une mesure contestée et contestable

Les enfants et petits-enfants d’Edvige

Des enfants à l’honneur ? Lequel ?

mardi 16 septembre 2008, par Picospin

Dans sa nouvelle version, il ne devrait inclure aucune donnée sensible liée à l’orientation sexuelle et à l’état de santé des personnes fichées. Est-ce une manière d’en finir avec une « incompréhension générale » qui empoisonnait le débat ? Dès son retour de Russie et de Géorgie, Nicolas Sarkozy avait insisté sur l’impérieuse nécessité de désamorcer une polémique qui enfle depuis la fin août.

Mémoire et oubli

Au lendemain d’une réunion de crise à l’Élysée, lors d’un déplacement en Charente-Maritime, le chef de l’État avait déclaré qu’il souhaitait aboutir à une solution dans les tout prochains jours par une règle prioritaire selon laquelle il faut garder tout ce qui est nécessaire à la sécurité des Français et effacer tout ce qui n’est pas indispensable à leur sécurité. Visée par ces propos pressants, la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a dû s’activer pour apaiser la grogne. D’emblée, en réponse à une attente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), elle avait annoncé qu’elle était prête au « droit à l’oubli » pour les mineurs de plus de 13 ans recensés dans Edvige, et ce, dès lors qu’ils sont devenus majeurs et qu’ils n’ont pas recommencé à commettre des erreurs de jeunesse. Elle avait en outre promis d’inscrire toutes les garanties nécessaires aux libertés publiques dans une loi-cadre. Elle pourrait être à l’étude dans la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure sans qu’aucun calendrier ne soit arrêté. Selon le Ministère, l’idée est de débloquer Edvige par décret le plus vite possible. Si les personnalités pourraient ne plus figurer dans Edvige, le texte devrait demeurer inflexible sur l’inscription des mineurs de 13 ans, clause qui reste la priorité de l’Élysée et de la Place Beauvau.

Les bandes de jeunes

L’objectif du gouvernement est de lutter contre les phénomènes de bande et l’explosion de la violence. Cette obstination à vouloir calmer la violence vient des faits observés depuis au moins les douze derniers mois au cours desquels 46 % des vols avec violence et 25 % des viols ont été commis par des jeunes âgés de moins de 18 ans. La procédure a été précédée ce week-end d’une énième cacophonie. Alors que le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, a souhaité que la la question soit réglée par la loi, tandis le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a seulement parlé de corriger le tir par une simple modification du décret. Dès lundi matin, MAM a entamé un marathon de consultations sur le fichier contesté. Alex Türk, président de la Cnil, a ouvert le ballet de la concertation. Il devait être suivi dans l’après-midi par les représentants de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), ceux de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) ainsi ceux de la Commission consultative des droits de l’homme. L’Union syndicale des magistrats (USM) et le syndicat FO-magistrature devaient à leur tour être écoutés en fin d’après-midi, suivis en soirée des représentants du Conseil national des barreaux, du bâtonnier de Paris et de la Conférence des bâtonniers. Au total, 39 associations ou personnalités auront à présenter leur point de vue jusqu’à jeudi, lorsque MAM s’exprimera enfin devant la commission des lois de l’Assemblée nationale. D’ici là, il serait surprenant qu’Edvige dévoile ses nouveaux atours.

Questionnement :

1. Saturation de la mémoire

Notre mémoire ne serait-elle pas vite saturée si nous devions conserver toutes les images de notre enfance ? Ce qui reste est le produit d’une érosion par l’oubli. Ce dernier est-il nécessaire à la société comme à l’individu ? Faut-il savoir oublier pour goûter la saveur du présent, de l’instant et de l’attente, sachant que la mémoire elle-même a besoin de l’oubli ? Le paradoxe de la religion ne procéderait-il pas du travail de deuil et d’oubli effectué par le récit sur le mythe ?. Toute religion peut être définie comme religion de la fin de la religion comme l’exprime si bien Marcel Gaucher dans le "désenchantement du monde". Les formes de l’oubli qui se laissent percevoir ne sont-elles pas le retour qui cherche à retrouver un passé perdu en oubliant le présent et le passé immédiat avec lequel il tend à se confondre ?. L’ambition du suspens est de retrouver le présent en le coupant du passé et du futur.

Commencements

Le commencement ou le recommencement ne sont-ils pas moins une répétition qu’une inauguration radicale impliquant qu’une même vie peut connaître plusieurs commencements ? La forme rituelle du commencement est-elle l’initiation qui est présentée comme une engendrement ou une naissance ? Ce qui s’efface ou à la rigueur s’oublie dans l’instant où surgit une nouvelle conscience du temps c’est celui que l’initié n’est plus et celui qu’il n’es pas encore. Les figures de l’oubli et les institutions qui les illustrent ne sont-elles pas ambivalentes puisqu’elles s’appliquent aussi bien à l’individu qu’à la collectivité ?. Même s’il n’y a plus de nos jours des rafles, des camps de concentration, des chambres à gaz, il nous faut maintenir la mémoire du passé pour être alertés sur des situations nouvelles et pourtant analogues. La répétition rituelle, annuelle des commémorations relatives aux évènements tragiques, meurtriers du passé avec son corollaire "il ne faut pas oublier" n’a aucune incidence visible sur les entreprises de purification ethnique, de tortures ou d’exécutions massives. Ceux qui connaissent l’horreur du passé doivent élever leur voix contre une autre horreur présente ailleurs qui pourrait être prévenue ou éradiquée si la mémoire peut se mettre au service de la justice.